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Lundi 30 juin 2008

La vieille d’à côté vit seule.

 

Elle a tout d’une vieille fille du temps de mon arrière-grand-mère. Elle est austère, sèche, vêtue de noir. Les enfants se moquent d’elle et pourtant, elle reste impassible. Elle a vécu.

 

Moi, je la rencontre sur le palier ou dans l’ascenseur. Elle est craintive. Je suis jeune, alors elle a peur de moi. C’est souvent le cas, avec les personnes âgées. Je suis polie, pourtant, je dis bonjour et je souris. J’ai le contact facile, on me le dit souvent. Mais elle me résiste et ça m’intrigue. Ça m’inquiète, ça me fascine. L’histoire des gens transparaît souvent entre les non-dits. J’aime à m’imaginer la jeunesse et la pauvre vie des gens. On voit bien plus de choses à travers une fenêtre fermée, comme disait Baudelaire…

 

J’essayais parfois de l’imaginer jeune et belle, dans ses folles années cinquante. Les robes évasées devaient bien lui aller…Elle était brune, probablement, vu la blancheur immaculée de ses cheveux de vieillard. Elle avait les traits précis, le visage harmonieux et de grands yeux bruns avec de longs cils. Elle est toujours belle. Elle vieillit comme un arbre. Elle s’est ridée, mais elle a du caractère, un regard fière et fort. Ses mains sont volontaires, ses gestes affirmés, elle n’hésite pas, ne tremble pas.

 

Comment peut-on imaginer qu’une si belle femme n’ait jamais séduit d’homme. Elle s’appelle Mademoiselle. Qu’elle se retrouve seule, sans enfant, sans soutien, à son âge, ça me laisse perplexe.

 

L’autre jour, je manquais de sel ou de sucre, je ne sais plus. J’ai osé sonner chez elle. D’habitude, je sonne chez la mère de famille du dessous ou alors je file à l’épicerie. D’habitude, je ne prends pas vraiment de risque. Là, en fait, je ne sais même plus si je manquais vraiment de quelque chose, à part d’une curiosité satisfaite.

 

Je suis rentrée chez elle. Ça ne sentait pas vraiment le vieux, la poussière ou la lavande. C’était lumineux, aéré, le mobilier était simple, intemporel. On se fait des idées sur les gens. Je voulais croire qu’elle était vieille, raciste, conne, aigrie. Dans le fond, ça collait à l’image que je voulais voire. Je me disais : « c’est juste une vieille bigote fasciste qui va vite voter Le Pen et qui sert son sac à main contre elle, dès qu’elle rencontre un jeune un peu bronzé… »

 

Ce soir-là, j’ai demandé mon sel ou mon sucre, je ne sais plus…Mais j’ai trouvé une réponse, aussi. Pas sur la vie de cette femme, mais sur moi-même.

 

Je suis bourrée de préjugés à la con.

 

N’empêche que cette première porte ouverte a permis de faire connaissance.

 

Quelques jours plus tard, c’était au tour de Mademoiselle de venir sonner à notre porte.

 

Je n’ai pas encore parlé de nous. Nous sommes deux filles et nous vivons ensemble. Nous sommes encore suffisamment jeunes pour nous faire passer pour des étudiantes en collocation. Aux voisins indiscrets, nous disons toujours : « Il faudra que je demande à ma colocataire. » C’est pratique, même si dans le fond, ça ne doit pas tromper grand monde. Nous sommes lesbiennes, voilà tout.

Nous sommes pacsées, même et nous nous aimons. Simplement, nous tenons à notre tranquillité et nous nous faisons discrètes. Le monde qui nous entoure n’est pas tendre. En banlieue, les gamins nous jetteraient bien des pierres et nous pourrions bien avoir les pneus de nos voitures crevés, si nous nous affichions officiellement comme goudous.

 

En général, quand on sonne à la porte, mon amie se réfugie dans la deuxième chambre qui nous sert de bureau. Pas question qu’on nous voit ensemble chez nous.

 

Pourtant quand Mademoiselle a sonné, c’est ma compagne qui est allée ouvrir. Et je suis restée là. Elle est entrée, elle n’a rien dit, d’abord, elle a juste porté un long regard circulaire sur l’appartement, elle nous a observées, ensuite, l’une après l’autre, avec une relative bienveillance, avec le regard doux et malicieux d’une grand-mère qui en sait long.

 

Elle était élégante, là, dans l’entrée de notre appart. Nous n’en menions pas large, plantées devant elle.

 

Elle prit enfin la parole :

« - Excusez-moi, je vous dérange à une heure un peu tardive. Mais vous rentrez tard et je voulais absolument vous rendre visite. Je voulais vous voir toutes les deux. »

 

Nous avons échangé un regard un peu inquiet. Nous avions souvent parlé de cette impression étrange que cette demoiselle nous faisait. Le fait que nous l’imaginions intolérante, aigrie, grenouille de bénitier, ne nous inspirait pas vraiment confiance. Elle referma la porte derrière elle et nous eûmes soudain l’impression d’être prises au piège dans notre propre maison.

 

Avec un sourire incertain, je lui demandai si elle allait bien, je l’invitai à rentrer, à se mettre à l’aise.

 

Elle me rétorqua avec beaucoup d’esprit :

« - Ne faites donc pas tant de chichis ! Je ne suis pas une vieille théière en porcelaine, vous pouvez me parler normalement. Vous êtes marrants, vous les jeunes. Vous pensez que les vieux, c’est comme les enfants, vous pensez qu’il faut nous protéger, nous parler en articulant exagérément et prendre des pincettes…Mais on a été jeunes, aussi, bon dieu ! »

 

Le ton était donné. Elle rentra, s’assit dans la cuisine, posa sa veste sur la chaise et déclara qu’elle aurait bien pris un petit apéro. C’était une vieille grincheuse, et voilà qu’on avait Madame Sans Gêne ! Mais on commençait à bien apprécier !

 

Pendant que mon amie sortait des verres et que je cherchais ce qu’on pouvait bien lui proposer, elle commença son interrogatoire.

 

« - Alors comme ça, vous êtes étudiantes ? C’est ce qui se dit dans l’immeuble. Mais vous avez quel âge ? On étudie de plus en plus longtemps de nos jours. Et du coup, on oublie de vivre, j’ai bien l’impression. »

 

Les questions n’appelaient pas de réponses. A peine avions-nous le temps de bredouillé des « Euh…oui… ! Euh… » stupéfaits, alors que nous farfouillions dans nos placards qu’elle enchaînait :

 

« - Parce qu’il ne faudrait pas oublier de vivre, quand même. La collocation, c’est une solution, forcément, pour le loyer, c’est moins cher, je comprends bien. Avec le coût de la vie actuellement, hein, on est tous pareil. Moi, je ne fais plus mes courses dans le quartier. Je prends le bus, je vais au truc discount, là, comme ils appellent ça…On n’avait pas ça de notre temps… »

 

C’était une logorrhée. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Comme si, seule chez elle, habituellement, elle avait retenu ses mots pendant des années et qu’elle les livrait là, tous, d’un coup.

 

Ou alors, elle voulait nous dire quelque chose. Elle tournait autour du pot.

 

On avait enfin débouché une bouteille de Bordeaux, on était enfin assises en face de cette femme qui nous paraissait de moins en moins vieille. Sa voix était belle. Elle nous semblait de moins en moins fragile, ses yeux brillaient. Elle nous racontait un peu sa vie, elle nous dit qu’elle avait travaillé très jeune, qu’elle avait eu une jolie vie, même si rester célibataire, à son époque, ça n’était pas bien vu.

 

Elle nous posa enfin quelques questions qui attendaient des réponses : ce qu’on voulait faire, comme métier, ce qu’on envisageait comme vie. Est-ce qu’on avait des amoureux ? Elle en savait plus long sur nous qu’elle n’en disait. C’était évident.

 

Ses yeux étaient perçants et ironiques quand elle nous demanda si on avait des amoureux.

 

Un blanc s’installa. Quelques secondes, à peine. On se regardait un peu par en dessous, un sourire un peu idiot sur les lèvres. On la regarda dans les yeux, très franchement.

 

« - Un amoureux ? Non, déclarai-je.

- Ça ne nous intéresse pas vraiment, en fait, ajouta mon amour…

- Ah ! Je vois, dit la demoiselle. Vous et les garçons, ça fait deux, c’est ça ? Ne me dites pas que vous voulez rentrer dans les ordres, ce n’est pas votre genre ! »

 

On était gênées, quand même. Elle avait beau avoir l’air sympa, ouverte, pétillante, elle était âgée et dans le fond, on ne savait pas où elle voulait en venir. Faire un coming-out, comme ça, au milieu de notre cuisine, avec une voisine qu’on ne connaissait presque pas, cela ne nous semblait pas si naturel.

 

C’est elle qui brisa le silence.

 

« - C’est pourtant plus facile à votre époque qu’à la mienne, bon sang ! Je n’ai que ça à faire de ma vie, il faut dire : observer les gens de l’immeuble, c’est ma passion ! Alors vous, je vous ai repérée tout de suite. Vous savez ce que c’est, c’est comme un radar. Et puis vous vous aimez, ça se voit. Vous respirez l’amour ! Vous avez beau faire comme si vous étiez juste amies, vos gestes, vos attentions l’une envers l’autre vous trahissent aux yeux de quelqu’un d’attentif… Je vous vois inquiète : il n’y a pas de raison, personne n’est vraiment attentif, de nos jours. A part une vieille folle comme moi. »

 

On était scotchées, médusées, sans voix. Complètement stupides.

 

Elle se leva, remit sa veste, lentement, reprit son verre et aspira la dernière goutte de vin rouge, avec des yeux gourmands.

 

« - Je suis une vraie bavarde, mais il faut que je vous laisse. Je sais bien que vous travaillez. Vous partez tôt le matin, pas comme ces étudiants qui ne font pas grand-chose ! Allez, sans rancune. Vous savez bien que je ne parle à personne, dans l’immeuble. Je ne vais pas aller raconter votre vie à tout le monde…Et puis, merci pour le verre ! Ce Bordeaux est délicieux ! »

 

On avait retrouvé le sourire. On la remercia d’être passée nous voir, on lui assura que notre porte lui était ouverte, qu’elle pouvait passer quand elle voulait, qu’elle ne nous dérangerait jamais.

 

Après ces banalités d’usage, elle nous fit la bise et en nous regarda avec gravité. Elle repoussa la porte qu’on avait déjà ouverte pour ajouter ces mots que je n’ai jamais oubliés :

 

« - Vivez votre vie. Sans entrave. Ne laissez pas les autres vous dicter vos valeurs. Ne faites pas les mêmes erreurs que moi. J’ai laissé filer mes belles années, j’ai laissé filer mes amours. Je suis maintenant seule, vieille et laide, je ne vis que de regrets et de fantasmes. Je vis à travers ceux que j’observe, derrière mes rideaux. C’est bien triste. »

 

Celle qu’on avait cru vieille et homophobe était en fait plus jeune et plus ouverte que nous. Elle venait nous donner une leçon. Même si elle n’avait pas eu le courage de vivre son amour pour les femmes…Vraiment, avait-elle été lâche ? Non…

 

« - Un jour, je vous raconterai l’histoire d’amour de ma vie, je vous parlerai de cette belle femme qui m’avait retourné les sangs, qui m’avait fait perdre la tête. J’ai tout laissé pour elle : mes parents, mes amis, ma ville d’origine. Malheureusement, ça n’a pas suffit. Je vous raconterai tout ça…Mais promettez-moi de ne pas laisser filer un si bel amour… »

 

Nous avons promis…

 

CC

Vendredi 11 avril 2008

15h45. Même pas l’heure de la récrée. Pas l’heure du goûter non plus. Juste une heure parmi d’autres.


Une vie qui s’éternise un peu, parfois, pour qu’on puisse avoir l’impression d’avoir vécu, à la fin. Mais se dire que le temps passe trop vite,  c’est un truc d’adulte, c’est pour plus tard. C’est quand la vie touche à sa fin déjà, qu’on sent les premiers instants de bonheur absolu. Pour le moment, ce n’était pas le bonheur pour Angéla. Assise à sa table d’écolier, seule, triste, à demi endormie par les salamalecs du maître qui ne parlait même pas pour elle, puisque c’était une classe unique, de la maternelle au CM2, tous dans le même panier. Angéla était seule de son âge. Seule en CP, à 15h45. Cette après-midi là, l’instituteur faisait Jeanne D’Arc avec les grands et avait donné des exercices de maths à Angéla. Le stylo en l’air, à la récré de 15h15, Angéla s’était déjà fait remonter les bretelles : elle n’avait pas écrit la moitié de la date depuis 13h30. Depuis la fin de la récré, elle avait réussi à écrire la fin. Mais elle s’était à nouveau laissée emporter par l’histoire de cette femme guerrière, par cette histoire de voix entendues et de roi sauvé.


En rentrant à la maison, sa mère lui avait demandé ce qu’elle avait fait. Ce fut une surprise d’apprendre qu’on faisait déjà Jeanne d’Arc au CP. Mais après tout, pourquoi pas…


Angéla se remémorait cet épisode bizarre lors de son premier entretien d’embauche…ça et tous ses bulletins scolaires. Ces indications pas toujours délicates du genre « Elève lente et laborieuse »…

A suivre...

CC
Vendredi 4 avril 2008
"Avant Carla, j'étais plutôt Sardou, Macias ou Clavier...Et elle ne comprenait pas pourquoi les artistes ne m'aiment pas..."
Les inquiétudes de Mme Bruni-Sarkozy
LE MONDE | 29.03.08
© Le Monde.fr

CC
Dimanche 3 février 2008
Le concours, c'est par là : chez FéeMinine.

Et la nouvelle, ben c'est là !!!

Nu.


Deux lettres pour tout dire. Se mettre à nu. Se livrer.

 

Pour tout dire, elle n’est pas du genre à parler d’elle. Aussi bizarre que cela puisse paraître, elle n'aime pas déballer sa vie.

Et contrairement, elle est épatée par ceux qui arrivent à dire ce qu'ils ont sur le coeur comme ça, à parler de leurs problèmes de couple à des collègues...

Dans le fond, ce n’est pas parce qu’elle est lesbienne. Il est vrai que ça ajoute une barrière. Mais elle souffre surtout de sa putain d'éducation judéo chrétienne.  Parler de soi, c'est une sorte de mise en avant insupportable, une prétention, un orgueil mal placé...

Dire "je" ou "moi", c'est impossible...C'est mal poli...C'est péché.

Se mettre nue ? C’est encore autre chose. Dans les douches du gymnase, au lycée, c’était déjà un supplice. Et là, l’amour de sa vie lui proposait des vacances au Cap d’Agde. Un cauchemar pour elle.

 

C’était l’amour de sa vie, pourtant. Alors, il fallait qu’elle apprenne : se mettre nue, du dehors et du dedans.

 

La première épreuve qu’elle se fixa, ce fut de rencontrer un inconnu, n’importe où, dans la rue, dans un train, dans un bar et de lui raconter sa vie.

 

Un matin, elle décida de mettre son projet à exécution : elle rentra dans la cafétéria de la gare et s’assit, après avoir demandé poliment, en face d’un homme entre deux âges, seul avec son café et son muffin.

 

Elle lui adressa d’abord un sourire…Le sourire le plus ouvert qu’elle pouvait. Elle avait longuement réfléchit à ce qu’elle dirait : dans une gare, demander d’où on venait lui semblait l’amorce la plus naturelle.

 

« - Bonjour ! Vous venez de loin ? demanda-t-elle en jetant les yeux vers la gare.

- Non. Je suis d’ici. J’attendais quelqu’un qui n’est pas venu. Je sais qu’elle ne viendrait pas, d’ailleurs. Alors…je ne suis même pas déçu…Je suis plutôt désespéré. J’aime cette femme à mourir. J’ai déjà connu plusieurs histoires d’amour : à mon âge, vous pensez. J’ai eu une femme, pendant 15 ans. On a divorcé. Je l’aimais sincèrement, quand on s’est mariés. Mais avec le temps, tout ça s’est usé…Et maintenant, j’ai rencontré cette femme…C’est une diva…C’est une femme exceptionnelle. Elle n’est pas seulement belle, elle n’est pas seulement douce, elle n’est pas seulement passionnée…Elle est tout ça et bien plus encore : elle est brillante, fascinante, d’une intelligence rare…Et elle fait l’amour comme personne… »

 

Là, ç’en était trop : elle était entrain de perdre son défi et en plus, elle était tombé sur un de ces bavards impudiques qu’elle détestait autant qu’elle admirait.

 

Elle se leva brusquement, bafouilla deux trois mots idiots, qu’elle avait un train, qu’elle devait partir, qu’elle lui souhaitait bonne chance…Rouge jusqu’aux oreilles.

 

Elle changea de bistrot, bien décidée à mener à bien son affaire. Il fallait qu’elle arrive à dire au moins une ou deux choses personnelles sur elle-même. Dire au moins qu’elle est lesbienne.

 

Elle s’installa à nouveau, au fond du MacDo, à la table d’une jeune femme seule. C’était peut-être plus facile, avec une fille. Elle lui sourit, lui dit un bonjour discret, mais le plus chaleureux qu’il lui était possible. L’inconnue leva les yeux vers elle, répondit à son salut. Ni plus, ni moins…

 

Une ou deux secondes, pas plus, s’écoulèrent…Mais c’était désormais un silence qu’il fallait briser et ça, c’est très difficile pour une timide maladive comme notre héroïne si peu héroïque.

 

Elle se voyait encore échouer bêtement, quand l’inconnue lui demanda :

 

« - Vous venez d’où ? Vous descendez d’un train ? »

 

Elle en restait scotchée, durant quelques instants. Puis elle répondit :

« - Non, je suis là pour parler. Juste pour parler… »

 

Elle se dit soudain que la demoiselle allait fuir…Qu’elle allait la prendre pour une folle…Mais non….Elle resta là, souriante, à l’écoute. Elle se décida donc :

 

« - Je suis lesbienne », débita-t-elle très vite.

 

L’autre demeura souriante, attendant une suite qui ne venait pas. Au bout d’un moment, elle eut un geste interrogatif : elle ouvrit ses mains, elle haussa les sourcils…

« - Et puis ? 

- Ben…j’ai…je…c’est juste que j’ai des difficultés à…me mettre à nu…Alors, je fais des tests…Des défis, exactement…J’essaie de dire des choses à des inconnus, comme ça, pour m’entraîner, pour tenter d’être moins…coincée…Vous voyez ? »

 

Elle avait déballé ça si vite, que toute la bonne volonté de son auditrice disparut d’un coup : elle sourit encore, gênée, cette fois-ci, ramassa ses affaires et bredouilla qu’elle avait un train à attraper…

 

L’échec était moins cuisant…Mais la situation n’était pas vraiment reluisante !

 

Il lui fallait maintenant passer au défi numéro deux : parler d’elle à une connaissance…Par exemple, au boulot. Elle sélectionna la personne avec beaucoup d’attention, elle choisit le moment, organisa la scène. Elle amena le sujet, elle prépara les mots, les phrases, les transitions de son discours avec un soin de grand orateur.

 

Evidemment, le moment venu, elle bégaya, elle rougit, elle hésita et finalement, posa une question qui n’avait rien à voir : imaginez la scène !

 

« - Salut Gisèle, ça va ? T’as cinq minutes, là ? » commença-t-elle…

Gisèle était une collègue vraiment sympa, ouverte, souriante et en plus on pouvait lui faire confiance. Une qualité rare, dans une entreprise : c’était une tombe quand on lui confie un secret…

« - Ça va ! Et toi ? répondit la Gisèle, toujours aussi souriante. Tu as le temps de boire un café, je prends ma pause… »

 

Là, c’était le moment, il fallait parler…

 

« - Ben oui, tiens, ça tombe bien, je voulais te dire un truc… 

- Ah bon ? Je t’écoute…

- Ben…voilà…alors…Pfff…dieu que c’est compliqué… »

 

Rouge comme le sang du taureau sur le sable de l’arène, suante comme le matador à la fin de la mise à mort, elle était là, entre les deux, à la fois le taureau et le torero, ne sachant s’il fallait s’enfuir en courant ou planter ses banderilles…

 

Elle pensa à l’amour de sa vie, aux vacances au Cap D’Agde, aux défis qu’elle se devait de relever…Elle voulut parler, elle bégaya :

« - Bon, tu sais, je suis lesbienne…Et…enfin voilà…quoi… »

 

Encore une fois, le silence s’imposa…Gisèle connaissait bien sa collègue. Elle ne pensa pas à fuir. Elle tenta de comprendre, elle relança la conversation :

 

« - Tu sais, ça ne me dérange pas, c’est pas un problème, aujourd’hui, les gens sont plus ouverts, à ce sujet… 

- Oui, je sais, c’est gentil, merci, ce n’est pas le problème… 

- Ah bon ? Ce n’est pas le problème ? Alors tout va bien ! Tant mieux ! Je suis heureuse que tu me l’aies dit !

- Oui…mais non, enfin, d’accord, merci…C’est sympa d’être à l’écoute…Excuse-moi, je suis maladroite…Ce n’est pas ce que je voulais dire…Enfin si…mais pas que ça… »

 

Gisèle fronça les sourcils :

« - Ce n’est pas ça ? C’est quoi alors ? Fais-moi confiance, tu peux tout me dire ! Tu sais, j’en sais des choses sur les gens de cette boîte…Et je n’ai jamais rien dit…Ma réputation, c’est la discrétion ! Que veux-tu me dire ? 

- Ben…ça veut pas sortir…Désolée, je ne peux pas…Voilà…Je suis lâche, faible, nulle… »

 

Mine de rien, elle venait d’en dire, des choses…N’empêche que Gisèle crut comprendre. Elle pâlit…

« - Tu ne voudrais pas me dire que tu craques pour moi, par hasard ? Parce que bon…Je suis désolée, mais…non ! 

- Non, non, ce n’est pas ça du tout, se défendit-elle…

 

Mais Gisèle avait déjà tourné les talons : la pause était finie…

 

La victoire était loin d’être glorieuse…mais c’était mieux que rien…

 

Elle décida donc de faire le dernier test : allez dans un hammam naturiste. Le grand saut contrôlé : dans la pénombre et dans la vapeur, elle ne risquait quand même pas sa vie…Mais ce qui semble à chacun un petit pas, lui paraissait un gouffre à franchir…

 

Dans les vestiaires, elle s’emmitoufla dans sa serviette. Elle courut presque pour rejoindre le hammam. Une fois à l’abri des regards, elle se dévoila le cœur battant et le feu au joues. Elle était belle pourtant. Elle avait une chute de reins merveilleuse, des petits seins tendus et pointus comme des jolies poires du mois de septembre. La douce atmosphère du lieu, la lumière très diffuse arrondissait encore ses formes chaudes et harmonieuses.

 

Dans l’ombre, il y avait Charlotte. Depuis le début, elle observait cette jeune femme qui paraissait si timide, si réservée…Elle l’avait trouvée belle, tout de suite, elle avait aimé le fard que sa crainte lui mettait aux joues…Comme si elle avait tout deviné dès le premier regard…Alors elle s’approcha d’elle, et commença à la frôler, comme si de rien.

 

Curieusement, notre héroïne avait laissé tomber toutes ses inhibitions. Elle se laissa faire et les caresses de Charlotte se transformèrent bientôt en désir, en soupirs, en baisers passionnés…

 

Le dernier test était réussi…Pourtant, elle ne partira jamais au Cap d’Agde en vacances…

 

Ça, c’est Charlotte qui lui a promis !

CC

Mardi 4 décembre 2007

Elle tenta d’oublier le mail, mais il en vint d’autres. Et de plus en plus salés. Elle ne répondit pas, d’abord et puis fut intriguée, intéressée et finalement, très excitée à l’idée de rencontrer ce beau parleur…

La vie lui sembla moins morose, elle attendit avec impatience son message qui fut bientôt quotidien. Elle répondait simplement : des petites cartes virtuelles, aigres, d’abord, puis aigres-douces puis douces…Très douces.

Au travail, elle s’était d’ailleurs adoucie. Elle prenait le café de plus en plus souvent avec ses collègues, affichait un sourire resplendissant dès le matin, plaisantait…Bref, tout le monde se doutait qu’elle était amoureuse.

CC

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Il va sans dire (c'est mieux en le disant) que les mots mis dans la bouche de Notre Président ne sont que fiction inventée par mes soins dans le but anodin de vous faire sourire !!


 

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