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Lundi 21 mai 2007
CHAPITRE VIII
            Il fallait encore fuir : les Massaïs les avaient encore rattrapés.
            Ces escapades dans le dessert étaient fort éprouvantes : les conditions étaient déplorables…Il n’y avait pas d’eau pour se laver, on devait l’économiser pour boire, en prenant bien soin de la désinfecter, avec ces horribles pastilles de javel, qui lui donnait un goût infecte à peine masqué par l’Anthésite, que Sandra ne supportait plus.
            Une fois que la caravane était épuisée, ils arrivèrent dans une oasis. En sueur, assoiffés, ils se jetèrent dans le lac, se lavèrent, se savonnèrent, se frottèrent…Cela leur fit un bien fou. Un peu plus tard les muletiers qui les accompagnaient baignèrent leurs mules dans la même eau. Il se reposèrent, mangèrent enfin un vrai repas accompagné de ce délicieux thé à la menthe très sucré que Sandra préférait tellement à l’eau javellisée et parfumée à l’Anthésite. Ce bien-être aussi passager fut-il était intense. Elle en oublia même John pendant quelques heures…
            Le lendemain matin, au moment de lever le camp, tous les blancs étaient malades : ils avaient une turista qui les clouait sur les toilettes…Evidemment les indigènes étaient hilares : « Ils se sont baignés les p’tits blancs ! Comme si on était à la mer… » 
            Sandra n’en pouvait plus de ce pays où l’on devait payer si cher chaque moment de plaisir. Il lui prenait des nostalgies insensées où elle regrettait l’odeur du métro, les embouteillages interminables, les chauffeurs de taxi obèses et suant qui râlaient en permanence… 
            Le plaisir n’est finalement pas ce que l’on croit : c’est une avance sur ce que l’on doit… »
Dimanche 20 mai 2007
CHAPITRE VII
            Sandra avait donc regagné l’Afrique. On ne peut pas dire que Sandra avait été aidée par la chance. Tout s’était bien passé jusqu’à Dakar : le vol n’avait pas de retard, les hôtesses avaient été agréables et la nourriture était acceptable. Cela s’était gâté sur le vol irrégulier entre Dakar et Kareh Maleh : elle avait embarqué dans un vieux coucou, qui assurait la correspondance depuis des années, sans avoir jamais rencontré un mécanicien digne de ce nom. Le pilote débutait et ne possédait pas encore très bien son art. Sandra avait eu très peur et une boule dans la gorge ne lui inspirait rien de bon : elle avait un mauvais présage, qui se révéla exact. Après quelques minutes de vol à basse altitude, un des moteurs eut un problème, s’arrêta et prit de panique, l’aviateur novice sorti du cockpit en hurlant que l’avion allait se crasher. Evidemment, la carlingue laissée sans conducteur ne manqua pas de tomber, lamentablement, en plein milieu du désert…Sandra s’était évanouie, croyant sa dernière heure venue. Heureusement, l’avion volant à basse altitude, il y eut plus de peur que de mal.
            Sandra s’éveilla après quelques minutes, couchée sur une civière, portée par des africains hilares : ce n’était pas demain la veille que Désiré, l’aviateur débutant, aurait son permis ! La Blanche, elle avait eu drôlement peur !
            Ils l’emmenèrent au camp, ils lui firent boire de l’alcool de bambou et elle revint à elle. Elle reprit trois fois de ce délicieux breuvage et s’endormie comme un bébé.
            Quand elle s’éveilla, elle demanda à voir le médecin, pressée de retrouver enfin John…Que sa déception fut vive lorsqu’elle vit venir à elle un homme d’une soixantaine d’années, barbu, coiffé d’un casque colonial, à l’allure bourru d’un vieil ours mal léché… Elle crut qu’elle allait à nouveau s’évanouir…John ne pouvait pas avoir changé à ce point !
            « Bonjour ! », lui lança-t-il.  « Je me présente, je m’appelle Henri, j’voudrais bien…dormir tranquille ! Qu’est-ce qu’il se passe encore ici ? » Sandra se mit à pleurer. Il changea alors d’attitude : « Veuillez m’excuser, madame…heu…mademoiselle…je suis un peu surmené en ce moment, je me suis emporté. Que puis-je faire pour vous ? »rectifia-t-il, en considérant de plus près le visage fort agréable de la nouvelle venue. Il fallut un peu de temps à Sandra pour se remettre de tout cela… Quand elle put prendre enfin la parole, elle se présenta, et dit qu’elle était prête à assumer immédiatement ses responsabilités. Henri fut alors ravi à la perspective de travailler avec cette jeune personne…
            Henri était un vieux baroudeur solitaire. Il avait passé trente ans dans le désert, aidant les populations indigènes comme il le pouvait. Il raconta sa vie d’aventurier à Sandra, assis à la table de la case, un verre à la main, avec l’air désabusé de celui qui en a vu de toutes les couleurs…
            Sandra, bien sûr ne s’attendait pas du tout à cela. Elle avait tellement espéré retrouver John. Des questions se bousculaient dans sa tête : que lui était-il arrivé ? Elle savait qu’il était déprimé à cause de la mort de son épouse adorée, peut-être avait-il fait une bêtise ? Ou, pire, était-il tombé amoureux d’une autre femme avec laquelle il était parti ?
           Elle n’écoutait pas vraiment l’histoire de Henri : cependant sa voix lui était agréable et, grâce à l’alcool, qui lui montait à la tête, elle se sentait de mieux en mieux, légère et plus libre que jamais. Elle aurait voulu faire l’amour. C’est alors qu’Henri, possédé du même désir la prit doucement dans ses bras et l’étreint tendrement. Ce n’était pas le grand amour mais c’était une douceur inespérée dans ce monde si dur. Ils s’endormirent l’un contre l’autre, et ne se réveillèrent qu’après plusieurs heures d’un sommeil lourd et agité.
            Ils entendirent des cris au dehors. Il fallait fuir : les guerriers Massaï étaient de retour…
Jeudi 10 mai 2007

CHAPITRE VI

            Cette fois-ci ça ne pouvait plus durer ! Il fallait qu’elle reparte ! La vie parisienne ne lui convenait plus. Elle savait que c’était difficile aussi dans le désert, cependant, rien ne serait plus pénible que de supporter les journées entièrement seule, les soirées houleuses où Bernard rentrait tard, fatigué et sentant le tabac et l’alcool… Elle le soupçonnait de plus en plus d’avoir trouvé ailleurs l’amour qui avait disparu entre eux. Pourquoi restaient-ils encore ensemble ? Ils n’avaient pas encore fait le deuil de ce si bel amour, ils y avaient pourtant cru si fort… C’était comme une part d’eux-mêmes qu’il allait falloir laisser sur le bord du long chemin de la vie. Sandra pourtant savait qu’elle regretterait de moins en moins ce choix, elle savait que sa vie était ailleurs, aux côtés d’un autre homme.

            Elle allait bien mieux maintenant. Comme si son corps avait deviné qu’elle allait repartir et qu’il lui faudrait des forces, elle s’était refait une belle santé…

            Elle avait de l’argent aussi, suffisamment pour se payer un aller pour Dakar et de là-bas, un petit avion qui l’emmènerait jusqu’au camp. Elle se décida lorsqu’un soir Bernard ne rentra pas du tout…

            Elle fit ses valises au petit matin, la gorge nouée, les joues trempées de larmes, ne répondant pas au téléphone qui hurlait, se disant que c’était sans doute Bernard qui venait piteux lui fournir une excuse ridicule pour lui expliquer sa nuit… Elle ne pouvait pas supporter cette humiliation supplémentaire. 

            Elle laissa ce mot pour Bernard sur la table du salon :

« Je t’aimais pourtant…mais tu n’as pas su le voir. Adieu. »

 

            Elle ne savait pas que cela le soulagerait aussi. Depuis des semaines il ne savait comment faire pour lui annoncer qu’il voulait rompre et qu’il avait rencontré une autre femme, qu’il aimait et avec qui il allait se marier. Il chérissait Sandra comme une sœur et avait trop peur de la faire souffrir. Lui et Simone, sa nouvelle conquête, attendaient même un bébé. Son grand regret était le refus de Sandra d’avoir des enfants…Il avait enfin trouvé le bonheur avec Simone. Simone au moins n’avait jamais eu l’idée de partir en Afrique, et même, lorsqu’elle voyait un noir dans le métro, car elle aussi travaillait à la RATP, elle était plutôt méfiante…C’était une femme faite pour lui, il en avait eu l’intuition dès qu’il l’avait vue…A côté de cela Sandra lui paraissait désormais une évaporée, digne d’un amour de jeunesse, un bel amour, un tendre amour, mais pas un grand amour.

            Sandra apprit par hasard quelques années plus tard que Simone et Bernard s’étaient séparés ; Bernard avait décidé de devenir une femme et Simone ne l’avait pas supporté, elle s’était jetée sous le métro…

Dimanche 6 mai 2007

CHAPITRE V

 

            « - Je ne céderai pas ! Je ne céderai pas ! »  Voilà ce que se répétait sans cesse John. Cela depuis des mois, depuis que Samara était arrivée à  Kareh Maleh. Samara était une belle brune au teint chaud. Elle était française d’origine martiniquaise et finissait ses études d’infirmière par ce stage dans le désert.

            Bien sûr elle était tout de suite tombée amoureuse de John. Qui  ne l’aurait pas aimé d’ailleurs ? Il était si beau et avait l’air si triste… Les femmes rêvaient toutes, en général, de le réconforter…

            Les yeux verts de Samara, évidemment, n’avaient pas laissé le beau docteur insensible. Mais il avait décidé de rester fidèle à la mémoire de Barbara. Mais Samara, la charmeuse, exerçait sur John comme un charme venimeux. Ses beaux yeux verts lui apparaissaient en rêve et se substituaient à ceux de son épouse.

            John d’ailleurs plaisait clairement à la belle des îles qui n’avait pas l’habitude d’attendre que les hommes viennent à elle. Elle le séduisait intentionnellement, ouvertement, et tout le camp était au courant. On lui avait pourtant expliqué que le « doc. » avait le cœur brisé et qu’il était en deuil de sa chère épouse disparue.   On racontait cependant qu’un soir elle l’avait suivi dans sa case, vêtue comme les indigènes, d’un simple pagne et les seins nus et qu’elle lui avait presque sauté dessus.

            John, héroïquement avait su résister à ce terrible assaut. Mais résisterait-il encore longtemps ? Car, après tout, il était un homme et les charmes indéniables de Samara ne le laissaient pas de glace…

            Il avait le souvenir de Barbara pour seule arme. Et sa tristesse lui soufflait, tel Satan dans le désert torturant le fils de Dieu, de céder aux avances de ce corps magnifique qui, tous les soirs de fêtes, ondulait sensuellement pour lui au son des djambés. Son corps, le traître, lui soufflait des désirs tels qu’il ne pouvait plus dormir, tiraillé par l’image trop parfaite de cette déesse venue troubler sa solitude d’ascète. 

Jeudi 3 mai 2007

CHAPITRE IV

            Les nuits claires et froides du désert ne lui avaient jamais parues aussi longues que depuis ce triste jour où l’aéropostale lui avait apporté la lettre de Paris qui lui annonçait la mort de Barbara. Sa jeunesse avait définitivement disparu. Barbara était l’éternelle petite fille blonde et rieuse, d’abord compagne de jeu, puis la fiancée et enfin l’épouse de John. Tout cela s’était fait naturellement. Ils se connaissaient si bien. Ils étaient comme des frères et sœurs. Elle ne l’avait pourtant pas suivi dans son aventure africaine. Elle avait toujours eu la santé fragile. Maintenant qu’elle était morte, John pensait que rien ne le ferait revenir en Europe.  Il finirait sa vie comme un ermite,  reclus à jamais, tout entier consacré au souvenir de cet amour si grand, à cette passion indépassable qu’avait été pour lui Barbara.  

            Parfois, cependant, lorsqu’il voyait passer une belle africaine, ondoyante, luisante et tellement souriante, des désirs fous le prenaient. Mais jamais il ne cédait. La trace de Barbara était indélébile. Il passait des nuits d’insomniaque, il se tournait et se retournait vainement sur la paillasse spartiate de sa case. Il pleurait ; l’image de Barbara le hantait…

            Quelle serait la femme qui lui ferait oublier cette reine ? 

            Au petit matin John, fatigué, se replongeait dans le travail pour oublier son désespoir.

Quand ?

Août 2008
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Il va sans dire (c'est mieux en le disant) que les mots mis dans la bouche de Notre Président ne sont que fiction inventée par mes soins dans le but anodin de vous faire sourire !!


 

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