23 janvier 2016

Et la santé, surtout !

La cérémonie des voeux du PS, ce n'est pas vraiment l'endroit où l'on parle de politique. Ce n'est pas le lieu où les décisions se prennent, en tout cas. Mais c'est quand même une sorte de baromètre politique.

Des chaises sont installées, mais pas assez. Coup classique : il ne faut pas qu'il y ait de chaises vides. On en remet. Elles sont prises d'assaut par des militants : la force vive du PS. Moyenne d'âge, 80 ans. Au bas mot. Un cortège de cannes, de sonotones, de nuques blanchies, de crânes chenus, de vieillards cacochymes. Une annexe de la maison de retraite.

Le slogan du parti, en ce jour de voeux, c'est : "Et la santé, surtout !"

L'année sera bonne. Pour certains, elle sera peut-être courte.

Devant la scène, les chefs sont là. Pour commencer, il y a le secrétaire du PS local, le député, le sénateur et un homme étonnamment très jeune. Il a un jeans. C'est le secrétaire du PSJ. Le secrétaire prend la parole en premier. Les cris fusent de la salle : "On n'entend rien !" On pousse les enceintes à fond.

Petit bilan de 2015 : on l'a échappé belle, le FN est aux portes, mais on a bien résisté ici. On a entendu le message. Débat sur la déchéance de nationalité : le secrétaire est contre, mais pour le débat serein.

On passe la parole au petit jeune tellement fashion avec sa petite chemise à carreaux ajustée. Il est content d'être là. Il parle revenu universel et légalisation du cannabis. Des sujets qui parlent vraiment à l'audience. Lui aussi est contre la déchéance, mais pour le débat et il respecte ceux qui sont pour.

On passe le relais au sénateur. Tiens, il s'est rendu compte qu'il n'y avait pas de femmes sur scène. Il trouve quelques élues dans la salle pour qu'elles viennent faire un peu de décoration devant le public. C'est toujours plus agréable à regarder. Ouf ! On aurait pu croire que la politique est un milieu machiste ! Son discours est intéressant : résolument de gauche, politique. Les riches, les pauvres, la mise à mal de la théorie du ruissellement. Il parle aussi des entreprises locales, du travail mené pour qu'elles restent ici, pour qu'elles embauchent. La lutte contre le chômage, cela doit être concret. Déchéance de la nationalité : il est pour. Il faut tout faire pour lutter contre le terrorisme...Il est pour un débat dans le calme.

Le député, enfin, ferme la marche. Il revient sur la déchéance de nationalité plus longuement. Il est pour. C'est une mesure qui s'adresse à 40 ou 50 personnes en France. Il est pour qu'on ouvre le débat, donc sur la modification de la Constitution pour 40 ou 50 personnes.

2 partout, la balle au centre...

Je crois que plus personne n'écoute. Ventre affamé n'a pas d'oreilles. Et on vient de mettre sur la table du comté et des saucisses de Montbéliard.

Autour d'un verre, on revient sur tout ça :
"Tu penses vraiment que des terroristes qui tueraient père et mère en ont quelque chose à faire d'un passeport français ?" 
"Moi, au premier tour, je ne vote plus pour le PS. Au deuxième, oui, on ne peut pas faire autrement. Mais franchement, aujourd'hui, on ne vote plus POUR un parti. On vote contre les autres..." 
"Et franchement, Valls, il est de gauche ? Et Macron ??? Non ! Ce sont juste des mecs qui n'ont jamais travaillé..." 
"Les entrepreneurs ont une vie plus dure que les salariés ? J'aimerais bien le voir à la chaîne un jour ou deux, le Macron..." 
"Et pendant ce temps-là, le FN et Sarko se refont une virginité...Dire que la Le Pen se dit même féministe...Franchement, c'est de la récupération..."

"Et la santé, surtout..."

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5 décembre 2015

Pour sûr qu'on ne se lève pas si tôt un dimanche matin de décembre, dans une dictature.

Je ne sais pas si je suis capable d'écrire quelque chose de bien, comme ça, la veille des élections régionales.

D'ailleurs, la campagne est suspendue, je n'ai rien à écrire. Rien de partisan, en tout cas. Juste le convenu "allons voter".

Je vous y encourage particulièrement parce qu'un dimanche matin de décembre, épuisée naturellement par cette période de conseils de classe, de réunions et d'élèves agités, je vais me lever tôt, et je serai présente dès avant 8h pour attendre l'électeur potentiel.

Je vous encourage donc à venir dire bonjour aux vaillants scrutateurs qui ont largement le temps de philosopher sur les intérêts de la démocratie : pour sûr qu'on ne se lève pas si tôt un dimanche matin de décembre, dans une dictature.

Cela valait le coup d'être souligné.

CC


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3 septembre 2015

Humanité nue

Source : Rathon, Crayon d'humeur
Qui suis-je, ici, dans le petit confort de ma vie occidentale, pour chercher les mots, pour poser les mots sur ces horreurs que l'on laisse faire ?

Qu'il faut du courage, à ces femmes et à ces hommes, à ces enfants pour se lancer à corps perdus sur les mers pour échapper à la guerre, ces femmes et ces hommes qu'aujourd'hui, il nous semble découvrir comme nos semblables parce que la photo d'un enfant, un petit semblable à nos petits, un enfant d'humain, vient nous frapper en plein coeur...

En 2011, déjà, j'écrivais que l'on croyait découvrir, à la suite des révolutions du Magreb, le problème des réfugiés sur les côtes de Lampedusa. Mais ce n'était déjà pas nouveau...J'évoquais un livre de 2007 qui parlait de ces destins en fuite, ces vies en transit, à la recherche d'un Eldorado...

Et je citais ces paroles de Juliette, qui nous permettent de ne pas oublier que derrière les statistiques et les idéologies politiques, il y a des êtres humains : 

Ce que j'oublierai, c'est ma vie entière
La rue sous la pluie, le quartier désert
La maison qui dort, mon père et ma mère
Et les gens autour, noyés de misère
En partant d'ici, pour quel paradis ou pour quel enfer...
J'oublierai mon nom, j'oublierai ma ville
J'oublierai même que je pars pour l'exil

Il faut du courage pour tout oublier
Sauf sa vieille valise et sa veste usée
Au fond de la poche un peu d'argent pour
Un ticket de train, aller sans retour
Aller sans retour

J'oublierai cette heure où je crois mourir
Tous autour de moi se forcent à sourire
L'ami qui plaisante, celui qui soupire
J'oublierai que je ne sais pas mentir
Au bout du couloir
J'oublierai de croire
Que je vais revenir
J'oublierai même si ce n'est pas facile
D'oublier la porte qui donne sur l'exil

Il faut du courage pour tout oublier
Sauf sa vieille valise et sa veste usée
Au fond de sa poche un peu d'argent pour
Un ticket de train, aller sans retour
Aller sans retour

Ce que j'oublierais, si j'étais l'un d'eux
Mais cette chanson n'est qu'un triste jeu
Et quand je les vois passer dans nos rues
Etranges étrangers, humanité nue
Quoi qu'ils aient fuit
La faim, le fusil
Quoi qu'ils aient vendu
Je ne pense qu'à ce bout de couloir
Une valise posée en guise de mémoire... 
Juliette, Aller sans retour, Bijoux et Babioles, 2008.
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1 septembre 2015

Le désarroi de n'avoir pas de roi...

Source : Slate.fr
Vous avez vu, cette espèce de folie nostalgique qui nous prend à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Louis XIV ? Ce type qui a dépensé l'argent du royaume pour faire la guerre, pour faire un gros château et pour entretenir ses maîtresses...

On est bizarre en France...

CC
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31 août 2015

Cette rentrée qui fait tant parler...

Pour la rentrée scolaire, tout le monde nous souhaite, à nous les professeurs : "Une bonne rentrée, hein, et puis surtout bon courage..."

On ne fait pas autant de cas de la rentrée des boulangers.

En fait, la rentrée touche plusieurs personnes : pas seulement les profs.

Les enfants, bien sûr. Contents, pas contents...ça dépend.

Les parents : bien heureux de se débarrasser de leurs gamins. Au bout de deux mois, ils savent bien la souffrance que représente la garde de leurs petits amours. Ils comprennent la patience qu'il faut développer. Ils n'osent pas imaginer combien il faut de ressource de calme pour s'en occuper toute la journée durant, surtout quand ils sont 25. Cela les ferait cauchemarder.

Les grands-parents : ils doivent reprendre leur rôle de nounous pour aller chercher leurs petits-enfants à l'école et les mener au cours de musique, de judo ou pour leur faire faire leurs devoirs.

Finalement, la rentrée concerne une grande partie de la population. Mais rassurons-nous, bientôt les vacances reviendront et les critiques sur les profs aussi. Plus de compassion pour ces fainéants qui abandonnent les enfants à leurs parents...

CC
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30 août 2015

PS : les rois du "dress code"

Crédit photo : Le Parisien.
L'idée que les politiques soient en phase avec la population n'est pas si évidente que ça.

Nous avons parfois l'étrange sensation, en France, que les hommes et les femmes politiques se donnent pour devoir d'être au-dessus du peuple, d'être la classe dirigeante, alors qu'elle est élue et représentante du peuple. Peut-on représenter si l'on domine ?

C'est une question compliquée pour un soir d'été.

J'ai assisté à une réunion professionnelle durant laquelle intervenait une ministre, l'année dernière. Quand notre représentante est entrée dans la salle, tout le monde s'est levé comme un seul homme pour l'applaudir. Et même, une sorte de haie d'honneur avait été organisée par l'établissement qui accueillait l'événement.

Un arrière-goût de monarchie, non ?

Aujourd'hui, notre représentant, chef du gouvernement, n'a pas jugé bon de mettre une chemisette, alors qu'il était à la Rochelle et qu'il faisait probablement plus de 30°C. Peut-on réellement représenter les gens quand on manque de bon sens à ce point ? C'est un détail et certains diront que dans le guide des bonnes manières de 1923, il est stipulé que les chemisettes ne sont pas correctes...Malgré tout, les lois somptuaires ont été abolies à la Révolution, non ?

CC
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29 août 2015

Dystopie

Est-ce que ça va, pour vous ?

Evidemment, on pourrait convenir ensemble que ça ne va pas mal : la fin d'été en pente douce, cet été qui a été magnifique, d'ailleurs : chaud, beau...Un peu sec, mais il n'y a presque plus d'agriculteurs pour s'en plaindre. On les a entendu un peu les agriculteurs, cet été, non ? Ah oui...Ils se plaignaient de ne plus pouvoir vendre cher leurs porcs aux hormones élevés en batteries...Ils se sont plaint aux politiques, même s'ils devraient être payés un peu plus par ceux qui leur achètent leur marchandise plutôt qu'à ceux qui les soutiennent déjà énormément.

Sinon, ça va, non ? C'est vrai, on n'a pas eu tellement à migrer de chez nous, comme en 40, par ici. On est plutôt bien, même si on râle tout le temps. On a du porc pas cher dans les supermarchés et si on se renseigne bien, on peut manger des produits périmés sans problème.


Pour le moment, on va se concentrer sur les routes chargées en ce dernier week-end des vacances et sur la rentrée, la mode des cartables à roulettes (ou pas) et sur la douloureuse question de la disparition progressive du bronzage au mois de septembre.

Les migrants morts dans les camions, c'est loin. Si loin...


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