8 juillet 2017

Des mesures symboliques

Les premières mesures d'un gouvernement sont forcément symboliques. Elles donnent le la pour la suite du mandat. 

Durant la semaine qui vient de s'écouler, nous avons eu droit à quelques annonces choisies.

Tout d'abord, le retour du jour de carence chez les fonctionnaires. 

Instauré par Sarkozy, supprimé par Hollande, le voilà de retour. Rappelons que près de 65 % des salariés du privé n'ont pas de jours de carence, puisqu'il est payé par l'employeur. Ces 65 % de salariés sont ceux des grandes boîtes. Pour les 35% restants, oui, il y a trois jours de carence. C'est là que se situe l'injustice, pas l'inverse. Pour les fonctionnaires, qui sont employés par l'Etat, on découvre avec stupeur que notre employeur se compare à une TPE. C'est décevant. Déjà que les salaires sont bloqués depuis 35 ans et qu'à niveau d'études égal, les fonctionnaires sont loin de toucher autant que dans le privé. Mesquin. En plus, la mesure ne fera économiser qu'environ 150 millions à l'Etat. Sur le budget total, c'est ridicule.

Dans le même temps, le gouvernement annonce la fin de la taxe sur les hauts salaires.

Cela concerne essentiellement les traders, le monde de la finance : les salaires dépassant 153 000 Euros brut par mois ne seront plus taxés à hauteur de 20%. Et en prime, on prévoit d'ouvrir deux lycées (publics) internationaux dans la région parisienne pour chouchouter les magnats de la finance qui décideraient de venir faire du fric en France. A mon avis, la dépense va bouffer largement les quelques économies réalisées grâce au jour de carence.

Si ces deux annonces ne sont pas de beaux symboles de la ligne de conduite du gouvernement...

Enfin, il y a eu une annonce rigolote de Monsieur Hulot, qui nous promet des moments aussi surréalistes que les films de Tati : il nous promet que dans 23 ans, toutes les voitures diesel ou essence seront à la casse. 

S'engager pour les 23 ans à venir, dans un domaine où les industriels mènent la danse, c'est un peu léger. C'est parfaitement l'illustration de la parole politique qui ne sert à rien. Mais, ma foi...il a peut-être obtenu des infos auprès de ses amis industriels, puis qu'il nous a été confirmé dans la semaine qu'il faisait des profits énormes en vendant ses gels douche - même pas bio, au passage. Espérons au moins que les produits Ushuaïa ne contiennent pas de perturbateurs endocriniens, parce que sur ce sujet aussi, on ne pourra pas compter sur l'engagement de Monsieur Hulot.

Donc, si nous résumons un peu, on retient trois messages : (on répète après moi)
- Haro sur les fonctionnaires, ces profiteurs privilégiés !
- Vive la finance et les profits insensés pour les copains des banques !
- Et euh...l'environnement ? On s'en fout !

CC


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27 juin 2017

Défendre les dindes et Noël en même temps...

Hier soir, on a cru un instant que la situation s'était enfin éclaircie.

Le premier secrétaire fédéral du Doubs publiait un communiqué de presse qui semblait enfin rendre la situation plus nette : le député fraîchement élu ayant fait un choix en entrant dans le groupe "En Marche" à l'assemblée, il n'était plus membre du PS.


On était soulagé, même si on avait une pensée émue pour tous les militants PS qui avaient tracté pendant la campagne, en pensant soutenir un candidat de gauche et qui se retrouvaient sans doute pour la première fois de leur vie, militant d'un parti de droite. 

Mais voilà. Rien n'est simple en politique. Le député n'accepte pas le fait qu'on ne peut pas être En Marche et PS en même temps. 

Le concept "en même temps" échappe largement aux gens de gauche : peut-on être en même temps pour les travailleurs et contre les acquis sociaux ? Pour la protection de l'environnement et pour les néonicoïdiques ? Pour le mariage pour tous et pour les ministres homophobes ? Pour la protection des retraités modestes et pour la hausse de la CSG ? Pour le CCAS et les politiques sociales locales et pour les baisses de dotations aux collectivités ? 

Solidaires des agneaux le jour de l'Aïd ? Protecteur des dindes et fan de Noël ?

Selon Frédéric Barbier, on peut, visiblement. Car ce matin, dans le journal, surprise !




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24 juin 2017

On parle un peu de politique ?

Une question se pose, maintenant que toutes les manipulations techniques ont été faites et que le travail du gouvernement va pouvoir enfin commencer : est-ce qu'on va parler enfin de politique ? Est-ce qu'on va pouvoir parler du fond, de la philosophie, du projet ? 

Bref, des choix de société ? 

Parce que pendant les deux campagnes, on a mis ça sous le tapis : avant la présidentielle, Macron nous a expliqué que ce n'était pas le projet qui comptait. Pendant la campagne des législatives, les candidats En Marche nous ont expliqué qu'ils étaient avant tout "le renouveau, la société civile, porteurs d'un espoir..." et ils ont enfilé les perles à l'infini en évitant à tout prix de nous parler de la loi travail, de la hausse de la CSG, de la baisse des dotations aux collectivités...

Quand des journalistes faisant leur boulot ont essayé de voir ce qui se préparait de ce côté-là, on s'est empressé de nous faire croire qu'ils se trompaient. Le coup classique du ballon d'essai, technique éprouvée par Sarkozy depuis 2007 : on lance des rumeurs et on voit ce qui se passe. Et les gens s'habituent progressivement à l'idée de se faire avoir. 

Parce qu'il y a des chances pour qu'on se fasse avoir. 

En tout cas, il ne faudra pas attendre beaucoup de social dans ces nouvelles lois. 

Sur le terrain, j'attends beaucoup les positions de notre député fraîchement réélu, Frédéric Barbier, qui veut rester "en même temps" au PS et LREM, du moins dans ses déclarations dans la presse locale - si c'est flou, c'est qu'il y a un loup, non ? -, parce qu'il semblerait que la situation soit maintenant beaucoup plus simple : on le désigne partout comme député de la majorité LREM, ex-PS, ayant intégré le groupe LREM à l'assemblée.

Alors ? Est-ce qu'il s'était trompé lorsqu'il manifestait contre la loi El-Khomri ? Ou, en fait, est-ce qu'il manifestait parce qu'elle n'allait pas assez loin dans le libéralisme et la casse du droit des travailleurs ? 

Est-ce que ce député va défendre la baisse des dotations aux collectivités locales et "en même temps" se définir comme "toujours socialiste" ? 

La politique, c'est affaire de convictions et on ne peut pas se contenter de dire "on verra bien"...Et si on doit faire des choix, on ne peut pas se contenter d'un vague "En même temps".

CC



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18 juin 2017

En Macronie absolue ?

Petit quizz : qui a dit "La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là !"

Ce soir, c'est une écrasante majorité de députés LREM qui entrent à l'assemblée. 355 députés qui se sont engagés à soutenir la politique du gouvernement. Une majorité absolue qui laissera peu de place au débat contradictoire et constructif, notamment sur la loi travail.

Réponse au quizz : c'est notre président Emmanuel Macron, qui s'exprimait il y a quelques mois dans l'hebdomadaire Le 1. Je vous laisse lire l'interview en entier : c'est ici.

Il faut pourtant, ce soir, établir un paradoxe de taille : la majorité au parlement est écrasante. Mais l'abstention est encore plus massive.

Derrière cette apparente force réside donc une immense fragilité pour le nouveau président.

Je souhaite donc bon courage aux nouveaux élus pour défendre des votes qu'ils devront ensuite assumer dans leur circonscription, face aux gens qui ont voté pour eux et surtout face à tous ceux qui ne les ont pas choisis, mais qui seront quand même leurs administrés.
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11 juin 2017

Dépitée, faute de député.

Après cette journée d'élection, passée encore une fois à sourire à bon nombre d'électeurs du FN, je fais un premier constat amer : même pas 40% de votants sur ma ville. Peut-être que certains pensent que les élections des députés ne sont pas intéressantes. Que seule la présidentielle compte. C'est un mauvais calcul. Les cours d'éducation civique sont bien loin, pour beaucoup. Ou alors, c'est le dégoût de la politique qui gagne. On se demande bien pourquoi ! Il y a pourtant des candidats LREM avec beaucoup de convictions politiques ! Avec des vraies valeurs ! Avec le sens de l'honneur, de la vérité, de l'honnêteté intellectuelle...

Au niveau national, une large majorité de députés sera donc LREM. La gauche est perdante.

Ce n'est pas une surprise. Ce n'est rien de dire que la gauche était partie désunie et minée par une présidentielle désastreuse. Sur ma circonscription, il y avait un candidat France Insoumise, un Front de Gauche/PCF, un PCR, un LO, une EELV. Et la candidate que j'avais fini par choisir, parce qu'elle me semblait la plus proche de mes convictions de gauche a finalement fait 1,72% des voix. Merci pour son courage !

Mais à droite, ce n'était pas mieux avec une candidate sans étiquette (ex-Debout La France), un UDR, un LR, une Front National et un LREM. Impossible de s'y retrouver vraiment.

Ici, les résultats sont donc en faveur de l'ex-PS devenu LREM et du Front National. Pour l'ex-PS ayant tourné sa veste, il surfe sans doute sur la dynamique nationale qui veut ce soir qu'une chèvre avec une étiquette LREM soit favori.

Pour la semaine prochaine, je crains vraiment que l'abstention soit encore plus grande. Même si, mollement, on ne peut qu'appeler, comme d'habitude, à faire barrage au FN. Mais cela ne peut plus constituer, élection après élection, la seule motivation d'un vote, au mépris de ses convictions, notamment sur la loi travail, mais aussi sur la vision de l'éducation, sur la fiscalité ou sur la présence au gouvernement de pro-manif pour tous...
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23 mai 2017

Besoin de clarification...

En citoyenne lambda qui s'intéresse un peu à la politique locale, j'ai besoin de clarification.

Nous sommes donc à une vingtaine de jours du premier tour des législatives et j'ai commencé à recevoir les infos à propos des candidats de ma circonscription. Je ne sais où donner de la tête.

Le candidat sortant était PS : Frédéric Barbier. Il est désormais une sorte d'OENI : un Objet Électoral Non Identifié.

Il a réussi l'exploit d'être investi par le PS et LREM, au prétexte que le FN a des chances de l'emporter. Donc, pour éviter, le FN, on crée pour de vrai le fameux UMPS fustigé depuis des années par le parti d'extrême droite. Pour lutter, donnons raison à l'adversaire ! Logique imparable !

Au delà de la blague d'avoir deux investitures tenant de la chèvre et du chou, on peut légitimement poser des questions simples, des questions d'électeur soucieux de savoir où va sa voix : 

- Pour quels textes de loi le député, s'il est élu, votera-t-il ? Pour les textes proposés par un gouvernement dirigé par un premier ministre Les Républicains ? Pour une belle majorité qui permettra de passer la loi travail puissance 10 par ordonnances ? 

Et question subsidiaire :
- Vers quel parti ira la cotisation que payera le député ?

C'est important de le savoir avant de voter. Il semble, selon le dernier tract consulté que le mot d'ordre soit "Pour une majorité présidentielle". A droite, donc. Soit.

Mais là où ça se corse, c'est que j'ai un autre tract d'un autre candidat qui se prétend aussi de "La majorité présidentielle". C'est celui du candidat des Républicains : Valère Nedey. Cela semble plus logique, puisque le premier ministre est du même parti.

Mais imaginons que je veuille soutenir la majorité présidentielle : pour qui voter ?

C'est ubuesque...

Par contre, si je veux voter pour un candidat de gauche, un social-démocrate...Quelqu'un qui ne défendra pas la nouvelle loi travail, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, qui ne cautionnera pas un gouvernement dans lequel on trouve un homophobe tendance manif pour tous, un ministre de l'éducation nationale proche de l'association SOS éducation, qui flirte souvent avec des idées d'extrême droite, si je ne veux pas soutenir la ligne libérale d'un ministre de l'économie LR, pour qui voterai-je ?

CC

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9 mai 2017

Petite colère post-électorale (en attendant les prochaines...)

En 2017, la France a été gagnée par la morosité et une dépression collective qui a commencé il y a longtemps déjà. Cette neurasthénie se développe surtout en période électorale. C'est le moment où l'on libère les aigreurs et désigne les coupables pour les maux qui nous rongent.

Depuis les années deux-mille, en fait, les Français en ont marre.

Marre de quoi ? J'ai demandé, mais ils ne savent pas forcément : marre ! Ils leur arrivent souvent d’ajouter : « Nous, ça va. Mais enfin, c’est quand même pas la joie et rien ne va. » Qu’est-ce qui ne va pas, au juste ? La France n’est plus la France. Et si ça va mal, c’est la faute à l’immigration, à l’Euro, à l’Europe, aux politiciens, aux profs, aux flics, aux PV pour excès de vitesse...

Les Français sont des râleurs, c’est peut-être bien le seul trait constituant de la fameuse identité nationale qui est devenue un Graal depuis son invention par Sarkozy.

Alors voilà, il y a que l’ouverture au monde qu'a constitué internet et les voyage pas chers d’Easy Jet ont permis une prise de conscience : les autres, nos anciens ennemis, les Anglais, les Allemands, les Espagnols ou les Italiens, nous ressemblent furieusement. Ceux qu’on moquait avant, auxquels on faisait la guerre parfois, ont à peu près la même façon de vivre que nous, les mêmes passions pour l’alcool et les saucisses, pour les apéros et le bœuf en sauce. On appelle ça bœuf bourguignon chez nous, mais on mange presque la même chose au Portugal, en Hongrie ou en Hollande, sous un nom imprononçable, et cela nous empêche soudain de nous enorgueillir de ce plat qu’on croyait être une spécialité. Elle est bien décevante, cette idée simple que chaque pays fournit son monde. Il ne manquerait plus que ce soit aussi le cas pour les peuples de barbares qui vivent ailleurs dans le monde...

Alors, les affres de la mondialisation nous apparaissent soudain insurmontables.

A part ces constats vagues, l’emploi va fluctuant, de mal en moins mal et vice versa. Les patrons s’obstinent à ne pas le payer assez, mais c’est quand même largement mieux en France qu’en Roumanie, parce qu’il y a eu des combats syndicaux, il y a eu le Front Populaire. Pourtant, dans les deux pays, les prix sont les mêmes. Par ailleurs, si ça va mal, c'est aussi à cause des syndicats, auxquels plus personne n'adhère.

Ici, il y a toujours une protection sociale qui permet aux gens de s’en sortir s’ils le veulent vraiment, il y a un tissu solidaire et associatif inégalé en Europe, on a la première agriculture du continent, qui nous permet de manger à notre faim et une industrie pas tout à fait morte encore, qui produit des choses innovantes et reconnues dans le monde entier. La culture est elle aussi un motif de fierté, mais les Français ne connaissent même pas les groupes de musique qui font danser le reste de la planète et qui ont vu le jour dans un appartement parisien. Ils feignent d’ignorer aussi que plus de 80 millions de touristes viennent visiter notre pays, admirer nos musées, parcourir les ruelles tellement typiques de nos petites villes d’Alsace.

On s’obstine, malgré ces évidences, à parler du déclin du pays et de la honte d’être français. La France d’antan, la « France éternelle » est morte, dit-on. Quelle France ? On ne sait pas. Peut-être celle de Vercingétorix, de Louis XIV, de Pétain ou de Pompidou.

On voit pourtant mal comment aller mieux, et il n'est même pas besoin de se comparer pour le constater. Il y a des routes, des hôpitaux et des écoles, des voitures, des téléphones portables et des ordinateurs. Jamais on a autant gaspillé de nourriture dans les cantines, les cafétérias et les ménages français. Jamais on a fait autant de régimes pour maigrir.

Il y a de l’argent, aussi, même si les gens ont toujours l’impression d’en manquer. Il y en a plus qu’en 1960, mais les gens ne prennent pas le temps de réfléchir à ce qu’ils en font : leurs charges fixes pour des choses inutiles et nocives ont explosé. L’abonnement au téléphone portable, pour toute la famille, internet, les chaînes de télé – et la télé plate qu’il faut changer plus souvent, ainsi que tous ces gadgets imbéciles qu’on se croit obligés d’acheter et de racheter -, le temps qu’on passe à dépenser pour des loisirs stupides et qui n’existaient pas avant, les deux voitures par foyer – au moins – qu’il faut emplir et remplir et remplir encore d’essence parce qu’on les prend pour faire trois pas, au mépris de notre santé, et qui nous coûtent en assurance, en réparation, en entretien, en pneus d’hiver, en pneus d’été…Tout ce qu’on ne faisait pas avant et qu’on fait maintenant sans réfléchir, tout cela nous coûte de l’argent, mais on a décidé que le problème n’était pas nous-même. Le problème, c'est la société de consommation, comme si ce n’était pas nous qui consommions. Pire : on accuse les impôts. On fait tout pour en payer moins, tout en voulant toujours plus de services publics, sans faire le lien entre les deux : perte collective d'intelligence. En attendant, on ne veut surtout pas savoir combien le dernier infarctus de Pépé a coûté à la société. Pépé va bien et il a été pris en charge par le meilleur système de santé au monde. Gratos ! Non ? Vraiment ? Non.

Et bêtement, quand un penseur vient nous parler de décroissance, on lui rit au nez en disant : « On ne va tout de même pas se chauffer à la chandelle et s’éclairer au feu de bois, c’est dépassé tout ça, il faut vivre avec son temps. » Si quelqu’un, même s’il n'a pas l’air de venir du plateau du Larzac, dit qu’utiliser les transports en commun ou les vélos serait plus intéressant, on lui rétorque que c'est pour les pauvres, pour les bobos, pour les riches…bref, on lui rétorque. On ne réfléchit que de manière égoïste et insensée. On ne veut pas voir qu’on s'est éloignés de la nature et de la raison. On se plaint des allergies sans se dire que c'est la faute du gasoil, on se plaint des tomates trop chères sans se demander pourquoi on veut en acheter en décembre et pourquoi, venant d’Espagne, il faut qu’elles passent par Rungis pour se retrouver dans un supermarché de la Creuse – hum, voilà des tomates qui ont fait plus de kilomètres que moi dans leur courte vie…-, on se plaint du gouvernement sans se souvenir qu’on est en démocratie et qu’on peut en choisir un autre, un meilleur, voire qu'on pourrait se présenter aux élections. Et puis lorsqu’une politique plus enviable pointe son nez, on la nomme utopie. Syndrome de dépressif : on ne veut pas croire que ça pourrait aller mieux. Alors on est tenté par le pire. Par la violence. On veut en découdre.

Dans le fond, c’est dans la nature humaine, la violence. Et si notre société a réussi à éradiquer quelque chose, c'est bien la violence : on n'a pas eu de guerre depuis 50 ans. Quand des jeunes mettent le feu à une poubelle dans une banlieue, la justice est implacable et le jugement de la société, impitoyable. Un jeune de 14 ans qui se retrouve avec un casier se ferme des portes pour le travail. La vraie violence est là. Autrefois, les jeunes, quand la France était rurale, avaient d’autres moyens pour exprimer leur colère, leur incompréhension du monde. Ils faisaient les 400 coups en mobylette, ils devenaient punk ou gothique, pour trois mois ou un an, ils se faisaient faire un tatouage, ils buvaient comme des trous, ils inventaient des blagues potaches et ils faisaient leur service militaire. Ils étaient surveillés de loin et avec bienveillance par toute la communauté qui savait qu’il faut que jeunesse se passe.

Depuis ces terribles années 2000, ils restent adossés aux arrêts de bus et on les surveille, on les arrête et on pénalise la délinquance juvénile. Ils décident alors d’aller à la mosquée parce que c'est la seule alternative qu’on leur offre. Les filles se voilent parfois juste comme d’autres, ailleurs, se font faire un piercing au nombril. La société n'a jamais été aussi surveillée, contrôlée. Et pourtant, les grands-parents nous parlent bien de vols et d’assassinats, eux aussi. La violence et la malhonnêteté ont toujours existé, mais elles nous paraissent pire aujourd’hui. Ce n'est pas le cas, pourtant. Jamais aucune société n'a été aussi policée, balisée d'interdits, engoncée dans le politiquement correct.

En manque d’action, en manque de violence, il faut donc se trouver des ennemis. On désigne donc « les immigrés ». Désignation fourre-tout, pas précise du tout qui regroupe moins les nouveaux arrivants qui ne se mêlent que peu à la population, souvent de passage, ne souhaitant pas rester en France, mais gagner l’Angleterre, que les descendants de ceux qui sont venus travailler dans les usines durant les Trente Glorieuses. Les jeunes de deuxième et troisième générations qui n'ont jamais été intégrés, qui n'ont jamais été considérés comme Français, bien qu’étant nés ici et ayant été à l’école de la République, ne connaissant que notre langue et notre télé, que notre mode de vie. Jamais, on est parvenu à en faire des Français comme les autres. Il faut dire qu’on a favorisé l’entre soi en les parquant dans des quartiers à la marge des villes, qu’on les a envoyés dans ces écoles de banlieues qui n’arrivent pas seules à ouvrir leurs esprits à un ailleurs, qui ne parviennent pas à leur faire sentir combien le monde est vaste. Et quand on les envoie en stage, en 3e, ils ne sont acceptés que dans les kebabs de leur oncle, de leur père, de leur frère, toujours dans le quartier. Ils vont ensuite dans le lycée le plus proche et ne s’éloignent jamais de chez eux. On aurait voulu créer le communautarisme, on n’aurait pas fait autrement. Cela revient à créer le même crétinisme que dans les vallées alpines, la même consanguinité que dans les tout petits villages isolés. Sauf que la démographie est forte dans ces territoires : on sait qu’elle est toujours plus forte quand la pauvreté est grande. C’est ainsi. Ces nombreux enfants oubliés de la République ne sont pas compris, pas envisagés comme partie intégrante de notre pays. On les désigne comme les coupables de tous les maux. On ne veut pas reconnaître que le monstre a été créé de toutes pièces et qu’il faudrait peu de choses pour que ces loups posent leur masque et redeviennent les enfants qu’ils sont.

C’est sur ces idées noires - et confuses - que la peste brune prospère et prospérera encore sans doute aux législatives...
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