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22 août 2010

Mort à l'Elysée - texte intégral

«Quelle heure il est ?»...

C’est la voix pleine de sommeil et de tabac froid qui résonna dans l’obscurité vide de la chambre d’un inspecteur de police parisien...

Il était 3 heures du matin, ce 14 août 2010, lorsque le portable de Valandier avait sonné.

A l’autre bout du fil, le commissaire, haletant, perturbé comme jamais, essoufflé comme s’il avait dû se taper la Tour Montparnasse par les escaliers...

«Filez tout de suite à l’Elysée. Ne dites à personne où vous allez.»

Il n’avait personne à qui raconter quoi que ce soit, l’inspecteur bouffi de sommeil. L’Elysée ? Il a fait répéter le commissaire, parce qu’il n’était pas sûr d’avoir bien compris :
« - Les Champs ? Euh...L’Elysée, vous êtes sûr...
- Bon Dieu, puisque je vous le dis, hurla le commissaire.»

A cette heure-là, ça réveille. Mieux qu’un café ou qu’un concert d’ACDC.

Alors c’est parti pour l’Elysée.

En chemin, il eut le temps de cogiter. Il pensa à la femme du président : elle est actrice, elle est dans le showbiz, alors on ne sait jamais ce qui peut arriver. Une histoire de mœurs à traiter en douceur ? Pourquoi pas...

En arrivant sur place, pourtant, il lui sembla tout de suite que c’était plus grave. Plusieurs voiture de police étaient déjà là. Il régnait un climat oppressant : un silence pesant, des regards graves.

Il rejoignit le commissaire, qui tenait déjà une réunion avec plusieurs hommes, dans la cours du palais. Le patron fit un signe de la tête en voyant Valandier. Il continua de parler :

«Donc, nous sommes d’accord : pas un seul mot, à personne, en attendant les ordres du dessus. Vous savez comment ça se passe dans ces cas-là : c’est le président de l’assemblée qui prend le relai. Ce sera donc à lui de gérer les médias. Nous on se concentre sur la scène de crime et sur l’enquête. On se débrouille pour n’avoir aucun préjugé. Évidemment, on va mettre le paquet sur cette enquête : ce n’est pas monsieur Duchmolle qui vient de mourir...Tout est bien clair ?»

Cette fois, il était bien réveillé, le commissaire : plus de doute, le président venait d’être retrouvé, mort, à l’Elysée...

****
Le problème, avec un cadavre comme ça, c’est qu’il y avait des dizaines de pistes possible : des dizaines de mobiles, depuis Al Qaïda jusqu’au détraqué de base...

Ces derniers-temps, il y avait plusieurs options.

Celle à laquelle Valandier pensa tout de suite, c’était cette histoire de cette vieille dame très riche, patronne d’un groupe de la grande distribution, une des plus grandes fortunes de France, qui faisait tout pour payer le moins d’impôts possible tout en distribuant de l’argent à tort et à travers, en impliquant quelques ministres, quelques juges et, a priori, le président lui-même.

Ensuite, il y avait l’affaire des bombardiers de Corée en lien avec l’affaire «EauClaire». Le principal opposant du président était plus ou moins mêlé à cette sale histoire qui avait fait la une pendant plusieurs mois...On avait beaucoup évoqué le secret défense, ce qui est toujours suspect...

Il y avait aussi une affaire qui remontait au milieu des années 90 et qui avait été déclenchée par un attentat mystérieux et meurtrier : promesse de contrat avec le Boukistan, en échange d’argent pour financer une campagne électorale. Les contrats avaient été rompus suite aux élections perdues et pour se venger, le Boukistan aurait provoqué la mort de touristes français...

Enfin, on pouvait aussi penser aux terroristes de l’Ultra-gauche : des balles de révolver avaient déjà été envoyées au président et on se souvenait tous des tentatives d’attentat dans le métro et des arrestations qui s’en étaient suivies. Mais quand même ces histoires étaient bien moins sérieuses que les précédentes. Cependant, aucune piste n’était à négliger.

****

Ce qui était étrange, cet été-là, c’était la persistance des médias : d’ordinaire, la presse sommeille doucement sous les marronniers, entre juillet et août, entre le Tour de France, le tour des plages et la tournée des festivals. Mais depuis juin, rien n’y avait fait : même la Coupe du Monde, ratée, il est vrai, n’avait pas réussi à faire tourner les yeux du public de ce qu’on appelait maintenant «le feuilleton de l’été».

C’était par là qu’il fallait commencer. D’ailleurs, assez rapidement, les autres pistes furent balayées. Valandier se retrouva chargé de la partie politique de l’enquête.

Le ministre de l’économie était le premier homme sur la liste. Cela faisait des semaines qu’il réclamait à corps et à cri une audition par la justice. Cependant lorsque Valandier téléphona à son cabinet, il eut beaucoup de mal à obtenir un rendez-vous. Il n’était pourtant pas en vacances puisque la France était sans dessus dessous suite à l'assassinat du président. Le ministre était entouré d’une dizaine de chefs de cabinet en tous genres qui trouvaient toujours de bonnes excuses pour repousser les rendez-vous : «C’est une époque troublée, il faut assurer l'intérim monsieur de ministre a dû reprendre des tas de dossiers...»

Quand Valandier obtint enfin un rendez-vous celui-ci ne fut qu’officieux, dans un café, ce qui ne fut pas sans rappeler certaines révélations du comptable de la vieille milliardaire.

L’homme était sombre, les traits tirés, le regard à la fois accablé et sur la défensive : cela faisait des semaines que la presse l’accusait de malversation, de népotisme, de corruption.

La première impression de Valandier fut presque de la pitié. Il se commanda un café, le ministre préféra un cognac.

«- A huit heures du matin, vous avez la santé monsieur le ministre, tenta le fonctionnaire de police, pour détendre l’atmosphère.
- Ça fait des nuits que je ne dors pas, il n’y a plus que l’alcool qui me fait tenir debout.»

C’était mal parti.

****

Le cognac sifflé d’un coup, la cravate dénouée, l’homme d’Etat était près à se livrer. Valandier tâta doucement le terrain :

«- Je suis là pour l’assassinat du président. Comme vous le savez déjà, la piste privilégiée est celle de «l’affaire». Vous êtes donc en première ligne, c’est inévitable. Pour l’instant, ce que nous dirons dans ce café sera informel. Nous ne prendrons votre déposition au commissariat, ensuite. Mais il était important que nous nous rencontrions rapidement pour avoir votre première impression et pour nous faire la nôtre. Vous savez cependant que de nos jours, plus rien n’est «off»...
- Oui, je sais. Je ne le sais que trop bien. Fichu internet. En même temps, peut-être que c’est mieux pour la démocratie. Objectivement. Mais je ne suis pas très bien placé pour être objectif. Bon. Soyons honnête...»

Il eut alors une sorte de petit sourire piteux, entre l’ironie, l’auto-dérision et le dégoût.

«- Le jour du crime...
- La nuit du crime, interrompit l’inspecteur...
- Oui, la nuit du crime, j’étais avec mon épouse. J’ai un alibi. C’est tout ce que vous vouliez savoir, non ?
- Nous vérifierons. Mais ce n’est pas tout, non. Nous devons faire ensemble le tour des intérêts potentiels que vous auriez pu trouver dans le meurtre du président...
- Vous plaisantez ? Il a été le seul à me défendre et à me soutenir ! C’était mon meilleur allié, dans cette histoire : n’importe qui d’autre aurait exigé ma démission dès le début. Il a tout fait pour me tirer d’affaire, il a même demandé, en express, une enquête financière pour m’innocenter. Vous savez quoi ??? Vous feriez mieux de protéger ma vie, plutôt que de m’interroger comme un assassin ! »

Le ministre était totalement sorti de ses gonds. Il vociférait, dans le café où les habitués s’accrochaient au zinc en retenant leur souffle.

Le policier était perplexe : oui, le président l’avait soutenu, tout en promettant un remaniement ministériel plus tard, après l’été. Mais il avait aussi tenu ses distances, ces derniers jours. Il avait surtout tenu à marquer sa distance avec la milliardaire. Du genre : «Je ne mange pas de ce pain-là, moi...»

Quand ces objections furent faites, le ministre parut encore plus désemparé qu’auparavant.

« - Vous savez, moi, je suis un homme fichu, de toute façon. Ma carrière est terminée. Je suis fini, mort. Un scandale pareil...Toutes ces années perdues...que ce soit vrai ou pas, vous savez ce qu’on dit : il n’y a pas de fumée sans feu. A part me mettre à faire du théâtre ou des affaires sur internet, comme Tapie, je n’ai plus rien à perdre...»

Plus rien à perdre. Exactement ce que se dit un criminel quand il passe à l’action. Parfois.

****
Quelques heures plus tard, c’était le commissaire lui-même qui prenait la déposition finale du ministre, dans son bureau. Finalement, on avait préféré bichonner un peu les personnalités. Pas de traumatisme, surtout pas de garde-à-vue sinistre. On avait déjà bien assez de problèmes : le climat français laissait à désirer, depuis le meurtre. On réclamait la vérité, on réclamait des élections, à gauche, on réclamait presque un putsch à la droite de la droite, on commençait à avoir peur, à se cloitrer dans les banlieues chics et à bouger beaucoup dans les banlieues moins chics.

Tout ça dans l’ambiance électrique d’un été caniculaire.

Il faut dire que le mois de juillet avait été tendu pour tout le monde : le défunt président était au plus bas dans les sondages de popularité. Il avait tenté l’agitation extrême. Il avait le jeu du tout sécuritaire, s’en prenant aux Rroms, aux immigrés, aux délinquants, aux récidivistes, aux jeunes...Bref, à tout ce qui faisait peur, d’ordinaire, à son électorat favori : les vieux.

Mais l’affaire Bassecourt ne faisait rien pour améliorer les choses. On criait même chez les anciens, au «Tous pourris».


La déposition et les déclarations médiatiques du ministre fut plus sobres que ses déclarations avinées du matin. "J'ai un alibi pour le jour du meurtre. J'ai toujours porté une admiration, un respect et une fidélité absolus au président qui m'a d'ailleurs toujours soutenu, la justice doit faire son travail, mais je n'ai rien à voir dans cette malheureuse histoire. Je tiens à nouveau à présenter mes condoléances sincères à Mme le président."

20/20 en langue de bois.

La deuxième personne à interroger, en attendant, c'était justement Madame.

A l'Elysée, la première dame de France recevait sans discontinuer des témoignages de souffrances partagées du monde entier, du showbiz entier, de la bonne société entière.

Elle jouait bien mieux la veuve éplorée que dans le dernier film de Woody Allen.

Elle était là, le soir du crime. Elle devait avoir des infos.

Le premier contact entre les enquêteurs et cette belle femme fut intimidant. Elle mettait de la distance, de la tristesse et des larmes dans chacun de ses gestes.

Elle déclara cependant que, selon elle, la garde de l'Elysée était en béton, normalement et que pour la franchir, il fallait être connu. Elle suggéra que les ministres avaient la permission de franchir les grilles. Mais elle balaya aussi cette hypothèse en déclarant que le gouvernement, bien sûr était parfaitement soudé, que tout le monde s'entendait très bien, que ces hommes et ces femmes passaient ensemble des moments formidables...Comme une équipe d'acteurs sur un tournage. Le genre de déclaration que les comédiens font sur les plateaux de télé, du moins...

Et puis, elle demanda quand elle devrait quitter l'Elysée. Elle ajouta qu'elle redeviendrait la saltimbanque qu'elle avait toujours été. Mais on savait bien qu'elle rejoindrait aussi vite que possible la luxueuse maison familiale du sud de la France.

Tout le monde semblait jouer un rôle dans cette histoire. Difficile d'en savoir plus, pour l'instant.

****

Du côté de la scène de crime, les relevés et les photos faits, le labo de la police scientifique avait travaillé sans relâche, depuis deux jours. Mais il y avait bien peu de choses à dire. Le président avait été frappé de trois coups de couteaux portés par une personne plus grande que lui, de haut en bas. Le couteau, retrouvé à proximité ne portait pas d’empreinte et seulement le sang du président. On pouvait donc penser à un acte prémédité : l’arme avait été nettoyée.

Les traces repérées sur le sol étaient celle de chaussures de ville, a priori, mais le hall du palais de l’Elysée était un peu un hall de gare. Rien de particulier, en fait.

Et en plus, le labo de la police française, ce n’est pas les Experts Miami.

Il valait mieux continuer les investigations politiques.

On ne pourrait pas se dispenser d’interroger une fois de plus Mme Bassecourt. Elle avait déjà été entendue au coeur du mois de juillet par les enquêteurs. On avait pris toutes les précautions eut égard à son grand âge et à sa grande richesse : une des plus grandes fortunes mondiales, patronne de la plus grande marque de distribution française, elle avait l’habitude qu’on la bichonne. Elle le valait bien.

On a donc pris des pincettes, encore une fois. Mais un peu moins que la dernière fois : il y avait eu un mort, entre temps.

On a dû parler très fort, évidement, parce qu’elle était très sourde et qu’elle refusait de porter des appareils auditifs par coquetterie. Pourtant, elle semblait assez lucide et ses propos étaient clairs.

«- Donner des coups de couteaux, à mon âge, à un homme en pleine santé, vous vous doutez bien que ce n’est pas possible.
- Certes, mais pourquoi n’auriez-vous pas commandité ce crime ? Vous en avez les moyens et surtout, l’histoire des arrangements fiscaux nuisent beaucoup à votre réputation. Dans le commerce, c’est important, la réputation, Madame...
- La répudiation ? Mais quelle idée ? Ma fille se conduit avec moi...
- Non, la RÉPUTATION !
- Ah...Oh...à mon âge...
- Votre âge ne peut pas être la réponse à tout ! Quelle relation entreteniez-vous avec le président ?
- Quelle émission souhaiterais-je faire vraiment ? Ma foi, Drucker...
- Mais non, quelle relation entreteniez-vous avec le président ?» répéta Valandier deux fois plus fort.
- Ah...Oh...On s’est croisés quelques fois. Un homme charmant, au demeurant. Enfin, son épouse surtout. Lui n’avait pas vraiment de savoir vivre. Mais il est de bon ton, au Raincy, d’apprécier cet ancien maire. Il a sympathisé avec la bonne société : on l’appréciait, parce qu’on sentait bien que son avenir en politique était en bonne voie. Mais malgré cela, il ne fait pas vraiment parti du club. Il est tellement rustre, dans le fond : il ne connaît rien aux arts et aux lettres, il a tout d’un arriviste...Et son père ! Venu d’on ne sait où ! Mais enfin, il est utile, paraît-il...C’est ce que me dit toujours mon comptable, d’ailleurs !»

Elle s’était livrée plus qu’on ne pouvait l’espérer, finalement...

****

Encore un témoin clé à interroger : le gestionnaire de la Mamie. On savait d’emblée la soupe qu’il allait servir : «Mon boulot, c’est de faire en sorte que ma cliente paye le moins d’impôts possible. Je suis très fort à ce petit jeu : je connais le code fiscal par cœur, jusqu’à dans ses moindres niches. Oui, on me paye très cher pour ça, mais le jeu en vaut la chandelle, au vu des économies que j’arrive à faire faire à la clientèle.»

Certes.

Mais les collusions et les confusions entre le pouvoir et l’argent étaient trop grandes pour être honnêtes.

L’homme était accoudé au bar d’un hôtel de luxe, lieu du rendez-vous avec Valandier. Il buvait une coupe de champagne. Une coupe de champagne, tout de suite, ça vous pose un homme.

Il avait vaguement un look oscillant entre baroudeur et vieux beau. D’emblée, il fit le petit couplet sur son job. Mot pour mot ce que Valandier avait imaginé.

«- Vous savez qu’on ne peut plus considérer cette affaire de la même manière depuis que le président a été tué ? D’ailleurs, je suis là pour l’enquête criminelle...,relança l’inspecteur.
- Oui. Alors là, justement : je ne comprends pas bien pourquoi vous voulez me voir ! Je suis comptable, juste un petit comptable...Je ne vois pas pourquoi je tuerai qui que ce soit...»

Un petit comptable. Deux minutes avant, il était payé comme le plus grand parce qu’il le valait bien. Facile de jouer la modestie quand ça l’arrangeait.

«- Soyons sérieux : le président avait lâché le ministre qui était votre principal contact. Il s’apprêtait à le virer du gouvernement à la rentrée. L'hallali avait commencé depuis pas mal de temps, déjà. Sans votre soutien au gouvernement, vous étiez vous aussi sous le feu des médias et de la justice...»

L’homme se rembrunit.

«- Mais de là à passer à l’acte...Certes, ma carrière aurait pris un coup dans l’aile...J’avais beau être...enfin...j’ai beau être le meilleur dans mon domaine, personne ne m’aurait embauché avec des soupçons pareils...»

Au commissariat, sa déclaration fut des plus lisses. Mais l’homme avait un brin de désespoir dans la voix.

Avant de partir, Valandier lui posa une dernière question :

«- Le champagne, tout à l’heure, au bar, c’était pour fêter quelque chose ?»

L’expert en fraude fiscale ne répondit rien, mais il eut un drôle de sourire en coin.

****
On avait encore interrogé la femme du ministre. Elle était en fait l’alibi de ce dernier, sans surprise. Et ils avaient de toute façon été vus au restaurant de l’hôtel Crillon où ils avaient passé la soirée, jusqu’à 22h30. L’anniversaire de madame ? Quelque chose à fêter, en tout cas. Il faudrait vérifier.

Le légiste avait évalué l’heure de la mort à 23h, cependant...

Mais étrangement, tout le monde avait un alibi pour la soirée et même pour la nuit.

Fallait-il chercher ailleurs ?

Valandier, pourtant, lors des différents interrogatoires avait senti à chaque fois quelque chose. Il avait cru que c’était la veuve : sur le contrat de mariage, il n’était sans doute pas stipulé que son mari viendrait faire des scandales sur ses plateaux de tournage...

Puis, il avait été persuadé que le ministre se vengeait de sa carrière fichue.

Enfin, il avait eu l’intime conviction que le comptable était suffisamment amer pour passer à l’acte.

La femme du ministre l’avait conforté dans ses intuitions : elle faisait parfaitement le lien entre chacune de ces personnes. Elle avait été embauchée par le comptable, sur les conseils de son mari. Elle avait été une collaboratrice avisée de Madame. Elle avait aussi connu l’artiste qui était un ami intime des milliardaires. Enfin, de monsieur, surtout, parait-il, dans un premier temps, avant de se rabattre sur le dernier des vivants du couple, pour se faire coucher sur le testament, à défaut d’autre chose. Enfin, c’était une bonne amie de la première dame de France.

Elle était sans doute la clé de l’enquête : elle représentait à merveille toutes les collusions entre le pouvoir et l’argent. Elle était au carrefour des arrangements.

Le président aussi était le symbole de politique de classe, le symbole voyant du bling-bling assumé. Mais comme l’avait si bien expliqué la milliardaire, il ne faisait pas vraiment parti de ce monde, dans le fond. Il était bien trop voyant, en somme et représentait donc une menace pour la classe des riches.

Mais les pièces du puzzle avaient beaucoup de peine à se mettre en place.


****


Ce qu’il fallait mettre au clair, tout d’abord, c’était la présence du président à l’Elysée, en pleine vacances.

Son épouse balbutia vaguement les mots «travail, dossiers des retraites, rentrée chaude»

Le ministre évoqua effectivement une réunion de travail qui devait avoir lieu à Brégançon, mais qu’on avait déplacée, finalement...Pourquoi ? Paris, c’est plus pratique, pour les médias et la justice...

Qui avait décidé que la réunion serait à Paris ? C’était étonnant, mais il semblait que c’était le ministre, pourtant fort en disgrâce.

Deuxième point à éclaircir : les alibis de chacun. Certes, chacun avait été vu dans des lieux publics jusqu’à 22 H 30. Mais si on en croyait le légiste, le crime avait eu lieu un peu après.

Après, le ministre et sa femme, qui mangeaient au Crillon, avaient marché, anonymes, au milieu de la foule de touristes du mois d’août, sur la plus belle avenue du monde.

Après, la première dame de France avait pris un livre et s’était retirée dans un des petits salons de l’Elysée. Toute seule avec le dernier Beigbeder...

Après, le comptable avait pris sa voiture pour aller en Normandie. Il avait roulé de nuit, et n’avait pas pris l’autoroute.

En y regardant de plus près, personne n’avait un alibi sérieux entre 22 h 30 et minuit.

Valandier, au hasard, releva les pointures des chaussures de tout le monde. Le labo avait bel et bien compté 7 traces de pas distinctes. Les gravillons de la cour de l’Elysée, c’était une vraie plaie pour les femmes de ménage.

Faisons le compte : il y avait bien sûr les pas du président, les pas de sa femme, qui avait accouru en entendant du grabuge, il y avait aussi les deux gardiens de la paix, arrivant un peu tard, pour découvrir le président lardé de coups de couteau. Il restait donc 3 empreintes non identifiées.

Bingo ! Les relevés collaient : les trois empreintes étaient celles du comptable, du ministre et de sa femme. Pas de doute.

Valandier et le commissaire convoquèrent tout ce petit monde.

Il était clair que le président avait été tué méthodiquement par trois symboles : les magouilles politiques, les magouilles financières et les magouilles pipolitiques...Car la première dame de France fut vite mise en cause par les trois autres.

Valandier dut faire une conférence de presse pour expliquer tout cela :

« Les prévenus ont avoué. Ils ont même dénoncé la femme du président qui a elle aussi reconnu les faits. Voilà comment s’est déroulé la scène : à 22 h 45, les gardiens de la paix en place sont remplacés par l’équipe de nuit. Il y a une minute de flottement. A ce moment-là, Madame s’est débrouillée pour faire rentrer dans le palais, le comptable de Mme Bassecourt et le couple ministériel. Ils ont rencontré le président dans le hall et par surprise et alors que l’homme ne se méfiait pas, le comptable a asséné un premier coup de couteau. C’était un peu comme si le monde de la finance assassinait un homme qui avait trop flirté avec lui, sans jamais parvenir à intégrer parfaitement ce monde. Ensuite, le poing serré sur le même couteau, Monsieur le ministre des finances et sa femme ont eux aussi donné un coup de couteau. C’était la reproduction concrète de tous les couteaux plantés dans le dos de ses adversaires politiques, tout au long des dernières décennies. Ces coups de couteaux lui avaient permis d’obtenir la meilleure place. Un coup de couteau le faisait tomber.

Enfin, le dernier coup de couteau, celui de son actrice de femme, avait été donné aussi pour souligner un des péchés de l’homme d’Etat : il aimait les flashs et les stars. On se souvenait de lui serrant la main d’un acteur hollywoodien, on se rappelait de ses apparitions contrôlées ou non dans Voilà ou dans WSD. Cependant, il ne faisait pas partie de ce monde. Elle l’avait prévenu, pourtant : il ne fallait pas qu’il se représente en 2012. D’ailleurs, leur contrat de mariage ne prévoyait pas d’aller aussi loin.»

Il avait été tué par là où il avait péché.

Au procès, les coupables plaidèrent qu’en leur âme et conscience, en détruisant ce tordu, ils étaient bien convaincus d’avoir servi la France.

On était dans l’embarras, alors on les condamna, puis on les amnistia. Et le pays reconnaissant les élut immédiatement chefs du gouvernement.

CC
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19 août 2010

Fiction de l'été - Episode 9 - Fin

Ce qu’il fallait mettre au clair, tout d’abord, c’était la présence du président à l’Elysée, en pleines vacances.

Son épouse balbutia vaguement les mots «travail, dossiers des retraites, rentrée chaude»...

Le ministre évoqua effectivement une réunion de travail qui devait avoir lieu à Brégançon, mais qu’on avait déplacée, finalement...Pourquoi ? Paris, c’est plus pratique, pour les médias et la justice...

Qui avait décidé que la réunion serait à Paris ? C’était étonnant, mais il semblait que c’était le ministre, pourtant fort en disgrâce.

Deuxième point à éclaircir : les alibis de chacun. Certes, chacun avait été vu dans des lieux publics jusqu’à 22 H 30. Mais si on en croyait le légiste, le crime avait eu lieu un peu après.

Après, le ministre et sa femme, qui mangeaient au Crillon, avaient marché, anonymes, au milieu de la foule de touristes du mois d’août, sur la plus belle avenue du monde.

Après, la première dame de France avait pris un livre et s’était retirée dans un des petits salons de l’Elysée. Toute seule avec le dernier Beigbeder...

Après, le comptable avait pris sa voiture pour aller en Normandie. Il avait roulé de nuit, et n’avait pas pris l’autoroute.

En y regardant de plus près, personne n’avait un alibi sérieux entre 22 h 30 et minuit.

Valandier, au hasard, releva les pointures des chaussures de tout le monde. Le labo avait bel et bien compté 7 traces de pas distinctes. Les gravillons de la cour de l’Elysée, c’était une vraie plaie pour les femmes de ménage.

Faisons le compte : il y avait bien sûr les pas du président, les pas de sa femme, qui avait accouru en entendant du grabuge, il y avait aussi les deux gardiens de la paix, arrivant un peu tard, pour découvrir le président lardé de coups de couteau. Il restait donc 3 empreintes non identifiées.

Bingo ! Les relevés collaient : les trois empreintes étaient celles du comptable, du ministre et de sa femme. Pas de doute.

Valandier et le commissaire convoquèrent tout ce petit monde.

Il était clair que le président avait été tué méthodiquement par trois symboles : les magouilles politiques, les magouilles financières et les magouilles pipolitiques...Car la première dame de France fut vite mise en cause par les trois autres.

Valandier dut faire une conférence de presse pour expliquer tout cela :

« Les prévenus ont avoué. Ils ont même dénoncé la femme du président qui a elle aussi reconnu les faits.

Voilà comment s’est déroulé la scène : à 22 h 45, les gardiens de la paix en place sont remplacés par l’équipe de nuit. Il y a une minute de flottement. A ce moment-là, Madame s’est débrouillée pour faire rentrer dans le palais, le comptable de Mme Bassecourt et le couple ministériel.

Ils ont rencontré le président dans le hall et par surprise et alors que l’homme ne se méfiait pas, le comptable a asséné un premier coup de couteau. C’était un peu comme si le monde de la finance assassinait un homme qui avait trop flirté avec lui, sans jamais parvenir à intégrer parfaitement ce monde.

Ensuite, le poing serré sur le même couteau, Monsieur le ministre des finances et sa femme ont eux aussi donné un coup de couteau. C’était la reproduction concrète de tous les couteaux plantés dans le dos de ses adversaires politiques, tout au long des dernières décennies. Ces coups de couteaux lui avaient permis d’obtenir la meilleure place. Un coup de couteau le faisait tomber.

Enfin, le dernier coup de couteau, celui de son actrice de femme, avait été donné aussi pour souligner un des péchés de l’homme d’Etat : il aimait les flashs et les stars. On se souvenait de lui serrant la main d’un acteur hollywoodien, on se rappelait de ses apparitions contrôlées ou non dans Voilà ou dans WSD. Cependant, il ne faisait pas partie de ce monde. Elle l’avait prévenu, pourtant : il ne fallait pas qu’il se représente en 2012. D’ailleurs, leur contrat de mariage ne prévoyait pas d’aller aussi loin.»

Il avait été tué par là où il avait péché.

Au procès, les coupables plaidèrent qu’en leur âme et conscience, en détruisant ce tordu, ils étaient bien convaincus d’avoir servi la France.

On était dans l’embarras, alors on les condamna, puis on les amnistia. Et le pays reconnaissant les élut immédiatement chefs du gouvernement.


CC
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5 août 2010

Fiction de l'été - Episode 8


On avait encore interrogé la femme du ministre. Elle était en fait l’alibi de ce dernier, sans surprise. Et ils avaient de toute façon été vus au restaurant de l’hôtel Crillon où ils avaient passé la soirée, jusqu’à 22h30. L’anniversaire de madame ? Quelque chose à fêter, en tout cas. Il faudrait vérifier.

Le légiste avait évalué l’heure de la mort à 23h, cependant...

Mais étrangement, tout le monde avait un alibi pour la soirée et même pour la nuit.

Fallait-il chercher ailleurs ?

Valandier, pourtant, lors des différents interrogatoires avait senti à chaque fois quelque chose. Il avait cru que c’était la veuve : sur le contrat de mariage, il n’était sans doute pas stipulé que son mari viendrait faire des scandales sur ses plateaux de tournage...

Puis, l'enquêteur avait été persuadé que le ministre se vengeait de sa carrière fichue.

Enfin, il avait eu l’intime conviction que le comptable était suffisamment amer pour passer à l’acte.

La femme du ministre l’avait conforté dans ses intuitions : elle faisait parfaitement le lien entre chacune de ces personnes. Elle avait été embauchée par le comptable, sur les conseils de son mari. Elle avait été une collaboratrice avisée de Madame. Elle avait aussi connu l’artiste qui était un ami intime des milliardaires. Enfin, de monsieur, surtout, parait-il, dans un premier temps, avant de se rabattre sur le dernier des vivants du couple, pour se faire coucher sur le testament, à défaut d’autre chose. Enfin, c’était une bonne amie de la première dame de France.

Elle était sans doute la clé de l’enquête : elle représentait à merveille toutes les collusions entre le pouvoir, les affaires et l’argent. Elle était au carrefour des arrangements.

Le président aussi était le stigmate de politique de classe, le symbole voyant du bling-bling assumé. Mais comme l’avait si bien expliqué la milliardaire, il ne faisait pas vraiment parti de ce monde, dans le fond. Il était bien trop voyant, en somme et représentait donc une menace pour la classe des riches.

Mais les pièces du puzzle avaient beaucoup de peine à se mettre en place.

(A suivre)

CC
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4 août 2010

Fiction de l'été - Episode 7


Encore un témoin clé à interroger : le gestionnaire de la Mamie. On savait d’emblée la soupe qu’il allait servir : «Mon boulot, c’est de faire en sorte que ma cliente paye le moins d’impôts possible. Je suis très fort à ce petit jeu : je connais le code fiscal par coeur, jusqu’à dans ses moindres niches. Oui, on me paye très cher pour ça, mais le jeu en vaut la chandelle, au vu des économies que j’arrive à faire faire à la clientèle.»

Certes.

Mais les collusions et les confusions entre le pouvoir et l’argent étaient trop grandes pour être honnêtes.

L’homme était accoudé au bar d’un hôtel de luxe, lieu du rendez-vous avec Valandier. Il buvait du champagne. Une coupe de champagne, tout de suite, ça vous pose un homme.

Il avait vaguement un look oscillant entre baroudeur et vieux beau. D’emblée, il fit le petit couplet sur son job. Mot pour mot ce que Valandier avait imaginé.

«- Vous savez qu’on ne peut plus considérer cette affaire de la même manière depuis que le président a été tué ? D’ailleurs, je suis là pour l’enquête criminelle...,relança l’inspecteur.
- Oui. Alors là, justement : je ne comprends pas bien pourquoi vous voulez me voir ! Je suis comptable, juste un petit comptable...Je ne vois pas pourquoi je tuerai qui que ce soit...»

Un "petit comptable". Deux minutes avant, il était payé comme le plus grand parce qu’il le valait bien. Facile de jouer la modestie quand ça l’arrangeait.

«- Soyons sérieux : le président avait lâché le ministre qui était votre principal contact. Il s’apprêtait à le virer du gouvernement à la rentrée. L'hallali avait commencé depuis pas mal de temps, déjà. Sans votre complice...euh...soutien au gouvernement, vous étiez vous aussi sous le feu des médias et de la justice...»

L’homme se rembrunit.

«- Mais de là à passer à l’acte...Certes, ma carrière aurait pris un coup dans l’aile...J’avais beau être...enfin...j’ai beau être le meilleur dans mon domaine, personne ne m’aurait embauché avec des soupçons pareils...»

Au commissariat, sa déclaration fut des plus lisses. Mais l’homme avait un brin de désespoir dans la voix.

Avant de partir, Valandier lui posa une dernière question :

«- Le champagne, tout à l’heure, au bar, c’était pour fêter quelque chose ?»

L’expert en fraude fiscale ne répondit rien, mais il eut un drôle de sourire en coin.
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2 août 2010

Fiction de l'été - Episode 6


Du côté de la scène de crime, les relevés et les photos faits, le labo de la police scientifique avait travaillé sans relâche, depuis deux jours. Mais il y avait bien peu de choses à dire. Le président avait été frappé de trois coups de couteaux portés par une personne plus grande que lui, de haut en bas. Le couteau, retrouvé à proximité ne portait pas d’empreinte et seulement le sang du président. On pouvait donc penser à un acte prémédité : l’arme avait été nettoyée.

Les traces repérées sur le sol étaient celle de chaussures de ville, a priori, mais le hall du palais de l’Elysée était un peu un hall de gare. Rien de particulier, en fait.

Et en plus, le labo de la police française, ce n’est pas les Experts Miami.

Il valait mieux continuer les investigations politiques.

On ne pourrait pas se dispenser d’interroger une fois de plus Mme Bassecourt. Elle avait déjà été entendue au cœur du mois de juillet par les enquêteurs. On avait pris toutes les précautions eu égard à son grand âge et à sa grande richesse : une des plus grandes fortunes mondiales, patronne de la plus grande marque de distribution française, elle avait l’habitude qu’on la bichonne. Elle le valait bien.

On a donc pris des pincettes, encore une fois. Mais un peu moins que la dernière fois : il y avait eu un mort, entre temps.

On a dû parler très fort, évidement, parce qu’elle était très sourde et qu’elle refusait de porter des appareils auditifs par coquetterie. Pourtant, elle semblait assez lucide et ses propos étaient clairs.

«- Donner des coups de couteaux, à mon âge, à un homme en pleine santé, vous vous doutez bien que ce n’est pas possible.
- Certes, mais pourquoi n’auriez-vous pas commandité ce crime ? Vous en avez les moyens et surtout, l’histoire des arrangements fiscaux nuisent beaucoup à votre réputation. Dans le commerce, c’est important, la réputation, Madame...
- La répudiation ? Mais quelle idée ? Ma fille se conduit avec moi...
- Non, la REPUTATION !
- Ah...Oh...à mon âge...
- Votre âge ne peut pas être la réponse à tout ! Quelle relation entreteniez-vous avec le président ?
- Quelle émission souhaiterais-je faire vraiment ? Ma foi, Drucker...
- Mais non, quelle relation entreteniez-vous avec le président ?» répéta Valandier deux fois plus fort.
- Ah...Oh...On s’est croisés quelques fois. Un homme charmant, au demeurant. Enfin, son épouse surtout. Lui n’avait pas vraiment de savoir-vivre. Mais il est de bon ton, au Raincy, d’apprécier cet ancien maire. Il a sympathisé avec la bonne société : on l’appréciait, parce qu’on sentait bien que son avenir en politique était en bonne voie. Mais malgré cela, il ne fait pas vraiment parti du club. Il est tellement rustre, dans le fond : il ne connaît rien aux arts et aux lettres, il a tout d’un arriviste...Et son père ! Venu d’on ne sait où ! Mais enfin, il est utile, paraît-il...C’est ce que me dit toujours mon comptable, d’ailleurs !»

Elle s’était livrée plus qu’on ne pouvait l’espérer, finalement...

CC
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31 juillet 2010

Fiction de l'été - Episode 5


Quelques heures plus tard, c’était le commissaire lui-même qui prenait la déposition finale du ministre, dans son bureau.

Finalement, on avait préféré bichonner un peu les personnalités. Pas de traumatisme, surtout pas de garde-à-vue sinistre. On avait déjà bien assez de problèmes : le climat français laissait à désirer, depuis le meurtre. On réclamait la vérité, on réclamait des élections, à gauche, on réclamait presque un putsch à la droite de la droite, on commençait à avoir peur, à se cloîtrer dans les banlieues chics et à bouger beaucoup dans les banlieues moins chics.

Tout ça dans l’ambiance électrique d’un été caniculaire.

Il faut dire que le mois de juillet avait été tendu pour tout le monde : le défunt président était au plus bas dans les sondages de popularité. Il avait tenté l’agitation extrême. Il avait le jeu du tout sécuritaire, s’en prenant aux Roms, aux immigrés, aux délinquants, aux récidivistes, aux jeunes...Bref, à tout ce qui faisait peur, d’ordinaire, à son électorat favori : les vieux.

Mais l’affaire Bettencourt ne faisait rien pour améliorer les choses. On criait même chez les anciens, au «Tous pourris».

La déposition et les déclarations médiatiques du ministre fut plus sobre que ses déclarations avinées du matin. "J'ai un alibi pour le jour du meurtre. J'ai toujours porté une admiration, un respect et une fidélité absolus au président qui m'a d'ailleurs toujours soutenu, la justice doit faire son travail, mais je n'ai rien à voir dans cette malheureuse histoire. Je tiens à nouveau à présenter mes condoléances sincères à Mme le président."

20/20 en langue de bois.

La deuxième personne à interroger, en attendant, c'était justement Madame.

A l'Elysée, la première dame de France recevait sans discontinuer des témoignages de souffrances partagées du monde entier, du showbiz entier, de la bonne société entière.

Elle jouait bien mieux la veuve éplorée que dans le dernier film de Woody Allen.

Elle était là, le soir du crime. Elle devait avoir des infos.

Le premier contact entre les enquêteurs et cette belle femme fut intimidant. Elle mettait de la distance, de la tristesse et des larmes dans chacun de ses gestes.

Elle déclara cependant que, selon elle, la garde de l'Elysée était en béton, normalement et que pour la franchir, il fallait être connu. Elle suggéra que les ministres avaient la permission de franchir les grilles. Mais elle balaya aussi cette hypothèse en déclarant que le gouvernement, bien sûr était parfaitement soudé, que tout le monde s'entendait très bien, que ces hommes et ces femmes passaient ensemble des moments formidables...Comme une équipe d'acteurs sur un tournage. Le genre de déclaration que les comédiens font sur les plateaux de télé, du moins...

Et puis, elle demanda quand elle devrait quitter l'Elysée. Elle ajouta qu'elle redeviendrait la saltimbanque qu'elle avait toujours été. Mais on savait bien qu'elle rejoindrait aussi vite que possible la luxueuse maison familiale du sud de la France.

Tout le monde semblait jouer un rôle dans cette histoire. Difficile d'en savoir plus, pour l'instant.

(A suivre)

CC
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29 juillet 2010

Fiction de l'été - Episode 4


Le cognac sifflé d’un coup, la cravate dénouée, l’homme d’Etat était près à se livrer. Valandier tâta doucement le terrain :

«- Je suis là pour l’assassinat du président. Comme vous le savez déjà, la piste privilégiée est celle de «l’affaire». Vous êtes donc en première ligne, c’est inévitable. Pour l’instant, ce que nous dirons dans ce café sera informel. Nous ne prendrons votre déposition qu'au commissariat, ensuite. Mais il était important que nous nous rencontrions rapidement pour avoir votre première impression et pour nous faire la nôtre. Vous savez cependant que de nos jours, plus rien n’est «off»...
- Oui, je sais. Je ne le sais que trop bien. Fichu internet. En même temps, peut-être que c’est mieux pour la démocratie. Objectivement. Mais je ne suis pas très bien placé pour être objectif. Bon. Soyons honnête...»

Il eut alors une sorte de petit sourire piteux, entre l’ironie, l’auto-dérision et le dégoût.

«- Le jour du crime...
- La nuit du crime, interrompit l’inspecteur...
- Oui, la nuit du crime, j’étais avec mon épouse. J’ai un alibi. C’est tout ce que vous vouliez savoir, non ?
- Nous vérifierons. Mais ce n’est pas tout, non. Nous devons faire ensemble le tour des intérêts potentiels que vous auriez pu trouver dans le meurtre du président...
- Vous plaisantez ? Il a été le seul à me défendre et à me soutenir ! C’était mon meilleur allié, dans cette histoire : n’importe qui d’autre aurait exigé ma démission dès le début. Il a tout fait pour me tirer d’affaire, il a même demandé, en express, une enquête financière pour m’innocenter. Vous savez quoi ??? Vous feriez mieux de protéger ma vie, plutôt que de m’interroger comme un assassin ! »

Le ministre était totalement sorti de ses gonds. Il vociférait, dans le café où les habitués s’accrochaient au zinc en retenant leur souffle.

Le policier était perplexe : oui, le président l’avait soutenu, tout en promettant un remaniement ministériel plus tard, après l’été. Mais il avait aussi tenu ses distances, ces derniers jours. Il avait surtout tenu à marquer sa distance avec la milliardaire. Du genre : «Je ne mange pas de ce pain-là, moi...». Il avait déjà tellement de soucis...

Quand ces objections furent faites, le ministre parut encore plus désemparé qu’auparavant.

« - Vous savez, moi, je suis un homme fichu, de toute façon. Ma carrière est terminée. Je suis fini, mort. Un scandale pareil...Toutes ces années perdues...que ce soit vrai ou pas, vous savez ce qu’on dit : il n’y a pas de fumée sans feu. A part me mettre à faire du théâtre ou des affaires sur internet, comme Tapie, je n’ai plus rien à perdre...»

Plus rien à perdre. Exactement ce que se dit un criminel quand il passe à l’action. Parfois.
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28 juillet 2010

Fiction de l'été - Episode 3


Ce qui était étrange, cet été-là, c’était la persistance des médias : d’ordinaire, la presse sommeille doucement sous les marronniers, entre juillet et août, entre le Tour de France, le tour des plages et la tournée des festivals. Mais depuis juin, rien n’y avait fait : même la Coupe du Monde, ratée, il est vrai, n’avait pas réussi à faire tourner les yeux du public de ce qu’on appelait maintenant «le feuilleton de l’été».

C’était par là qu’il fallait commencer. D’ailleurs, assez rapidement, les autres pistes furent balayées. Valandier se retrouva chargé de la partie politique de l’enquête.

Le ministre de l’économie était le premier homme sur la liste. Cela faisait des semaines qu’il réclamait à corps et à cris une audition par la justice. Cependant lorsque Valandier téléphona à son cabinet, il eut beaucoup de mal à obtenir un rendez-vous. Il n’était pourtant pas en vacances puisque la France était sans dessus dessous suite à l'assassinat du président. Le ministre était entouré d’une dizaine de chefs de cabinet en tous genres qui trouvaient toujours de bonnes excuses pour repousser les rendez-vous : «C’est une époque troublée, il faut assurer l'intérim monsieur de ministre a dû reprendre des tas de dossiers...»

Quand Valandier obtint enfin un rendez-vous celui-ci ne fut qu’officieux, dans un café, ce qui ne fut pas sans rappeler certaines révélations du gestionnaire des affaires de la vieille milliardaire.

L’homme était sombre, les traits tirés, le regard à la fois accablé et sur la défensive : cela faisait des semaines que la presse l’accusait de malversation, de népotisme, de corruption.

La première impression de Valandier fut presque la pitié. Il se commanda un café, le ministre préféra un cognac.

«- A huit heures du matin, vous avez la santé, monsieur le ministre, tenta le fonctionnaire de police, pour détendre l’atmosphère.
- Ça fait des nuits que je ne dors pas, il n’y a plus que l’alcool qui me fait tenir debout.»

C’était mal parti.

(à suivre)

CC
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26 juillet 2010

Fiction de l'été - Episode 2


Le problème, avec un cadavre comme ça, c’est qu’il y avait des dizaines de pistes possible : des dizaines de mobiles, depuis Al Qaïda jusqu’au détraqué de base...

Ces derniers temps, il y avait plusieurs options.

Celle à laquelle Valandier pensa tout de suite, c’était cette histoire de cette vieille dame très riche, patronne d’un groupe de la grande distribution, une des plus grandes fortunes de France, qui faisait tout pour payer le moins d’impôts possible tout en distribuant de l’argent à tort et à travers, en impliquant quelques ministres, quelques juges et, a priori, le président lui-même.

Ensuite, il y avait l’affaire des bombardiers de Corée en lien avec l’affaire «EauClaire». Le principal opposant du président était plus ou moins mêlé à cette sale histoire qui avait fait la une pendant plusieurs mois...On avait beaucoup évoqué le secret défense, ce qui est toujours suspect...Une embrouille incompréhensible pour le commun des mortels.

Il y avait aussi une affaire qui remontait au milieu des années 90 et qui avait été déclenchée par un attentat mystérieux et meurtrier : promesse de contrat avec le Boukistan, en échange d’argent pour financer une campagne électorale. Les contrats avaient été rompus suite aux élections perdues et pour se venger, le Boukistan aurait provoqué la mort de touristes français...Les familles des victimes demandaient aujourd'hui justice, mais l'histoire patinait dans le vide.

Enfin, on pouvait aussi penser aux terroristes de l’Ultra-gauche : des balles de révolver avaient déjà été envoyées au président et on se souvenait tous des tentatives d’attentat dans le métro et des arrestations qui s’en étaient suivies. Mais quand même ces histoires étaient bien moins sérieuses que les précédentes. Cependant, aucune piste n’était à négliger.

...

(A suivre !)
CC
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25 juillet 2010

Fiction de l'été...Mort à l'Elysée


«Quelle heure il est ?»...

C’est la voix pleine de sommeil et de tabac froid qui résonna dans l’obscurité vide de la chambre d’un inspecteur de police parisien...

Il était 3 heures du matin, ce 14 août 2010, lorsque le portable de Valandier avait sonné.

A l’autre bout du fil, le commissaire, haletant, perturbé comme jamais, essoufflé comme s’il avait dû se taper la Tour Montparnasse par les escaliers...

«Filez tout de suite à l’Elysée. Ne dites à personne où vous allez.»

Il n’avait personne à qui raconter quoi que ce soit, l’inspecteur bouffi de sommeil. L’Elysée ? Il a fait répéter le commissaire, parce qu’il n’était pas sûr d’avoir bien compris :
« - Les Champs ? Euh...L’Elysée, vous êtes sûr...
Bon Dieu, puisque je vous le dis, hurla le commissaire.»

A cette heure-là, ça réveille. Mieux qu’un café ou qu’un concert d’ACDC.

Alors c’est parti pour l’Elysée.

En chemin, il eut le temps de cogiter. Il pensa à la femme du président : elle est actrice, elle est dans le showbiz, alors on ne sait jamais ce qui peut arriver. Une histoire de moeurs à traiter en douceur ? Pourquoi pas...

En arrivant sur place, pourtant, il lui sembla tout de suite que c’était plus grave. Plusieurs voiture de police étaient déjà là. Il régnait un climat oppressant : un silence pesant, des regards graves.

Il rejoignit le commissaire, qui tenait déjà une réunion avec plusieurs hommes, dans la cours du palais. Le patron fit un signe de la tête en voyant Valandier. Il continua de parler :

«Donc, nous sommes d’accord : pas un seul mot, à personne, en attendant les ordres du dessus. Vous savez comment ça se passe dans ces cas-là : c’est le président du Sénat qui prend le relai. Ce sera donc à lui de gérer les médias. Nous on se concentre sur la scène de crime et sur l’enquête. On se débrouille pour n’avoir aucun préjugé. Évidemment, on va mettre le paquet sur cette enquête : ce n’est pas monsieur Duchmol qui vient de mourir...Tout est bien clair ?»

Cette fois, il était bien réveillé, le commissaire : plus de doute, le président venait d’être retrouvé, mort, à l’Elysée...
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11 septembre 2009

Thriller médical : Eric Nataf



J'ai oublié de vous signaler que si vous appréciez les thrillers médicaux (comme ce que j'ai essayé de faire modestement là), il faut absolument découvrir l'auteur Eric Nataf. (qui n'est pas une femme, mais qui est un bon auteur quand même !)

Je vous conseille particulièrement L'Autobiographie d'un virus, son premier roman et Régime mortel, que je suis entrain de dévorer !



Le suspense est très bien mené, mais on ne fait pas que se divertir : on apprend aussi beaucoup de choses et on est plongé dans des sujets d'actualité brûlants.

Bonne lecture !

CC
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10 septembre 2009

Epidémie, la série en entier !

La sonnerie l'a réveillé sur le coup des 4h du matin. Il a d'abord cru que c'était le réveil et a tâtonné sur sa table de nuit pour l'éteindre. Ensuite, il a eu un moment de doute. Il était en plein rêve légèrement érotique. Il ne savait plus du tout où il était.

Entre la belle blonde qui s'était dissipée au premier retentissement de l'engin électronique, et la brume du sommeil pâteux dans lequel il glissait souvent à cause de la cocaïne, il ne savait plus.

Pourtant, les plafonds ouvragés et les lourdes tentures de la déco lui remirent vite les pieds sur terre. Il était maintenant président, même s'il n'était pas encore habitué. Il était à l'Elysée.

"Putain ! Mais qui peut bien me déranger à cette heure !", bougonna-t-il en saisissant son téléphone portable.

Les consignes étaient pourtant claires : uniquement en cas de force majeure.

Il n'avait pas été élu pour bosser. Déjà qu'il était beaucoup moins payé que ses amis patrons...

En pleine nuit, ce ne pouvait être qu'un drame affreux sur lequel il pourrait rebondir médiatiquement le lendemain. Il l'espérait. Parce qu’autrement, son interlocuteur allait passer un sale moment.

"Allo, Monsieur le président ?" lança une voix gênée et obséquieuse.

"Non, c'est Pizza Hut !", répondit l'interlocuteur élyséen. Ce n'était pas de l'humour. Juste de l'agacement.

"Monsieur le président, si nous nous permettons de vous contacter en pleine nuit, c'est pour une bonne raison. L'épidémie de Grippe A/H1N1, ça vous dit quelque chose ?", enchaîna la voix, d'une manière beaucoup plus assurée.

"C'est une plaisanterie ? Bien sûr...enfin...la grippe...Mais qui êtes-vous d'abord ?"

"Peu importe qui nous sommes. Nous devons juste vous informer plus précisément sur la grippe A/H1N1.", reprit la voix.

Le président n'y comprenait plus rien. Il pensa un instant que son rêve érotique s'était juste transformé en cauchemar. Ou en canular.

Il avait pourtant eu de bon briefing sur la grippe. Il avait écouté pendant des heures ses conseillers, les types du ministère de la santé et même le ministre lui-même, qui était pourtant un abruti notoire.

Ils lui avaient tous dit à peu près la même chose. En substance, le virus était pour l'instant celui d'une grippe ordinaire, simplement un peu plus contagieux, mais pas vraiment de quoi s'inquiéter. Certes la bête pouvait muter, au contact du virus de la grippe saisonnière, et devenir un peu plus virulent. Malgré tout, il ne devrait pas faire beaucoup plus de morts que chaque hiver, soit entre 2000 et 5000...

Tout de suite, évidemment, il avait pensé plan de com'.

On allait facilement occuper les médias pendant quelques mois avec ça. Un os à ronger pendant que le capitalisme sauvage repartirait de plus belle dans le reste du monde.

"Tout ce que vous savez sur cette grippe n'est rien au regard de la réalité et de la complexité médicale du virus. Tout ce que je vais vous révéler est strictement confidentiel. Il faut que vous sachiez que tous les chefs d'Etat importants de la planète sont informés en même temps que vous, au moment même où je vous parle."

Le président se trouvait propulsé dans une sorte de film d'espionnage mondial. Il se sentit soudain investit d'une mission qui le grandissait...

"Je suis à votre écoute."

"Un congrès ultra secret de médecins du monde entier et de grands patrons de l'industrie pharmaceutique s'est réuni il y a trois jours à Seattle. Nous avons mis en commun tout ce que nous savions et tout ce que nous avions observé sur cette grippe qui n'en est pas tout à fait une, reprit la voix au bout du fil.

- Comment ça ? Ce n'est pas la grippe ?, s'étonna le premier homme de France.

- Non. Les cas dont la presse a parlé ne sont qu'un tout petit bout de l'iceberg. Même pas toute la partie immergée. La situation est bien plus grave."

La voix au bout du fil restait très solennelle. Après avoir repris son souffle, elle reprit son explication. Tout était clair et on sentait que l'homme, sans doute un scientifique, faisait tout pour simplifier.

"Beaucoup de cas n'ont pas été signalés au grand public. La communauté scientifique n'a pas tenue à affoler la population. Seulement, ces derniers temps, quelques informations ont filtré : vous avez sans doute déjà entendu parler des cas qui sont morts alors qu'ils ne présentaient aucune prédisposition pour cela : pas de problème respiratoire, pas de grossesse...Des personnes en bonne santé.

C'est là que ça se corse.

En fait, l'épidémie est déjà beaucoup plus avancée que ce qu'on pense. Les symptômes ne sont pas forcément ceux de la grippe au début."

"Pas forcément les mêmes signes ? Vous savez que je suis un peu hypocondriaque ? Un peu comme Michel Drucker...", plaisanta le président. Il s'était réveillé, sous le coup de la surprise, mais il tenta de détendre l'atmosphère. Cependant, la plaisanterie ne fit pas beaucoup rire le mystérieux correspondant téléphonique...

"Revenons-en justement aux symptômes cliniques : ils peuvent être variés. Ganglions gonflés et douloureux, boutons douloureux à l'arrière de la langue, malaise, trouble de la vue, fortes migraines...En fait, plus nous examinons les cas déclarés, plus nous analysons les dossiers des personnes décédées, plus nous notons une variété presque infinie de signes. C'est ce qui est effrayant. Après s'être manifesté d'une manière anodine, le virus agit très vite et de manière très virulente."

Le président se surprit à transpirer. Non, vraiment, ce n'était pas le moment de plaisanter...

"Combien de cas ont été cachés au public ? C'est incroyable : pourquoi n'avez vous pas prévenu les autorités plus tôt ? Depuis combien de temps tout ce truc dure-t-il ??? s'énerva soudain l'élu, nous devons faire quelque chose ! Si ça venait à se savoir, on serait dans de beaux draps ! Pire que l'affaire du sang contaminé ! L'attitude de la communauté scientifique est irresponsable, nom de Dieu !

- Ne vous énervez pas. Nous ne pouvons rien faire. Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire !, martela la voix au bout du fil, trop tranquille pour ne pas agacer encore plus son interlocuteur.

- Rien ?! Mais vous ne savez pas d'où viens ce problème ? Vous ne savez pas combien de victime cela fera ? Vous n'avez pas identifié le virus ? Vous ne trouvez pas de vaccin ??? Et comment se protéger ?

- Calmez-vous. Soyez digne de votre fonction, faites preuve de sang-froid."

Du sang froid, alors qu'une épidémie de plus en plus visible ravageait la planète ? Difficile.

La voix reprit, toujours calmement, toujours froide.

"L'épidémie, dans l'hémisphère sud, là où l'hiver a déjà commencé, est beaucoup plus rapide que tout ce que nous connaissons. Même le SIDA n'était pas aussi rapide. Nous savons que le virus se transmet par les voix respiratoires, nous savons qu'il est volatile, que la salive est un vecteur de choix. Cependant, le virus pourrait bien être plus virulent que d'habitude. Il reste vivant entre deux et quatre heures sur les surfaces froides. Mais surtout il ne tue pas seulement des gens malades. Vous demandiez des chiffres, voici le plus significatif : parmi les décès constatés, entre 40 et 50 % sont ceux de porteurs "en bonne santé".

Dans un premier temps, l'OMS prévoyait les chiffres des victimes en milliers. Il faut sans doute revoir tout ça à la hausse : ce seront sûrement des millions d'êtres humains qui vont y passer. "

Le jour se glissait doucement entre les lourdes tentures de la chambre présidentielle.

En 2007, dans le monde, 2 millions de personnes sont mortes du SIDA. Une épidémie aussi, mais qui ne fait pas les gros titres des journaux. Le mandat présidentiel pourrait peut-être encore résister à cette nouvelle pandémie...

Qu'y pouvait-il, lui, d'ailleurs ?

"- On n'a aucune idée d'où cela vient ?, relança-t-il.

- Si. On en a une idée. Il ne serait pas impossible que la pollution y soit pour quelque chose."

"La pollution ? Qu'est-ce que la pollution peut bien avoir à faire là-dedans ?"

Encore un sujet qui l'agaçait au plus haut point. Un sujet porteur, à la mode, certes : il fallait communiquer sur le thème, ça plaisait à l'électorat. Dans le fond, le président ne croyait pas au réchauffement climatique. Pas vraiment. Et puis, il s'en fichait. La planète survivrait, l'homme se débrouillerait et après lui, le déluge !

"Comme on le sait maintenant, argumenta le scientifique, il n'existe plus d'espace exempt de pollution sur Terre. Même les neiges éternelles, au sommet des plus hautes montagnes, quand on les analyse, présentent des taux de carbone anormalement élevés. La pollution humaine est dans chaque particule du monde.

Pour les êtres humains, il en est de même : plus un seul être humain ne peut être considéré "en bonne santé". Au cours des millénaires précédents, les évolutions du milieu dans lequel l'homme vit étaient suffisamment lentes pour que l'homme effectue les mutations génétiques pour s'adapter. Mais la pollution des 50 dernières années a modifié l'environnement si rapidement, que les êtres vivants n'ont pas pu muter.

Vous saisissez ? Les êtres humains ne sont pas vraiment malades, mais ils ne sont plus adaptés au milieu qu'ils ont pourtant contribué à créer..."

L'esprit du président s'était échappé. Il se tenait debout, devant la fenêtre de sa chambre, il avait ouvert les rideaux. Une belle journée s'annonçait. Au cœur de Paris, évidemment, la pollution devait être maximum. Il venait d'apprendre qu'il était un inadapté, comme tout le monde...

"Je ne comprends pas forcément le rapport avec cette grippe qui n'en est pas une...", murmura le président.

Il avait parlé presque pour lui-même, mais l'interlocuteur se mit en devoir d'expliquer :

"- Les êtres sont moins résistants. Même s'ils paraissent en bonne santé, selon tous les critères que nous connaissons, ils sont néanmoins malades. Ou du moins, diminués. Leurs défenses immunitaires sont moins bonnes et une pneumonie virale les tue.

- Vous en parlez comme si cela ne vous concernait pas ! Tout le monde est dans le même panier, si j'ai bien compris ! ironisa le président, comme pour se rassurer de n'être pas tout seul dans cette galère.

- L'élite de la communauté scientifique, en toute connaissance de cause, a pris la décision de se protéger prioritairement. Mais là n'est pas la question...Durant les prochains mois, donc, des tas de gens vont...

-Comment !, l'interrompit l'homme politique. Vous vous êtes protégés prioritairement !!! Mais c'est une aberration !!! Ce sont les chefs d'État qu'il faut protéger !!! Ceux qui dirigent le monde !"

Il était à deux doigts de raccrocher, angoissé comme jamais.

"- Ceux qui pourront trouver une solution au problème doivent être protégés ! Sans eux, point de salut pour les autres, repris, goguenard, la voix mystérieuse. Et pour trouver au plus vite une solution, les chefs d'État devront faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les aider. Les services hospitaliers, tous les services de santé vont devoir être au maximum de leur capacité pendant le pic de la pandémie. Il va falloir renflouer ce secteur trop négligé par une politique libérale. C'est à ce prix que la belle mécanique du système capitaliste pourra continuer à tourner, Monsieur !"

Sans voix, tournant en rond dans sa chambre élyséenne, l'élu s'essuya le front.

Tous les hommes d'État qui comptaient, étaient eux aussi, au même moment, sommés d'en revenir à de plus sages et à de moins libérales dispositions.

La paralysie du système pour grippe A, évidemment, l'idée l'avait effleuré. Mais en bon français, finalement, il avait évacué ça d'un geste de la main et d'un rire moqueur. En France, on croit toujours un peu que le malheur, c'est pour les autres.

On a toujours tendance à croire que les médias en font trop, qu'on alimente la psychose avec des fantasmes et qu'on ne va pas mourir demain.

Et le libéralisme, tout le monde le sait : there is no alternative...

A ce moment-là, alors que le correspondant du président s'apprêtait à raccrocher, en promettant de rappeler, la première dame de France entra dans la pièce en éternuant.

Vers 13 heures, comme tous les jours depuis le début de l'été, escorté d'une petite dizaine de gardes du corps, l'homme que les Français avaient choisi pour diriger leur pays sortit pour faire son jogging.

Le malaise qu'il fit ce jour-là, en secret, par les chirurgiens éminents du Val-de-Grâce, fut diagnostiqué comme un symptôme avant coureur de la grippe A...

FIN.
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9 septembre 2009

Epidémie 10

Tous les hommes d'État qui comptaient, étaient eux aussi, au même moment, sommés d'en revenir à de plus sages et à de moins libérales dispositions.

La paralysie du système pour grippe A, évidemment, l'idée l'avait effleuré. Mais en bon français, finalement, il avait évacué ça d'un geste de la main et d'un rire moqueur. En France, on croit toujours un peu que le malheur, c'est pour les autres.

On a toujours tendance à croire que les médias en font trop, qu'on alimente la psychose avec des fantasmes et qu'on ne va pas mourir demain.

Et le libéralisme, tout le monde le sait : there is no alternative...

A ce moment-là, alors que le correspondant du président s'apprêtait à raccrocher, en promettant de rappeler, la première dame de France entra dans la pièce en éternuant.

Vers 13 heures, comme tous les jours depuis le début de l'été, escorté d'une petite dizaine de gardes du corps, l'homme que les Français avaient choisi pour diriger leur pays sortit pour faire son jogging.

Le malaise qu'il fit ce jour-là, en secret, par les chirurgiens éminents du Val-de-Grâce, fut diagnostiqué comme un symptôme avant coureur de la grippe A...

(Fin)

CC
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8 septembre 2009

Epidémie 9

"Je ne comprends pas forcément le rapport avec cette grippe qui n'en est pas une...", murmura le président.

Il avait parlé presque pour lui-même, mais l'interlocuteur se mit en devoir d'expliquer :

"- Les êtres sont moins résistants. Même s'ils paraissent en bonne santé, selon tous les critères que nous connaissons, ils sont néanmoins malades. Ou du moins, diminués. Leurs défenses immunitaires sont moins bonnes et une pneumonie virale les tue.

- Vous en parlez comme si cela ne vous concernait pas ! Tout le monde est dans le même panier, si j'ai bien compris ! ironisa le président, comme pour se rassurer de n'être pas tout seul dans cette galère.

- L'élite de la communauté scientifique, en toute connaissance de cause, a pris la décision de se protéger prioritairement. Mais là n'est pas la question...Durant les prochains mois, donc, des tas de gens vont...

-Comment !, l'interrompit l'homme politique. Vous vous êtes protégés prioritairement !!! Mais c'est une aberration !!! Ce sont les chefs d'État qu'il faut protéger !!! Ceux qui dirigent le monde !"

Il était à deux doigts de raccrocher, angoissé comme jamais.

"- Ceux qui pourront trouver une solution au problème doivent être protégés ! Sans eux, point de salut pour les autres, repris, goguenard, la voix mystérieuse. Et pour trouver au plus vite une solution, les chefs d'État devront faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les aider. Les services hospitaliers, tous les services de santé vont devoir être au maximum de leur capacité pendant le pic de la pandémie. Il va falloir renflouer ce secteur trop négligé par une politique libérale. C'est à ce prix que la belle mécanique du système capitaliste pourra continuer à tourner, Monsieur !"

Sans voix, tournant en rond dans sa chambre élyséenne, l'élu s'essuya le front.

(Suite bientôt)

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7 septembre 2009

Epidémie 8

"La pollution ? Qu'est-ce que la pollution peut bien avoir à faire là-dedans ?"

Encore un sujet qui l'agaçait au plus haut point. Un sujet porteur, à la mode, certes : il fallait communiquer sur le thème, ça plaisait à l'électorat. Mais dans le fond, le président ne croyait pas au réchauffement climatique. Pas vraiment. Et puis, il s'en fichait. La planète survivrait, l'homme se débrouillerait et après lui, le déluge !

"Comme on le sait maintenant, argumenta le scientifique, il n'existe plus d'espace exempt de pollution sur Terre. Même les neiges éternelles, au sommet des plus hautes montagnes, quand on les analyse, présentent des taux de carbone anormalement élevés. La pollution humaine est dans chaque particule du monde.

Pour les êtres humains, il en est de même : plus un seul être humain ne peut être considéré "en bonne santé". Au cours des millénaires précédents, les évolutions du milieu dans lequel l'homme vit étaient suffisamment lentes pour que l'homme effectue les mutations génétiques pour s'adapter. Mais la pollution des 50 dernières années a modifié l'environnement si rapidement, que les êtres vivants n'ont pas pu muter.

Vous saisissez ? Les êtres humains ne sont pas vraiment malades, mais ils ne sont plus adaptés au milieu qu'ils ont pourtant contribué à créer..."

L'esprit du président s'était échappé. Il se tenait debout, devant la fenêtre de sa chambre, il avait ouvert les rideaux. Une belle journée s'annonçait. Au cœur de Paris, évidemment, la pollution devait être maximum. Il venait d'apprendre qu'il était un inadapté, comme tout le monde...

(Suite bientôt)

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5 septembre 2009

Epidémie 7

Du sang froid, alors qu'une épidémie de plus en plus visible ravageait la planète ? Difficile.

La voix reprit, toujours calmement, toujours froide.

"L'épidémie, dans l'hémisphère sud, là où l'hiver a déjà commencé, est beaucoup plus rapide que tout ce que nous connaissons. Même le SIDA n'était pas aussi rapide. Nous savons que le virus se transmet par les voix respiratoires, nous savons qu'il est volatile, que la salive est un vecteur de choix. Cependant, le virus pourrait bien être plus virulent que d'habitude. Il reste vivant entre deux et quatre heures sur les surfaces froides. Mais surtout il ne tue pas seulement des gens malades. Vous demandiez des chiffres, voici le plus significatif : parmi les décès constatés, entre 40 et 50 % sont ceux de porteurs "en bonne santé".

Dans un premier temps, l'OMS prévoyait les chiffres des victimes en milliers. Il faut sans doute revoir tout ça à la hausse : ce seront sûrement des millions d'êtres humains qui vont y passer. "

Le jour se glissait doucement entre les lourdes tentures de la chambre présidentielle.

En 2007, dans le monde, 2 millions de personnes sont mortes du SIDA. Une épidémie aussi, mais qui ne fait pas les gros titres des journaux. Le mandat présidentiel pourrait peut-être encore résister à cette nouvelle pandémie...

Qu'y pouvait-il, lui, d'ailleurs ?

"- On n'a aucune idée d'où cela vient ?, relança-t-il.

- Si. On en a une idée. Il ne serait pas impossible que la pollution y soit pour quelque chose."

(Suite bientôt)

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4 septembre 2009

Epidémie 6

"Combien de cas ont été cachés au public ? C'est incroyable : pourquoi n'avez vous pas prévenu les autorités plus tôt ? Depuis combien de temps tout ce truc dure-t-il ??? s'énerva soudain l'élu, nous devons faire quelque chose ! Si ça venait à se savoir, on serait dans de beaux draps ! Pire que l'affaire du sang contaminé ! L'attitude de la communauté scientifique est irresponsable, nom de Dieu !

- Ne vous énervez pas. Nous ne pouvons rien faire. Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire !, martela la voix au bout du fil, trop tranquille pour ne pas agacer encore plus son interlocuteur.

- Rien ?! Mais vous ne savez pas d'où viens ce problème ? Vous ne savez pas combien de victime cela fera ? Vous n'avez pas identifié le virus ? Vous ne trouvez pas de vaccin ???? et comment se protéger ?

- Calmez-vous. Soyez digne de votre fonction, faites preuve de sang-froid."

(Suite bientôt)

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3 septembre 2009

Epidémie 5

La voix au bout du fil restait très solennelle. Après avoir repris son souffle, elle reprit son explication. Tout était clair et on sentait que l'homme, sans doute un scientifique, faisait tout pour simplifier.

"Beaucoup de cas n'ont pas été signalés au grand public. La communauté scientifique n'a pas tenue à affoler la population. Seulement, ces derniers temps, quelques informations ont filtré : vous avez sans doute déjà entendu parler des cas qui sont morts alors qu'ils ne présentaient aucune prédisposition pour cela : pas de problème respiratoire, pas de grossesse...Des personnes en bonne santé.

C'est là que ça se corse.

En fait, l'épidémie est déjà beaucoup plus avancée que ce qu'on pense. Les symptômes ne sont pas forcément ceux de la grippe au début."

"Pas forcément les mêmes signes ? Vous savez que je suis un peu hypocondriaque ? Un peu comme Michel Drucker...", plaisanta le président. Il s'était réveillé, sous le coup de la surprise, mais il tenta de détendre l'atmosphère. Cependant, la plaisanterie ne fit pas beaucoup rire le mystérieux correspondant téléphonique...

"Revenons-en justement aux symptômes cliniques : ils peuvent être variés. Ganglions gonflés et douloureux, boutons douloureux à l'arrière de la langue, malaise, trouble de la vue, fortes migraines...En fait, plus nous examinons les cas déclarés, plus nous analysons les dossiers des personnes décédées, plus nous notons une variété presque infinie de signes. C'est ce qui est effrayant. Après s'être manifesté d'une manière anodine, le virus agit très vite et de manière très virulente."

Le président se surprit à transpirer. Non, vraiment, ce n'était pas le moment de plaisanter...

(Suite bientôt)

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Epidémie 4

"Tout ce que vous savez sur cette grippe n'est rien au regard de la réalité et de la complexité médicale du virus. Tout ce que je vais vous révéler est strictement confidentiel. Il faut que vous sachiez que tous les chefs d'Etat importants de la planète sont informés en même temps que vous, au moment même où je vous parle."

Le président se trouvait propulsé dans une sorte de film d'espionnage mondial. Il se sentit soudain investit d'une mission qui le grandissait...

"Je suis à votre écoute."

"Un congrès ultra secret de médecins du monde entier et de grands patrons de l'industrie pharmaceutique s'est réuni il y a trois jours à Seattle. Nous avons mis en commun tout ce que nous savions et tout ce que nous avions observé sur cette grippe qui n'en est pas tout à fait une, reprit la voix au bout du fil.

- Comment ça ? Ce n'est pas la grippe ?, s'étonna le premier homme de France.

- Non. Les cas dont la presse a parlé ne sont qu'un tout petit bout de l'iceberg. Même pas toute la partie immergée. La situation est bien plus grave."

(Suite bientôt)

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2 septembre 2009

Epidémie 3

"Peu importe qui nous sommes. Nous devons juste vous informer plus précisément sur la grippe A/H1N1.", reprit la voix.

Le président n'y comprenait plus rien. Il pensa un instant que son rêve érotique s'était juste transformé en cauchemar. Ou en canular.

Il avait pourtant eu de bon briefing sur la grippe. Il avait écouté pendant des heures ses conseillers, les types du ministère de la santé et même le ministre lui-même, qui était pourtant un abruti notoire.

Ils lui avaient tous dit à peu près la même chose. En substance, le virus était pour l'instant celui d'une grippe ordinaire, simplement un peu plus contagieux, mais pas vraiment de quoi s'inquiéter. Certes la bête pouvait muter, au contact du virus de la grippe saisonnière, et devenir un peu plus virulent. Malgré tout, il ne devrait pas faire beaucoup plus de morts que chaque hiver, soit entre 2000 et 5000...

Tout de suite, évidemment, il avait pensé plan de com'.

On allait facilement occuper les médias pendant quelques mois avec ça. Un os à ronger pendant que le capitalisme sauvage repartirait de plus belle dans le reste du monde.

(Suite bientôt)

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