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9 mai 2017

Petite colère post-électorale (en attendant les prochaines...)

En 2017, la France a été gagnée par la morosité et une dépression collective qui a commencé il y a longtemps déjà. Cette neurasthénie se développe surtout en période électorale. C'est le moment où l'on libère les aigreurs et désigne les coupables pour les maux qui nous rongent.

Depuis les années deux-mille, en fait, les Français en ont marre.

Marre de quoi ? J'ai demandé, mais ils ne savent pas forcément : marre ! Ils leur arrivent souvent d’ajouter : « Nous, ça va. Mais enfin, c’est quand même pas la joie et rien ne va. » Qu’est-ce qui ne va pas, au juste ? La France n’est plus la France. Et si ça va mal, c’est la faute à l’immigration, à l’Euro, à l’Europe, aux politiciens, aux profs, aux flics, aux PV pour excès de vitesse...

Les Français sont des râleurs, c’est peut-être bien le seul trait constituant de la fameuse identité nationale qui est devenue un Graal depuis son invention par Sarkozy.

Alors voilà, il y a que l’ouverture au monde qu'a constitué internet et les voyage pas chers d’Easy Jet ont permis une prise de conscience : les autres, nos anciens ennemis, les Anglais, les Allemands, les Espagnols ou les Italiens, nous ressemblent furieusement. Ceux qu’on moquait avant, auxquels on faisait la guerre parfois, ont à peu près la même façon de vivre que nous, les mêmes passions pour l’alcool et les saucisses, pour les apéros et le bœuf en sauce. On appelle ça bœuf bourguignon chez nous, mais on mange presque la même chose au Portugal, en Hongrie ou en Hollande, sous un nom imprononçable, et cela nous empêche soudain de nous enorgueillir de ce plat qu’on croyait être une spécialité. Elle est bien décevante, cette idée simple que chaque pays fournit son monde. Il ne manquerait plus que ce soit aussi le cas pour les peuples de barbares qui vivent ailleurs dans le monde...

Alors, les affres de la mondialisation nous apparaissent soudain insurmontables.

A part ces constats vagues, l’emploi va fluctuant, de mal en moins mal et vice versa. Les patrons s’obstinent à ne pas le payer assez, mais c’est quand même largement mieux en France qu’en Roumanie, parce qu’il y a eu des combats syndicaux, il y a eu le Front Populaire. Pourtant, dans les deux pays, les prix sont les mêmes. Par ailleurs, si ça va mal, c'est aussi à cause des syndicats, auxquels plus personne n'adhère.

Ici, il y a toujours une protection sociale qui permet aux gens de s’en sortir s’ils le veulent vraiment, il y a un tissu solidaire et associatif inégalé en Europe, on a la première agriculture du continent, qui nous permet de manger à notre faim et une industrie pas tout à fait morte encore, qui produit des choses innovantes et reconnues dans le monde entier. La culture est elle aussi un motif de fierté, mais les Français ne connaissent même pas les groupes de musique qui font danser le reste de la planète et qui ont vu le jour dans un appartement parisien. Ils feignent d’ignorer aussi que plus de 80 millions de touristes viennent visiter notre pays, admirer nos musées, parcourir les ruelles tellement typiques de nos petites villes d’Alsace.

On s’obstine, malgré ces évidences, à parler du déclin du pays et de la honte d’être français. La France d’antan, la « France éternelle » est morte, dit-on. Quelle France ? On ne sait pas. Peut-être celle de Vercingétorix, de Louis XIV, de Pétain ou de Pompidou.

On voit pourtant mal comment aller mieux, et il n'est même pas besoin de se comparer pour le constater. Il y a des routes, des hôpitaux et des écoles, des voitures, des téléphones portables et des ordinateurs. Jamais on a autant gaspillé de nourriture dans les cantines, les cafétérias et les ménages français. Jamais on a fait autant de régimes pour maigrir.

Il y a de l’argent, aussi, même si les gens ont toujours l’impression d’en manquer. Il y en a plus qu’en 1960, mais les gens ne prennent pas le temps de réfléchir à ce qu’ils en font : leurs charges fixes pour des choses inutiles et nocives ont explosé. L’abonnement au téléphone portable, pour toute la famille, internet, les chaînes de télé – et la télé plate qu’il faut changer plus souvent, ainsi que tous ces gadgets imbéciles qu’on se croit obligés d’acheter et de racheter -, le temps qu’on passe à dépenser pour des loisirs stupides et qui n’existaient pas avant, les deux voitures par foyer – au moins – qu’il faut emplir et remplir et remplir encore d’essence parce qu’on les prend pour faire trois pas, au mépris de notre santé, et qui nous coûtent en assurance, en réparation, en entretien, en pneus d’hiver, en pneus d’été…Tout ce qu’on ne faisait pas avant et qu’on fait maintenant sans réfléchir, tout cela nous coûte de l’argent, mais on a décidé que le problème n’était pas nous-même. Le problème, c'est la société de consommation, comme si ce n’était pas nous qui consommions. Pire : on accuse les impôts. On fait tout pour en payer moins, tout en voulant toujours plus de services publics, sans faire le lien entre les deux : perte collective d'intelligence. En attendant, on ne veut surtout pas savoir combien le dernier infarctus de Pépé a coûté à la société. Pépé va bien et il a été pris en charge par le meilleur système de santé au monde. Gratos ! Non ? Vraiment ? Non.

Et bêtement, quand un penseur vient nous parler de décroissance, on lui rit au nez en disant : « On ne va tout de même pas se chauffer à la chandelle et s’éclairer au feu de bois, c’est dépassé tout ça, il faut vivre avec son temps. » Si quelqu’un, même s’il n'a pas l’air de venir du plateau du Larzac, dit qu’utiliser les transports en commun ou les vélos serait plus intéressant, on lui rétorque que c'est pour les pauvres, pour les bobos, pour les riches…bref, on lui rétorque. On ne réfléchit que de manière égoïste et insensée. On ne veut pas voir qu’on s'est éloignés de la nature et de la raison. On se plaint des allergies sans se dire que c'est la faute du gasoil, on se plaint des tomates trop chères sans se demander pourquoi on veut en acheter en décembre et pourquoi, venant d’Espagne, il faut qu’elles passent par Rungis pour se retrouver dans un supermarché de la Creuse – hum, voilà des tomates qui ont fait plus de kilomètres que moi dans leur courte vie…-, on se plaint du gouvernement sans se souvenir qu’on est en démocratie et qu’on peut en choisir un autre, un meilleur, voire qu'on pourrait se présenter aux élections. Et puis lorsqu’une politique plus enviable pointe son nez, on la nomme utopie. Syndrome de dépressif : on ne veut pas croire que ça pourrait aller mieux. Alors on est tenté par le pire. Par la violence. On veut en découdre.

Dans le fond, c’est dans la nature humaine, la violence. Et si notre société a réussi à éradiquer quelque chose, c'est bien la violence : on n'a pas eu de guerre depuis 50 ans. Quand des jeunes mettent le feu à une poubelle dans une banlieue, la justice est implacable et le jugement de la société, impitoyable. Un jeune de 14 ans qui se retrouve avec un casier se ferme des portes pour le travail. La vraie violence est là. Autrefois, les jeunes, quand la France était rurale, avaient d’autres moyens pour exprimer leur colère, leur incompréhension du monde. Ils faisaient les 400 coups en mobylette, ils devenaient punk ou gothique, pour trois mois ou un an, ils se faisaient faire un tatouage, ils buvaient comme des trous, ils inventaient des blagues potaches et ils faisaient leur service militaire. Ils étaient surveillés de loin et avec bienveillance par toute la communauté qui savait qu’il faut que jeunesse se passe.

Depuis ces terribles années 2000, ils restent adossés aux arrêts de bus et on les surveille, on les arrête et on pénalise la délinquance juvénile. Ils décident alors d’aller à la mosquée parce que c'est la seule alternative qu’on leur offre. Les filles se voilent parfois juste comme d’autres, ailleurs, se font faire un piercing au nombril. La société n'a jamais été aussi surveillée, contrôlée. Et pourtant, les grands-parents nous parlent bien de vols et d’assassinats, eux aussi. La violence et la malhonnêteté ont toujours existé, mais elles nous paraissent pire aujourd’hui. Ce n'est pas le cas, pourtant. Jamais aucune société n'a été aussi policée, balisée d'interdits, engoncée dans le politiquement correct.

En manque d’action, en manque de violence, il faut donc se trouver des ennemis. On désigne donc « les immigrés ». Désignation fourre-tout, pas précise du tout qui regroupe moins les nouveaux arrivants qui ne se mêlent que peu à la population, souvent de passage, ne souhaitant pas rester en France, mais gagner l’Angleterre, que les descendants de ceux qui sont venus travailler dans les usines durant les Trente Glorieuses. Les jeunes de deuxième et troisième générations qui n'ont jamais été intégrés, qui n'ont jamais été considérés comme Français, bien qu’étant nés ici et ayant été à l’école de la République, ne connaissant que notre langue et notre télé, que notre mode de vie. Jamais, on est parvenu à en faire des Français comme les autres. Il faut dire qu’on a favorisé l’entre soi en les parquant dans des quartiers à la marge des villes, qu’on les a envoyés dans ces écoles de banlieues qui n’arrivent pas seules à ouvrir leurs esprits à un ailleurs, qui ne parviennent pas à leur faire sentir combien le monde est vaste. Et quand on les envoie en stage, en 3e, ils ne sont acceptés que dans les kebabs de leur oncle, de leur père, de leur frère, toujours dans le quartier. Ils vont ensuite dans le lycée le plus proche et ne s’éloignent jamais de chez eux. On aurait voulu créer le communautarisme, on n’aurait pas fait autrement. Cela revient à créer le même crétinisme que dans les vallées alpines, la même consanguinité que dans les tout petits villages isolés. Sauf que la démographie est forte dans ces territoires : on sait qu’elle est toujours plus forte quand la pauvreté est grande. C’est ainsi. Ces nombreux enfants oubliés de la République ne sont pas compris, pas envisagés comme partie intégrante de notre pays. On les désigne comme les coupables de tous les maux. On ne veut pas reconnaître que le monstre a été créé de toutes pièces et qu’il faudrait peu de choses pour que ces loups posent leur masque et redeviennent les enfants qu’ils sont.

C’est sur ces idées noires - et confuses - que la peste brune prospère et prospérera encore sans doute aux législatives...
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19 mars 2016

Jérôme Fourquet et les fantasmes du vote "arabo-musulman"

Les chiffres me font vite tourner la tête, en général. J'avais peur du statisticien, mais il faut croire que je suis aussi un peu scientifique. A moins que la clarté du conférencier y soit pour beaucoup.

Jeudi soir, Jérôme Fourquet a réussi à décrypter très clairement les dessous des derniers scrutins, au regard d'une thématique qui porte beaucoup de fantasmes : le vote "arabo-musulman". Les guillemets sont nécessaires, puisqu'il est interdit de faire des statistiques ethniques en France et qu'en matière de religion, il faut toujours être prudent. 

La technique utilisée par Jérôme Fourquet, responsable de l'IFOP, pour analyser les résultats des élections est simple : le comptage systématique sur les listes électorales des prénoms d'origine arabe ou musulmane. En retirant les Sarah et quelques autres prénoms, on arrive à un résultat fiable.

Alors ?
- Un petit jeu, pour commencer : classez dans l'ordre croissant ces villes selon le nombre de prénoms arabo-musulmans que l'on trouve sur les listes électorales : Aulnay, Roubaix, Mulhouse, Toulouse, Marseille, Perpignan.
- Pourquoi est-ce qu'on vote plus FN dans les quartiers où il n'y a presque pas de prénoms arabo-musulmans sur les listes électorales ?
- Pourquoi est-ce qu'il y a plus de vote FN quand il y a jusqu'à 16 ou 18 % de prénoms arabo-musulmans, puis que cela diminue ensuite ?
- Et pourquoi les quartiers où il y a le plus d'arabo-musulmans ont voté en très grande majorité pour la gauche aux présidentielles mais beaucoup moins pour les municipales ?
- Dans quelle catégorie sociologique range-t-on les retraités ?
- Que signifie l'expression "le dernier arrivé ferme la porte derrière lui" ? 

J'ai appris des tas de choses, jeudi soir !

- Dans les quartiers limitrophes aux grands ensembles, ont vote plus FN, en rejet de l'immigration voisine, même si l'on y est pas directement confronté. C'est sans doute un peu le même phénomène dans les campagnes...

- 16/18% est le seuil de tolérance pour ceux qui votent FN : ensuite, ils changent de quartier. Ceux qui restent alors ne voient pas d'inconvénient à la présence d'arabo-musulmans autour d'eux.

- Le vote de la présidentielle était surtout guidé par un rejet très fort de Sarkozy qui a bénéficié à Hollande, sans pour autant être un vote d'adhésion au PS. Pour les municipales, sur le terrain, le candidat de droite pouvait être plus satisfaisant que Sarkozy et il y a eu entre temps des déceptions : certes, le mariage pour tous, mais bien plus fortement, les promesses économiques et sociales non tenues.

- Les retraités sont en général classés dans les catégories supérieures, avec les professions libérales, les cadres...

- Quant aux derniers arrivés qui ferment la porte, ce sont ces descendants de l'immigration italienne ou portugaise ou maghrébine de première génération qui votent aujourd'hui pour une politique plus restrictive face à la nouvelle immigration.

Voilà des choses qui vont faire écho à ce que je constate quand je tiens le bureau de vote, les jours d'élection : c'est un quartier populaire qui vote très fortement FN, où vit une population retraitée qui veut fermer la porte derrière elle.

La statistique est une chose. L'action politique en est une autre : mais il est important de comprendre ces mécanismes pour pouvoir agir sur le terrain, pour proposer une politique qui répond aux attentes.

Les livres de Jérôme Fourquet, pour ceux qui aiment les chiffres (mais il y a des gens, derrière ces chiffres), sont éclairants : Karim vote à gauche et son voisin vote FN et L'an prochain à Jérusalem ?

Et la réponse au petit jeu : Toulouse (8,4%), Perpignan (10,7%), Marseille (12,3%), Mulhouse 20,6%), Aulnay (26,2 %), Roubaix (33,3%). Les idées reçues ne sont pas toujours conformes à la réalité, non ?
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25 mai 2014

L'Europe sans la France

Non, on ne va pas faire le parallèle entre les propos de fin de campagne d'un Le Pen liquide, à propos du virus Ebola, et le score du FN aux élections européennes.

Non, on ne va pas faire le parallèle entre la tuerie du musée juif de Bruxelles et le score d'un parti qui nous refait sans cesse le coup de la préférence nationale, contre tout ce qui n'appartient pas à notre culture fantasmée, plus blanche que blanche, plus mâle que mâle, plus bigote que bigote et plus hétéro qu'hétéro...

Non, on ne pas s'indigner bêtement. Les Français ont voulu mettre en tête le FN. Ils ont voté pour le parti qui dit non à l'Europe. Bien. Ils ont voté pour les eurodéputés qui ont été les plus absents des bancs de l'Europe durant le précédent mandat.

Ils pensent que l'Europe peut se faire sans la France. Bien. Faisons comme ça. Et voyons les autres pays se tailler la part du lion sans nous.

Mais qu'on ne vienne pas pleurer ensuite.

CC
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13 octobre 2013

Les campagnes abandonnées au profit des villes ?

Brignoles est une ville qui n'est guère plus peuplée que celle où je vis. 

Cependant, il y a quelques différences notoires : on nous dit sur wikipédia que c'est une ville "en pleine expansion, due notamment à l'attrait du soleil pour de nombreux retraités, à la qualité de vie, à des prix de l'immobilier moins élevés que sur la côte varoise." Les ressources économiques sont liés à la viticulture, aux transports et à la sous-préfecture. Le taux de chômage s'élève à près de 20%.

Pendant ce temps-là, ma ville est touchée de plein fouet par une crise sans précédent. Les usines ferment ou, dans le meilleur des cas, débauchent à pleines portes. La démographie est bien moins vieillissante qu'à Brignoles, mais le chômage est d'un peu plus de 15 %.

La vraie différence, entre ces deux bourgs, c'est que le premier est en pleine campagne alors que le second est au coeur d'un bassin très urbain et industriel.

Le vote de ce soir, à mon avis repose sur cette différence : les campagnes ont le sentiment d'être abandonnées au profit des villes. C'est un sentiment qui repose sur une réalité médiatique : on parle plus souvent des villes que des campagnes à la télé. C'est pas juste - même s'il s'y passe plus de chose et que plus de monde y habitent. La campagne est belle et les retraités y sont intéressants, eux aussi. Mais c'est aux journalistes de régler ce problème. (même si, en regardant le journal de Pernaut, on peut facilement avoir sa dose de clichés ruraux de qualité...)

Pour la politique, il me semble juste, à moi qui n'y connaît rien, qu'on favorise les actifs, les jeunes, les espaces pourvoyeurs d'emplois. Bref, les villes. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de pauvreté aussi dans les campagnes. Mais de là à dire que les campagnes sont abandonnées, c'est faux : par exemple, François Hollande a tenu sa promesse en permettant le portage du montant de pension garantie à 75% du SMIC ainsi que l’extension de la Retraite complémentaire obligatoire (RCO) aux conjoints et aides familiaux pour les retraités actuels. Cela représente quelque chose pour les retraités agricoles, même si on peut évidemment en vouloir encore plus. 

Cependant, la douceur de vivre d'un village comme Brignoles n'a sans doute rien à voir avec la rudesse de certains quartiers de ma ville et il est heureux que, par exemple, le collège y soit en éducation prioritaire. En plus, pour ne prendre que cet exemple, il faut bien se rendre compte que l'éducation prioritaire ne représente qu' 1,8% du budget de l'éducation nationale alors qu'elle s'occupe de 20% des élèves. 

En plus du fait que le vote FN ne gagne que grâce au recul de l'implication des gens dans la politique, à cause de l'impression fausse, là aussi, que la politique ne sert à rien, le parti de Marine Le Pen gagne du terrain grâce à un ressenti d'abandon qui n'est pas une réalité. 

CC
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22 septembre 2012

L'hôpital, la charité, Marine Le Pen

C'est le Bison Teint qui a publié cette capture d'écran sur Facebook (source : http://www.youtube.com/watch?v=Ow3ALA1Sjb8)




Le signal est fort, tout de même : pas de kippa, pas de voile (sauf ceux des bonnes sœurs, naturellement), mais une énorme croix autour du cou, pas de problème. La France est catholique et les autres religions doivent la mettre en veilleuse. La laïcité à deux vitesses, quoi...

CC


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8 juin 2012

Front contre Front

A la Saint Médard, mon dieu qu'il a plu...
A l'UMP, les éléments de langages sont prêts, pour dimanche, paraît-il. Ce sera Front contre Front. Fin de campagne laborieuse.

Front National contre Front de Gauche.

Copé et ses clones vont être sur tous les plateaux de télé pour dire que "Franchement, c'est parce qu'ici ou là, quelques UMPistes vont pactiser avec le FN pour gagner qu'il faut oublier que PARTOUT, oui, PARTOUT, le PS va pactiser avec le FG, ces affreux communistes staliniens."

Et alors, que répondre ?

Que Mélenchon, c'est juste un sénateur PS qui a voulu faire cavalier seul ? Que partout où les communistes dirigent des villes, ils sont réélus et plutôt bien, parce qu'ils font du bon boulot ? Que contrairement à cela, les Le Pen n'ont jamais mis les mains dans le cambouis, qu'ils n'ont jamais eu de responsabilités et que lorsque certaines villes ont eu le malheur d'avoir des mairies frontistes, ce fut toujours un désastre niveau gestion ?

Dire que le FN tient un discours simpliste qui consiste à rejeter l'origine de tous les maux du monde sur les musulmans alors que le FdG est pour une juste répartition des richesses...

Je ne sais pas ce qu'on peut dire, sauf que l'UMP s'enferre dans un discours d'extrême droite qui ne satisfait pas grand monde sur le fond. Il y a peu de gens pour penser vraiment que le premier problème, en France, c'est le halal et les klaxons pendant les mariages.

En revanche, dire qu'un problème sérieux, c'est la pauvreté grandissante de certains, ça ne semble pas délirant.

Enfin, en tout cas, dans ma circonscription, on est décomplexé, sur la droite...



CC

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23 avril 2012

Faut-il stigmatiser le vote FN ?

Il n'est guère probable que près de 20% des Français soient vraiment racistes, antisémites, homophobes, catho intégristes, nationalistes bas du front comme Marine Le Pen. 

Ce vote n'est pas un vote d'adhésion à ce discours. Simplement parce qu'à ce niveau-là, ce serait invivable au quotidien : il y aurait des agressions, des meurtres...Si cette haine était le seul moteur du vote FN, il serait plus fort dans les grandes villes, où l'immigration est visible, que dans les campagnes, où on ne voit des noirs et des arabes qu'à la télé.

Prenons l'exemple du village de mes parents : en Savoie, 268 inscrits, 244 votants. 68 pour Le Pen. Dans ce village, pas un seul immigré ou fils d'immigré. Seulement des vieux italiens installés depuis longtemps, souvent plus racistes encore que les "de souches".

Dans ce département, quand on va "en ville", on va à Belley, à Aix-Les-Bains voire à Chambéry. Des villes où la violence règne, où les rues sont des coupe-gorges, comme chacun le sait. Si par hasard, on se paye un petit voyage à Paris, de temps en temps, on se fait servir son petit-déjeuner, à l'hôtel, par une gentille dame noire mais on prend le métro en serrant son sac à main contre soi, et on constate que la misère est plus présente là. On est mieux chez soi, tout de même.

Alors une des raisons de ce vote semble être celui de la peur. Une dose de TF1 quotidienne peut nuire gravement aux capacités de raisonnement.

Moi qui travaille au quotidien auprès d'enfants issus de l'immigration, je vois les choses autrement : la misère est au cœur de tous les problèmes. Il y a moins de 10 ans, le climat était différent. Depuis, il y a environ une usine qui ferme toutes les semaines, dans le secteur. Le travail se fait rare et les repères disparaissent : oui, il y a plus de femmes voilées aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Il me semble impossible de ne pas faire le lien : plus de misère, plus de repli sur soi, plus de rejet de l'autre. (Et c'est là qu'il faut travailler sur les causes plutôt que sur les conséquences, mais c'est un autre débat.)

Ajoutez à cela une parole d'Etat déculpabilisée, une stigmatisation ouverte des "Auvergnats", une chasse ouverte aux Roms ou des propos malsains sur les assistés à qui on ne donne pas de travail et qu'on voudrait en plus priver du minimum vital, alors on arrive comprend mieux ce 20%.

Cependant, on aurait pu penser que Sarkozy, grâce au discours sus-cité, aurait capté plus de voix. 

C'est là qu'il faut modérer les choses : non, le cœur des motivations de ces électeurs n'est pas forcément la peur et le racisme. Mais simplement, le rejet total de Sarkozy.

Le personnage agace, depuis le début de son mandat, la droite traditionnelle. La France est à droite, ne l'oublions pas. Mais une droite respectable, celle du général de Gaulle, une droite morale, chrétienne, sociale. Le contraire absolu de ce que représente le Sarkozy divorcé, bling-bling, dépensier des deniers de l'Etat quand le général, lui, payait avec son chéquier à lui, les ampoules de l'Elysée.

Ce qu'il faut voir, donc, dans ce vote FN, c'est le rejet de Sarkozy : plutôt Marine Le Pen que ce drôle de bonhomme qui n'a ni foi, ni loi. Attention, donc, à l'amalgame...

Pas sûr que l'opinion de ces électeurs change beaucoup entre les deux tours. Certains iront à la pêche : le socle dur, de la droite dure. D'autre préféreront la sympathie et la droiture de François Hollande.

Le message, c'est le changement.

On les comprend.

CC
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26 mars 2012

D'apparence

D'apparence musulmane, le poireau n'a pas fait son pèlerinage.
Je crois bien que je suis "d'apparence". Je suis brune, les cheveux crépus et parfois, des parents d'élèves me demandent de quel bled je suis originaire ? Maroc ? Turquie ?

Je suis d'apparence musulmane mais catholique, comme le soldat de Montauban dont M. Sarkozy a causé dans le poste, ce matin.

Enfin, catholique par tradition. Tout comme je suis tenniswoman parce qu'on m'a offert une raquette quand j'étais petite. J'ai dû jouer 10 fois dans ma vie. Mais je ne suis pas tellement tenniswoman d'apparence.

Enfin bref. La campagne est belle est bien repartie comme en 40.

Comme en 40 ? Hop ! Point Godwin. Je ne me félicite pas.

CC
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26 février 2012

Guéant, l'hôpital, la charité...

Claude Guéant, après avoir passé une soirée télé à dialoguer tranquillement avec Marine Le Pen, a déclaré que le FN est un parti national socialiste. Autrement dit, nazi.

Donc, après une séquence droite extrême, durant la semaine qui vient de s'achever, nous allons avoir une semaine plus offensive envers l'extrême droite. Logique : d'abord, on affirme que l'on est proche de ces idées puis on essaye de montrer les différences pour les que les électeurs rentrent au bercail.

"On est pareils, mais on est différents."

Le problème, c'est peut-être que l'électeur va finir par s'y perdre.

Dans la même interview, Guéant affirme, lui qui a mis en place la circulaire du 31 mai qui renvoie les étudiants étrangers chez eux fissa, que pour arriver à réduire l'immigration légale comme le voudrait Marine Le Pen, il faudrait être encore plus inhumain que lui. C'est une gageure !

En tout cas, cette polémique à deux balles nous fera bien tenir une bonne semaine, soyons en sûr...Le FN aurait déjà demandé la démission du ministre de l'intérieur.

Va y avoir du sport. 

CC
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21 février 2012

Regarder le candidat dans le blanc de poulet halal

Alors là, tu vois, les carottes, elles sont égorgées en regardant vers la Mecque...
Étonnant, ce président de la République qui se sent obligé d'aller à Rungis un matin très tôt pour désamorcer une polémique débile lancée par la candidate de l'extrême droite...

Étonnant de placer le débat et la campagne à ce niveau-là.

Le halal, tout ceux qui ont une idée de comment fonctionne l'industrie agro-alimentaire se doutent qu'il n'y en a pas beaucoup de vrai. D'ailleurs, les Musulmans s'en inquiètent et ne sont pas sûrs que tous les produits estampillés "halal" soient bien conformes au dogme.

Alors tenter de faire croire qu'il y a du hallal partout, c'est vraiment idiot.

Mais démentir quelque chose d'aussi idiot, ça l'est encore plus...

Aussi étonnant que de parler de proportionnelle alors que c'est le cheval de bataille du FN depuis 1988...

CC
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10 février 2012

Palsambleu ! A droite toute !

Sarkozy, celui qui n'est pas encore candidat mais qui prévoit déjà des référendums pour après sa réélection, a donc commencé à dévoiler son programme, dans une interview à paraître demain dans le Figaro Magazine. Tout a déjà été bien éventé.

Il semblerait que Sarkozy joue la carte du mec de droite. Il a fait l'ouverture vers la gauche en 2007, cette fois-ci, c'est autre chose. Déclarations sur les valeurs judéo-chrétiennes, opposition au mariage pour les homosexuels, référendums sur les thèmes plaisants des étrangers à renvoyer à la frontière et sur les chômeurs, ces fainéants.

Bref, du Front National d'avant la dédiabolisation. Cela fait fuir même des gens très biens, très corrects, très de droite...

Vous savez quoi ? Sur France Inter, on prépare le peuple, depuis quelques jours. C'est une nouvelle émission qui parle de tous ces sujets tellement rassembleurs : l'avortement, les mariages mixtes, le handicap, la chasse à courre...



Rions un peu...

CC
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6 février 2012

Guéant par l'absurde

Rien ne surpasse, à la vérité, la civilisation de la morbiflette.
Ce que dit Guéant n'est pas clivant contrairement à ce que le tout twitter raconte en s'indignant. C'est même tout à fait rassembleur : "Toutes les civilisations ne se valent pas."

On juge toujours sa civilisation supérieure à celle des autres, c'est dans l'ordre des choses. On juge de toute façon les autres civilisations par rapport à la sienne.

On pourrait même trouver des tas d'exemples.

Je suis savoyarde et je trouve que la civilisation du diot est absolument supérieure à toutes les autres civilisations de saucisses du monde.

Si j'en parle avec des élèves, ils me diront bien évidemment que leur civilisation de la merguez surpasse ma civilisation du diot. Et il va sans dire qu'un pygmée va préférer ses grands arbres et la douceur du climat de sa jungle au - 17°C qu'on se coltine en ce moment dans le Doubs.

Reste à savoir ce que c'est exactement ce que c'est qu'une civilisation et ce que Guéant a voulu dire par là. 

Il y a fort à parier qu'il a voulu dire que les Parisiens du 6ème arrondissement sont supérieurs aux habitants de la Courneuve et que par conséquent, on ne parle pas vraiment de "civilisation" comme on la définit dans le Larousse :
  • Action de civiliser un pays, un peuple, de perfectionner les conditions matérielles et culturelles dans lesquelles vit un peuple : La civilisation de la Gaule par les Romains.
  • État de développement économique, social, politique, culturel auquel sont parvenues certaines sociétés et qui est considéré comme un idéal à atteindre par les autres.
  • Ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d'un pays ou d'une société : La civilisation des Incas.
Mais le choix des mots est fort important dans ce début de campagne. Il n'y aurait eu de polémique s'il avait dit par exemple : "Il y a des gens plus riches que d'autres." ou encore "Certains choix politiques me semblent préférables." ou enfin "Je préfère les églises car on est pas obligé de poser des chaussures avant d'entrer."

Mais Guéant ne fait pas preuve de considérations sociales, il ne fait pas non plus de politique et pratique encore moins l'humour...

CC
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30 novembre 2011

Files d'attente, de nuit, à la préfecture...

C'est un article de Libération qui fait froid dans le dos.

Les files d'attentes devant les préfectures s'allongent. Les immigrés légaux qui doivent passer prendre des papiers à la préfecture sont obligés de subir des files d'attentes interminables, dans le froid et dans la nuit. On n'ouvre pas assez de guichets, on fait traîner les dossiers, on demande de plus de en plus de formulaires et de récépissés, jusqu'à l'absurde.

Si je ne connaissais pas quelqu'un qui a subi cela, je ne l'aurais peut-être pas cru.

Drôle d'ambiance...

CC
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29 novembre 2011

Guéant si triste

Il faut que je fasse mon mea culpa : depuis quelques temps, je tape sans retenue sur ce pauvre pauvre Guéant.

C'est affreux, parce que maintenant, il se sent tout pas bien. Pas dans son assiette, barbouillé. C'est trop injuste, de dire autant de mal de ce brave homme.

C'est un être humain, lui. Il n'est pas un pourcentage, lui. C'est vrai, c'est pas comme les 10% d'étrangers de l'immigration légale qu'il veut renvoyer à la frontière. Ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des pourcentages. D'ailleurs, on ne sait pas où il va les prendre, ces pourcentages : dans l'immigration familiale (autour de 85 000 entrées) ? Dans le droit d'asile (8 500 entrées en 2010) ? Cela semble improbable, même si tout est possible, avec Guéant. Restent donc l'immigration économique (30 000), ainsi que celle des étudiants étrangers (65 000 en 2010)...

La France n'a pas besoin de rayonnement à l'étranger. Elle n'a pas besoin d'avoir des étudiants étrangers. Là, c'est étrange : soudain, on n'est plus dans la mondialisation galopante. On se fiche complétement que les futurs dirigeants du monde entier viennent faire leurs études ici.

Mais revenons à Guéant. Il est mal. Ses lunettes sont toutes embuées. Il souffre. Il faut le réconforter.

Mais pas moi.

CC


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4 octobre 2011

Une absurdité de plus dans le pays de Guéant

Vouloir à tout prix faire le jeu du FN et renvoyer à la frontière le plus de monde possible mène à des absurdité sans nom.

Par exemple, il y a des étudiants qui viennent en France pour faire de grandes études : HEC, Polytechnique, Science Po., ou une grande école de commerce...

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Ces étudiants, souvent, bénéficient de bourses et d'aides au logement.

Souvent, ils sont prometteurs et lors des stages qu'ils effectuent dans de grandes entreprises, ils sont recrutés pour travailler. En France. Et souvent, comme c'est motivant et bien rémunéré, comme ils ont fait toutes leurs études en France, qu'ils ont noué des contacts ici, des amitiés ou des amours, ils décident de rester. Ils se disent aussi qu'ils vont avoir un bon salaire et qu'ils vont pouvoir payer des impôts en France et que ce sera leur façon de dire merci à l’État français pour les belles études qu'ils ont fait ici.

Mais c'est sans compter sans Guéant et ses stats de fin d'année : il doit présenter des chiffres de renvois à la frontière, pour Marine Le Pen.

Alors il a pondu une circulaire pour renvoyer ces brillants éléments à la frontière.

C'est con ? Oui, c'est Guéant.
Un collectif s'est créé, notamment sur facebook pour s'opposer à cette absurdité. Soutenons-le...

CC
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31 juillet 2011

Oslo : y'a un os dans l'eau

Quand on flotte doucement dans une eau chlorée à 27°C, on écoute toujours les infos un peu différemment. Tout dépend si l'on a la tête dans l'eau ou en dehors.


C'est pour cela, sans doute, que lorsque j'ai entendu les justifications farfelues du type qui a pris une mitraillette pour tuer des dizaines de personnes, j'ai cru qu'un blogueur réactionnaire, genre François Desouche ou Didier Goux était au micro.

J'ai entendu "guerre que l'Occident doit mener", "envahisseurs", "défendre nos valeurs", "on subit un Grand Remplacement", "il est indispensable de se défendre"...

J'ai entendu "la mixité, c'est le mal", "c'est la faute aux marxistes, aux communistes, aux gauchistes, à tout ce qui est à la gauche de Villiers". J'ai entendu "sus aux idées mordernoeuds".

Alors, j'ai vraiment cru que Didier Goux avait craqué, au cœur de l'été. Je me suis dit, "trop de monokinis, trop de ricard, trop de bronzage, et hop, il a pris la mitraillette..."

Pourtant, il est marrant et sympa, Didier. D'ailleurs, il lui arrive de commenter ici. Pour se moquer toujours, bien sûr : je suis une modernoeud, gauchiste, une femme, en plus...Et pour couronner le tout, je suis une représentante vivante de la décadence actuelle de l'éducation nationale. Oui, si le monde va si mal, c'est en grande partie à cause de moi.

Il n'a pas tort. Je prends tout : la pauvreté, c'est moi, la famine, c'est moi, le cancer, c'est moi...Et avec le sourire.

Didier est étonnant, il est très créatif, un peu artiste en bâtiment, sans doute, bien que je n'ai jamais lu de SAS, mais de là à zigouiller tout le monde...Ce ne serait pas casher. Ni même halal. Pas très catholique non plus. Et absolument pas orthodoxe.  Pas bouddhiste. (On peut se moquer des bouddhistes, je crois. C'est pour cela qu'ils mettent des robes de cette couleur. Et ça, c'est cool...)

Et puis, en sortant la tête de l'eau, je me suis rendu compte que le tueur était grand, blond, mince et beau. Et qu'il ne parlait pas avec délicatesse la langue de Renaud Camus.

Ce n'était pas Didier.

Cependant, j'ai bien cru entendre toutes ces idées bizarres que Didier distille avec beaucoup d'humour, de culture, de finesse sur son blog . Et je ne puis m'empêcher de frissonner un peu, même s'il fait beau et que l'eau de la piscine est bonne.

CC
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4 mai 2011

FN : ce qui fonctionne, c'est le duo

On dit que Marine est entrain de lisser l'image du FN. On dit qu'elle fait le ménage, qu'elle veut faire du parti d'extrême droite un parti démocratique, qu'elle met en avant la liberté et le social.

On n'a pas tort. Il parait que dans son discours du 1er mai, elle a prononcé 77 fois le mot "liberté".

On sait bien, si on regarde d'un peu plus près le programme et les idées du FN que tout ça n'est qu'un vernis. Le FN est toujours le parti d'une certaine catégorie de la population, il est toujours un parti sans proposition économique, avec pour seule idée fixe le rejet d'une frange de la population qui ne convient pas à l'idée d'une France blanche, repliée sur elle-même, catholique et riche. Une France qui n'existe pas et qui n'a jamais existé.

Le problème, dans cette version "moderne" du FN, la version Marine, c'est qu'une partie de l'électorat n'est pas près à s'ouvrir à cette modernité. Citer Jaurès, zapper Jeanne d'Arc sur les affiche, ne pas stigmatiser les homos et même l'idée qu'une femme fasse de la politique au lieu de s'occuper de ses gosses dans sa cuisine, tout ça, c'est un peu "too much"...

Alors les Le Pen ont mis une technique au point. La technique du duo. Quand la fille vire un type qui aime se prendre en photo en faisant le salut nazi, le père hurle en disant que ce n'est pas bien grave.

Cela me fait penser à l'émission "Le Fou du Roi", sur France Inter. Les chroniqueurs débitent des horreurs au kilomètre : du trash, du sexe, des méchancetés en tout genre, pas toujours avec le meilleur goût qui soit, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais dans ces moments-là, on entend l'indignation de Stéphane Bern : "Ooooh ! Noooon ! Non, vous ne pouvez pas dire ça..."

Et cela suffit pour cautionner les horreurs.

Avec Marine et Jean-Marie, on a un peu le même duo.

Cela rassure les fachos de souche et les réacs antiques tout en draguant les gens tentés de voter pour le FN pour des tas d'autres raisons, comme le dégoût des partis politiques classiques, l'augmentation des prix à cause de l'Euro, le voisin de palier qui ne dit pas bonjour ou la peur hypothétique de perdre son emploi à cause d'un immigrant fraîchement débarqué de Lampedusa. Ceux-là n'auraient jamais voté pour un type qui faisait des blagues sur les camps de concentration, mais sont tous prêts à se laisser tenter par un parti de liberté...

CC
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25 avril 2011

Eldorado

"L'herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l'or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbèreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L'Eldorado, commandant. Ils l'avaient au fond des yeux. Ils l'ont voulu jusqu'à ce que leur embarcation se retourne. En cela ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l'œil sec nous autres et nos vies sont lentes." 

Ce roman de Laurent Gaudé date de 2007. A cette époque fort lointaine, Marie Le Pen n'était pas encore allée faire le tapin à Lampedusa. On n'avait pas encore entendu parlé de cette île dans les médias.

On a cru la découvrir suite aux révolutions récentes dans les pays du Magreb. On a cru que la Tunisie envoyait pour la première fois ses frêles embarcations couvertes de pauvres gens affamés sur les côtes d'Europe...

Ce livre raconte -entre autre- l'histoire de cette petite île, premier rocher de la "Citadelle" Europe, au large de la Sicile.

Ce livre raconte ce qu'est l'émigration : pourquoi les gens partent ? qu'espèrent-ils ? quels enjeux internationaux se cachent derrière ces bateaux vétustes abandonnés à la mer ? qui sont les passeurs et qui sont ceux qui sont près à donner tout ce qu'ils ont et à risquer leur vie pour passer ?

Le Capitaine d'une frégate qui admoneste les clandestins est le personnage principal de ce roman. Il sauve des vies pour les briser aussitôt. Pour renvoyer à la case départ ces désespérés qui ne peuvent pas faire autrement : partir, toujours, tenter encore et encore de rejoindre cet Eldorado. Et même si on leur dit, les yeux dans les yeux qu'en Europe, rien n'est à la hauteur de leur rêve, qu'ils seront toujours mis plus bas que terre, qu'ils avaient beau avoir étudié, là-bas, dans leur pays, ils ne seront jamais rien ici, ils ne veulent pas le croire. Rien ne pourra être pire que ce qu'ils quittent...

Le roman nous brosse des destins individuels. Des hommes et des femmes à la détermination sans faille, au courage à toute épreuve qui sont brisés par des enjeux qui les dépassent...

Aujourd'hui, quand Khadafi menace l'Europe de ses bateaux chargés d'immigrants, je comprends mieux de quoi il s'agit. Les êtres humains sont instrumentalisés et sont transformés en armes par les pays pauvres. Ce sont des armes écologiques : elles ne demandent que de l'espoir, et quand on a faim, il est facile de croire...

Les pays du nord l'ont bien mérité dans le fond : en se reposant sur toutes les richesses en laissant crever le reste du monde, elle ne peut qu'attiser les envies...Ils n'ont pas à refuser cette immigration, aujourd'hui : elle existe à cause d'eux...

Les rapports Nord-Sud, le partage des richesses, l'arrêt du pillage des ressources naturelles dans les pays du tiers-monde....Ce livre parle aussi de tout ça.

Il parle surtout des hommes...

Ce que j'oublierai, c'est ma vie entière
La rue sous la pluie, le quartier désert
La maison qui dort, mon père et ma mère
Et les gens autour, noyés de misère
En partant d'ici, pour quel paradis ou pour quel enfer...
J'oublierai mon nom, j'oublierai ma ville
J'oublierai même que je pars pour l'exil

Il faut du courage pour tout oublier
Sauf sa vieille valise et sa veste usée
Au fond de la poche un peu d'argent pour
Un ticket de train, aller sans retour
Aller sans retour

J'oublierai cette heure où je crois mourir
Tous autour de moi se forcent à sourire
L'ami qui plaisante, celui qui soupire
J'oublierai que je ne sais pas mentir
Au bout du couloir
J'oublierai de croire
Que je vais revenir
J'oublierai même si ce n'est pas facile
D'oublier la porte qui donne sur l'exil

Il faut du courage pour tout oublier
Sauf sa vieille valise et sa veste usée
Au fond de sa poche un peu d'argent pour
Un ticket de train, aller sans retour
Aller sans retour

Ce que j'oublierais, si j'étais l'un d'eux
Mais cette chanson n'est qu'un triste jeu
Et quand je les vois passer dans nos rues
Etranges étrangers, humanité nue
Quoi qu'ils aient fuit
La faim, le fusil
Quoi qu'ils aient vendu
Je ne pense qu'à ce bout de couloir
Une valise posée en guise de mémoire... 


Juliette, Aller sans retour, Bijoux et Babioles, 2008.

CC
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22 mars 2011

On nous refait le coup du FN

Martial Bourquin interviewé dans Marianne le 19/03
C'est reparti pour le scénario de la mort : le FN est de retour et on flippe sa race.

C'est fou, on en oublierait presque la crise, la 3ème guerre mondiale en Libye et le nuage nucléaire qui va tomber sur nos tronches déjà bien amochées par Tchernobyl.

Le FN, ça fait peur à moi, à nous, aux journalistes ou aux petits intellos qui se montent le bourrichon devant internet. En 2002, ça avait fait peur aussi aux mêmes. Ils avaient réussi à nous monter suffisamment la tête pour qu'on aille voter comme un seul homme pour le grand couillon de Chirac.

Cette fois-ci, le coup de la psychose à coup de bruit de bottes, de peste brune ou je ne sais pas quoi légèrement nauséabond, ça ne marchera pas.

Les gens n'ont plus peur du FN. A part les journalistes.

Le FN, si on réfléchit un peu, les seules fois où il a fait ses preuves, c'était dans des villes du sud et ça a été un désastre, niveau gestion et ça a battu des records niveau corruption et népotisme. Plutôt pire que les autres partis...En tout cas, pas mieux...

En plus, ces maigres expériences laissent un doute suffisant pour que l'électorat puisse espérer trouver du sang neuf dans les rangs de l'extrême droite.

Ensuite, tout le monde le rabâche, la fille est moins borgne que le père, elle est plus consensuelle, elle axe sa com' sur le social, ce terrain que la gauche devrait occuper, plutôt que d'enfiler des perles. Elle ne parle plus de camps de concentration : le public jeune n'a pas envie de se retrouver dans un cours d'histoire et elle a bien compris que personne ne peut se permettre de rire avec ça.

Enfin, Sarkozy, en décomplexant la droite, en ouvrant la boîte de Pandore sur les thèmes porteurs de l'Islam, de l'immigration ou les Rroms, a complétement décomplexé tout le monde sur le sujet. Il est de moins en moins rare d'entendre sa boulangère déclamer de l'insulte raciste au mètre, comme si les arabes payaient moins cher la baguette de tradition française. D'ailleurs, la boulangère, elle vote, elle. Pas question qu'elle s'abstienne.

Personne pour dire simplement que depuis toujours, pauvreté rime avec criminalité parce qu'il faut bien manger. Et qu'à choisir entre un commerce bien rémunéré au pied de son immeuble où il n'y a plus d'ilotier pour cause de budget du ministère de l'intérieur en légère baisse et un job de déménageur en intérim à 80 bornes de chez soi, le choix est vite fait.

Bref, s'il y a bien quelques justesses dans le constat du FN, les solutions proposées sont plutôt fantaisistes : mettre des étrangers nés en France dans des bateaux pour les mener vers des pays où ils n'ont jamais mis les pieds que pour les vacances d'été, ça ne pourra pas régler le problème du chômage. D'autant que ces jeunes qu'on pourrait mettre dans des bateaux sont probablement au chômage eux-mêmes...L'argument "ces arabes qui piquent le boulot des français" ne tient pas tellement...

Il est temps que la gauche s'empare concrètement du problème de l'emploi. C'est le nerfs de la guerre. Il y a des gens qui bossent sur le sujet, au PS. Espérons qu'ils soient entendus. (Voir l'image en plus grand, en cliquant dessus.)

CC
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5 mars 2011

Être à la peine, avec Marine

Si ce sondage - qui ne signifie rien, comme tous les sondages - nous prouve quelque chose, c'est bien que les médias et les instituts de sondages n'ont plus peur du FN.

C'est elle-même qui a fait le sondage...


Souvenez-vous, il y a pas si longtemps, on nous disait que dans les sondages, le FN était systématiquement sous évalué pour ne pas qu'on lui donne de crédit, pour ne pas que les gens se sentent décomplexés face à ce parti politique.

Souvenez-vous, avant, il n'y a pas très longtemps, les scores du FN devaient être revus à la hausse et ne l'étaient jamais assez, comme on l'a constaté en 2002.

Souvenez-vous, il y a pas 10 ans, on se posait beaucoup de questions avant d'inviter le FN sur un plateau de télé...

Aujourd'hui, donc, on voit Marine tout le temps, partout. Elle a un sourire si beau, si blond, qu'elle ne saurait faire peur.

Aujourd'hui, donc, on publie un samedi comme un autre, un sondage qui met le FN en tête d'affiche...

Le calcul est peut-être purement commercial ! Comment vendre du papier un samedi, s'est-on peut-être dit...En publiant un sondage un peu trash.

Même si ce n'est que ça, cette décomplexitude à plein tube, c'est assez angoissant...

CC
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