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8 janvier 2014

Inverser la courbe du décrochage scolaire

Parfois, mes élèves, je les accrocherais bien au portemanteau. Mais il arrive qu'ils décrochent. Pas leur téléphone en classe, sinon, je leur prends pour le revendre sur le bon coin.

Le décrochage scolaire - un peu de sérieux, tout de même - c'est un vrai problème de notre système scolaire. En fait, moi, personnellement, je pense que c'est parce que l'école n'est pas du tout adaptée à tous les enfants. C'est normal : tout le monde n'est pas fait pour manier l'allitération et l'oxymoron, non !

Vincent Peillon s'est attaqué à ce problème du décrochage. Il pense comme moi : "L’une des causes du décrochage, c’est un système éducatif qui est parfois violent à l’égard d’un certain nombre d’enfants."

Cette année, donc, les chiffres sont favorables : 20 000 élèves ont été "raccrochés", contre 9000 en 2012. C'est bien, on ne peut que s'en réjouir. Il faut que les élèves sortent avec une formation même minimum, surtout professionnelle. Il faut donc que le collège unique ne soit plus une fatalité. Mais c'est un autre débat, sans doute, pas d'actualité.

Mais si on veut dépasser l'objectif des 25 000 l'année prochaine et diviser leur nombre par deux avant la fin du quinquennat, il va falloir du lourd ! Et si vous voyiez comme mes 3e sont heureux d'aller en stage la semaine prochaine...

CC


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15 décembre 2013

Encore un succès du gouvernement !

En ce moment, je n'ai pas le temps d'écrire ici. J'ai eu des journées chargées, entre conseils de classe, réunions parents professeurs, préparation de changement d'établissement, travail en commun avec des collègues, conseil d'administration et cours, copie et tout le tintouin habituel qui fait de mon métier de fainéant un si beau métier.

Malgré tout cela, je tiens à saluer l'excellente initiative du gouvernement qui va permettre la "création de 4 000 postes au sein des collèges permettra aux équipes éducatives de travailler différemment pour mieux accompagner tous les élèves dans leur scolarité."



Ainsi dans un collège comme le mien, c'est à dire, "dans les établissements les plus difficiles sur le plan social et scolaire qui seront déterminés dans le cadre de la réflexion sur l’éducation prioritaire, du temps sera dégagé pour le suivi des élèves et le travail en équipe dans le collège et dans le réseau d’éducation prioritaire. Ainsi, les heures d’enseignement seront pondérées, chaque heure équivalant à 1,1 heure."

En gros, je devrais avoir l'année prochaine, environ deux heures de cours devant élèves en moins, pour mieux préparer le travail avec mes collègues, ce qui était depuis la création des réseaux Ambition Réussite (aujourd'hui réseaux ECLAIR) une vraie demande.

Encore un succès du gouvernement !

(Vous en aviez pas entendu parler ? C'est que vous ne lisez pas les bons journaux !)

CC
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10 septembre 2013

Les doigts dans la charte de laïcité

La laïcité, j'en parle toujours à mes élèves en début d'année. C'est dans le règlement intérieur du collège. Je leur demande s'ils savent ce que ça veut dire. Souvent, ils ne savent pas vraiment. Ils comprennent que c'est quelque chose qui permet de vivre en bonne entente, que cela tient du respect.

Ensuite, évidemment, on parle de religion. J'ai 90% d'élèves de "tendance musulmane", depuis les familles qui font le ramadan par tradition pour faire plaisir à leurs parents et faire la fête en famille, jusqu'aux familles très très pieuses.

Quand j'explique que la laïcité permet que chacun vive sa foi en toute liberté sans gêner la foi des autres, tous les enfants comprennent. Quand je dis que pour cela, il vaut mieux que chacun vive cela dans son coeur, car comme tout le monde n'est pas d'accord, pour éviter les tensions et les accrocs, tous les enfants comprennent.

Mais c'est surprenant, c'est quand je dis qu'on peut aussi ne pas croire en dieu que j'ai les regards les plus éberlués. 

Bref. En 10 ans d'enseignement en milieu hostile, je n'ai eu qu'une seule fois un problème de laïcité...Peut-être parce que lorsqu'on explique les choses simplement, tout se passe bien.

Je vous raconte quand même, pour l’anecdote...C'était il y a quatre ans, déjà. J'avais distribué un texte d'Hésiode, issu de la Théogonie, à mes sixièmes. A la maison, il devait le lire et compléter un arbre généalogique des dieux grecs. Quand j'ai ramassé les devoirs, un élève était presque en larmes car il n'avait pas pu faire son travail : sa mère avait écrit en gros sur la page du cahier "Il n'y a qu'un seul Dieu, mon fils ne peut pas faire ses devoirs."

J'ai convoqué les parents. Ils n'ont même pas compris que la mythologie grecque n'avait pas grand chose à voir avec la religion. Et puis elle m'a dit : "Non, mais franchement, déjà que le prof de SVT parle de dinosaures et de l'homme qui descend du singe..."

Contre la bêtise, on ne peut rien. Mais la plupart du temps, les élèves ont une intelligence normale...

CC 

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4 septembre 2013

Histoire...

C'est en jour de rentrée, ou presque, qu'on apprend que les programmes d'histoire de la classe de troisième sont considérablement allégés pour l'année qui vient. 

Évidemment, puisqu'on considère que les professeurs ne travaillent pas pendant leurs vacances et qu'ils improvisent gaiement leurs cours quand ils sont devant les élèves, cela n'a pas d'importance.

Évidemment, l'intérêt de l'élève, dont on nous rebat les oreilles à longueur de débat sur les rythmes scolaires et dès qu'on parle d'éducation, passe un peu à la trappe : tant pis si les élèves de troisième n'ont pas fait le bon programme. Le jour du brevet, ils se débrouilleront.

En tout cas, aujourd'hui, notre président a illustré joliment le programme en question, en se rendant à Oradour-sur-Glane avec le président allemand. Ce lieu de massacres et d'horreur est aujourd'hui un symbole de paix et de réunification. En même temps, à l'assemblée, on s'interrogeait sur le bienfondé d'aller faire une guerre ailleurs. Tout cela se bouscule et s'entrechoque. Notre monde est fou.

CC
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3 septembre 2013

Pensée positive d'un soir de rentrée

En ce soir de rentrée, après avoir passé une journée à distribuer tout un tas de papiers administratifs à des sixièmes assommés, je suis heureuse d'avoir mal aux pieds au point d'avoir la flemme de me relever pour aller chercher la télécommande. Cela me permet de regarder le journal de France2, ce que je n'avais pas fait depuis les années 90, environ.

Évidemment, on a eu droit au reportage sur les CP en pleurs, parce qu'un 3 septembre sans ces petites figures barbouillées de larmes ne serait pas un 3 septembre.

Mais, surprise, nous avons aussi eu droit à un joli reportage avec quelques personnalités qui racontaient leurs belles rencontres avec des enseignants. C'est étonnant, parce qu'en général, on a plutôt des discours assez peu flatteurs, sur les enseignants. On se souvient souvent des mauvais.

Là, ces personnalités expliquaient que ces maîtresses - souvent des femmes, en effet - leur avaient donné envie d'apprendre, de découvrir, de donner le meilleur d'eux-même. C'est toujours ce qu'on essaye de faire, quand on est enseignant. En tout cas, moi, c'est ce que j'essaie de faire. C'est pas simple, je ne dis pas que j'y parviens. Pas toujours, en tout cas.

Mais parfois, quelques années plus tard - cela fait maintenant 10 ans que je professe - on croise un ancien élève et il vous sourit. Parfois, il dit des choses touchantes, il évoque des souvenirs, avec nostalgie. Et cela, c'est ce qui nous permet de tenir.

CC


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27 février 2013

L'école et mes vacances !

Vous savez quoi, je suis en vacances ! Encore !!!!!
Pour répondre à Juan, très égoïstement moi aussi, j'ai réagi aux propos de Peillon : quand on te supprime 2 semaines de vacances, comment tu réagis, toi ?

Évidemment, je pense à l'organisation des familles, mais comme Nicolas, je tiens à rappeler que l'école n'a pas pour but de nourrir, de loger et d'occuper les enfants pendant que leurs parents travaillent. L'école ne devrait pas être une garderie, c'est un lieu où l'on apprend des choses bien définies dans les programmes. Mais tu notes le conditionnel, dans ma phrase précédente : l'école est une garderie...

Alors, observons le problème :

- D'un côté, on nous dit qu'avec 144 jours travaillés, l'école française est la plus fainéante d'Europe et qu'on ne peut pas apprendre plus en moins de temps. Ce qui s'entend parfaitement.

- Par ailleurs, on nous dit aussi qu'il fut un temps où les vacances d'été durait deux mois et demi. Et que le niveau n'était pas plus mauvais, voire bien meilleur (ce qui se discute)...

On ne sait plus que penser. 

Personnellement, je travaille 4 jours et demi par semaine. Je fais 18 ou 19 ou 20 heures devant les élèves, selon les années. J'en fait autant à la maison, voire plus, ça dépend. Et je passe souvent mes soirées au collège, en CA, conseils de discipline, réunions pédagogiques, concertations...

Ma vraie crainte, face à cette réduction de deux semaines de mes vacances, c'est que ce soit du bénévolat, qu'on me demande. Je rappelle qu'un enseignant est (mal) payé 10 mois, répartis sur 12. Depuis quelques années, ces deux mois, qui ne sont pas des congés payés, sont déjà "rognés" aux deux bouts : nous finissons le 5 juillet, cette année et l'année dernière, nous avons repris le 31 août. On ne dit rien, parce qu'on est gentils. Parce qu'on nous fait bien sentir notre statut de privilégiés, aussi, dans les médias et dans la société. Mais si on doit bosser un demi mois de plus, j'espère bien qu'on aura un demi salaire de plus par an. Ce ne serait pas trop demander. (mais je ne vois pas comment on va trouver tous ces sous...)

Ce que je crains, c'est qu'on nous dise que nos journées seront plus courtes. Celles des élèves, peut-être, mais les nôtres, non. C'est d'ailleurs aussi le problème des rythmes scolaires. Et en plus, il y a des chances pour que les journées des élèves ne soient pas plus courtes. Tout simplement, parce que l'école est une garderie. Même si elle ne devrait pas l'être. On en revient au problème de départ. 

Et vous savez quel est ce problème ? A quelques jours de la journée de la femme, il faut oser le dire : le problème, c'est que les bonnes femmes travaillent ! Tous les problèmes viennent de là !

Alors pour résoudre quelques problèmes d'envergure, dans notre belle société, il serait urgent d'organiser de vraies solutions de garderie, performante et à grande échelle. Cela créerait des emplois, en plus !

CC
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12 février 2013

Le diable, les détails et les rythmes scolaires

Au premier abord, une demi-journée de plus de travail sans être payé plus et une pause méridienne interminable, je ne trouve pas que ce soit une bonne idée.

D'un point de vue pratique, je travaille le mercredi matin et je ne trouve pas que ce soit une contrainte. J'aime beaucoup cette matinée, d'ailleurs, je trouve que les élèves sont détendus car ils savent qu'ils pourront se reposer ou jouer et pour certains, qu'ils iront faire de la musique ou du foot, l'après-midi.

D'un point de vue pratique, je déteste manger à la cantine et avoir trois heures pour se cuisiner des petits plats, pourquoi pas...

Malgré cela, c'est vraiment ce point qui m'inquiète parce que je pense à l'organisation des familles. J'ai un peu l'impression que l'organisation des horaires de l'école se heurte toujours à cette putain de question : "Mais bon sang, pourquoi est-ce que les femmes travaillent au lieu de rester à la maison pour s'occuper des gosses ? Tout serait tellement plus simple..."

Je me fais l'avocate du diable. 

Il y a une deuxième question, aussi, à laquelle on se heurte inévitablement : "Mais comment faire pour satisfaire tout le monde et son père ainsi que les lobbies du tourisme ?"

La réponse du ministre est assez simple et me semble belle : il dit qu'il faut d'abord satisfaire les élèves. Et il paraît que les élèves ont besoin d'une pause méridienne longue. Je ne suis pas chronobiologiste. Mais je ne suis pas sûre qu'après s'être (au choix, rayez les mentions inutiles) ennuyé, abruti devant la télé, excité dans la neige, après avoir mal mangé en 5 minutes, après avoir été livré à lui-même dans la rue ou dans un appartement, l'élève moyen soit vraiment au top quand il revient en classe.

On verra à l'usage, bien sûr. Mais évidemment, si les mamans étaient là pour faire à manger, pour chouchouter les enfants et leur faire faire quelques activités sympa, ça serait sans doute top. Elles n'ont qu'à être professeur des écoles, après tout.

Et ne parlons pas des élèves qui seront pris en charge par le périscolaire. Ils auront couru dans la cour pendant deux heures, mal mangé à la cantine, ils se seront battus, ils auront hurlé dans une salle d'étude surchauffée, surveillés par des étudiants sous-payés et débordés. Enfin, je ne sais pas.

Je me fais l'avocate du diable, j'ai dit. 

CC
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13 septembre 2012

Une nouvelle agression de professeur

Encore une nouvelle agression par un parent d'élève, par un élève, par un pittbull avec une batte de base-ball : toutes les formules sont possibles.

Haro sur les enseignants !

Rien de spécial à en dire sauf que plus la misère grandit, plus la violence est grande dans les établissements scolaires...Et la situation ne s'est pas arrangée, ces derniers temps : fermeture d'usines, débauche des intérims et des CDD, c'est la crise.

Je ne suis pas optimiste. Tout cela va aller en empirant.

CC
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3 septembre 2012

C'était la rentrée

Pour l'instant, il n'y a pas tellement de nouveautés, pour cette rentrée 2012. Les professeurs sont toujours exploités pour pas cher, ils courent toujours d'un établissement à l'autre sans pouvoir faire correctement leur travail : par exemple, demain, un des professeurs principaux de 6ème ne pourra pas être là toute la journée pour accueillir sa classe comme il se doit, parce qu'il devra être dans son autre établissement l'après-midi. Idéal.

On a toujours autant de missions qui semblent sortir complétement du rôle de l'école : l'ASSR, le BSR, le brevet de secourisme, le PDMF, le B2i...Et tout ces sigles barbares qui nous éloignent chaque jour de l'essentiel : savoir lire, écrire et compter correctement.

Malgré tout cela, quelque chose a changé et pas des moindres : la manière dont notre ministre et notre président nous parlent. Du respect et de la bienveillance. Cela n'a l'air de rien, mais croyez-moi, après dix ans de mépris et de dénigrement, ça fait du bien.

Une chose aussi : l'impression qu'on nous a écouté. Ce matin, Vincent Peillon a dit une chose qui m'est allée droit au cœur : "Les enseignants ne réclament pas plus d'argent, si on les écoute bien. Ce qu'ils veulent, c'est plus de temps pour travailler ensemble, pour se concerter." Et c'est vrai. C'est ce que JE demande, depuis que je suis dans l'enseignement : du temps pour travailler en équipe, pour mettre en place des stratégie commune, pour élaborer une action éducative logique, cohérente...

C'est le coeur du problème et c'est la première fois que j'entends un ministre le dire. Il va maintenant falloir faire ce qu'il faut.

D'ailleurs, pour en revenir à mon collègue qui sera partagé entre deux rentrées, demain, je suis sûre qu'il serait d'accord avec moi...

CC
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26 juin 2012

Le foot est-il un sport d'équipe ?

Le foot n'est pas ma tasse de thé. Comme tous les sports en général, d'ailleurs. J'ai tendance à penser qu'il vaut mieux pratiquer que regarder. Ce n'est pas pour autant que je pratique beaucoup, mais c'est une autre histoire.

Le foot, en tout cas, par son statut de sport populaire, a une incidence sur ma vie professionnelle. Je suis professeur principale d'une classe de 5ème, cette année et nous avons abordé la découverte professionnelle. Après un premier sondage à la louche, il s'est avéré que les deux tiers des garçons de la classe veulent devenir footballeur.

Les garçons sont moins matures que les filles, en 5ème : elles ont des rêves beaucoup plus réalistes. Des avocates, docteurs, secrétaires, vendeuses et quelques esthéticiennes, coiffeuses ou poseuses d'ongles. Rien d'extravagant et pas une seule chanteuse à la star académie.

Il semble donc que le foot influence fortement les jeunes garçons. Ce n'est pas un scoop. Ce qui motive, évidemment, c'est l'argent et la gloire. Les filles, les grosses voitures, les coupes de cheveux délirantes...

Le sport en lui-même n'a finalement que très peu d'importance. D'ailleurs, parmi ma brochette de futurs vainqueurs, il y en a qui ne jouent même pas au foot, qui sont gras comme des poulets industriels et qui courent le 100 mètres en une demi-heure, s'ils ont le vent dans le dos. Mais les événements récents nous ont prouvé qu'ils ont raison : le foot n'est pas une question de performance sportive ! On peut perdre et gagner quand même 100 000 Euros. On peut très bien se passer de toutes les conneries qu'on nous apprend à l'école, comme la politesse, l'esprit d'équipe ou le respect.

Parfois, je me demande si nous ne sommes pas tous influencés excessivement par ce bel esprit du sport : nous oublions trop souvent que la vie est un sport d'équipe, la solidarité n'est pas un vain mot. Pourtant, on préfère se faire des doigts d'honneur sur les ronds points et se klaxonner aux feux rouges...

CC
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13 juin 2012

Enseignement : Patrick Picard.

Aujourd'hui, j'ai assisté à une conférence de Patrick Picard. C'est un ancien instituteur qui travaille désormais sur des thèmes de recherche, qui aide les enseignants à progresser en analysant leur pratique, en prenant du recul sur les gestes du métier.

C'est un chercheur - même s'il n'aime pas le terme -  qui n'arrive pas en détenteur dictatorial d'un savoir absolu. Il part du principe que le travail réel est différent du travail théorique, structurellement.

Cette présentation ne peut que plaire aux professeurs qui sont trop souvent considérés comme des imbéciles par les pédagogues : "Laissez-nous vous dire ce qui ne va pas, nous avons les solutions." C'est ce que j'ai vécu, souvent, sur les bancs de l'IUFM.

Son propos est aussi de reconnaître notre posture professionnelle. Il considère le métier d'enseignant comme un véritable métier, justement, avec des savoir-faire, des gestes professionnel. 

C'est important, parce que socialement, le métier et son vocabulaire sont connotés (et politiques, si je puis ajouter...) : les idées reçues sur le métier sont légion et tout le monde se sent le droit de donner son avis. Par exemple, tout le monde pense que "le niveau baisse". Objectivement, c'est faux : les exigences, les savoirs ont augmenté sans commune mesure depuis les années soixante. Et dans cette époque bénie des réacs, il n'y avait guère qu'un élève sur deux qui obtenait le brevet. Aujourd'hui, en Franche-Comté, par exemple, il n'y a plus que 10% d'une classe d'âge qui a des difficultés de compréhension de l'écrit, selon les statistiques des JAPD.

La conférence de ce matin portait plus spécifiquement sur l'enseignement en milieu défavorisé. 

Le constat est fait, depuis une dizaine d'année que ce n'est pas parce que les enfants vont plus longtemps à l'école qu'ils réussissent mieux.

Il y a plusieurs raisons à cela : le contexte familial, extérieur à l'école, bien sûr, mais aussi l'école elle-même. Une des difficultés pour les élèves issus de classes populaires sont confrontés à des implicites, des savoirs scolaires qu'ils ne sont pas capables de comprendre et que l'on ne leur explique jamais.

Il convient donc de se demander comment mettre en place de l'aide et cela implique forcément des tensions, des controverses : comment concilier, par exemple, les objectifs sociaux et les objectifs scolaires ou comment individualiser et "faire classe"...Doit-on transmettre des compétences ou des connaissances ?

Les enseignants, face à ces tensions, se retrouvent souvent isolés.

C'est pour cela que Patrick Picard était là, ce matin : pour mettre en place des groupes de travail, autour de thèmes qui nous intéressent, car "c'est à plusieurs qu'on apprend à faire seul", comme le dit Yves Clot.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi découvrir le site Néopass@ction.

CC
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25 avril 2012

Faisons le point sur l'éducation, dans la campagne.

Je suis en vacances, mais il est temps de faire le point sur l'éducation.

Dans la campagne, finalement, on n'en a pas parlé tant que ça. Il semble parfois que la droite, qui mène le débat ne s'adresse qu'aux vieux. L'éducation ne les concerne pas vraiment...

Le projet de Sarkozy est rapide. Même un 6ème qui lit à peine serait capable de le parcourir. Sept points minuscules, consistant à vouloir faire toujours plus et toujours mieux avec toujours moins de moyens. Des engagements qu'il ne pourra pas tenir...

Du côté de Hollande, par contre, il y a eu du travail. Si vous avez suivi un peu, vous savez que le PS met ce sujet au cœur de son programme. En tête de proue, même. Et évidemment, les contradicteurs disent que ça va ruiner la France. Il propose en effet de créer 60 000 postes dans ce secteur, en 5 ans. Pas seulement des professeurs : des surveillants, des infirmières, des COPSY. Et croyez-moi, on en a besoin aussi, dans les établissements.

C'est donc à cela qu'il faut répondre en premier : non, ce projet n'est pas extrêmement coûteux.

Selon l'Institut Montaigne (think tank libéral), cette mesure coûtera en moyenne 1,7 milliard d'euros par an, soit moins que ce que FH avait lui-même annoncé. Un chiffre à comparer à la baisse de la TVA sur la restauration décidée par Nicolas Sarkozy, qui coûte à elle seule chaque année environ 2,5 milliards d'euros. 

Mais ces créations de postes ne coûteront en réalité rien au budget de l'Etat puisqu'elles seront intégralement compensées par des redéploiement.
Hollande propose aussi de remettre en place une vraie formation pour les enseignants débutants. Sarkozy avait supprimé cela : rendez-vous compte, un métier aussi difficile sans aucune formation ! Ou comment dégoûter les jeunes de se lancer dans la profession...

Ensuite, Hollande veut revoir les rythmes scolaires. C'est un dossier difficile, parce que les lobbies du tourisme font le calendrier depuis des années. Mais qui sait...

Il veut aussi renforcer l'école des petits : l'école dès 3 ans est une bonne chose pour le développement des enfants, contrairement à ce que Darcos voulait nous faire croire.

Les propositions sur l'éducation prioritaire me semble aller dans le bon sens : il faut notamment stabiliser et aider les enseignants, dans ces zones où le métier est encore plus difficile qu'ailleurs. Ces dernières années, l'éducation prioritaire ne l'était plus vraiment : un rapport récent de la cour des comptes l'a encore montré.


Il faut aussi renforcer l'éducation professionnelle, au lycée. Cela me semble évident : il faut plus de places, plus de filières pro pour les élèves. Et il faut aussi que les professeurs soient formés pour envoyer leurs élèves vers ces filières qui sont souvent très épanouissantes et qui conduisent vers de vrais métiers.

Ensuite, ce sont les méthodes pédagogiques qui sont en question dans le programme : c'est une bonne chose. A vrai dire, en 7 ans de carrière, je n'ai pas eu de vraies formation à ce sujet. Mis à part quelques conseils de ma tutrice et les lectures personnelles que j'ai faites, on ne m'a pas formée à ce sujet. C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut absolument que la formation des professeurs devienne une réalité très vite.

A ce propos, je me permets de vous conseiller (si vous êtes enseignant) le site de Patrick Picard, dont je vous reparlerai sûrement plus tard. 

Pour continuer, Hollande est le seul, dans son programme à parler de la souffrance des enseignants : le sentiment d'être mal traité, par les politiques, les médias et la société s'est fortement aggravé ces dernières années. Il faut revaloriser le métier. C'est un pilier de notre société.

Enfin, il propose de retravailler les programmes, ce qui n'est pas une surprise, puisque c'est le cas à chaque élection. L'idée, cependant, est louable, puisque c'est pour mieux coller au socle commun de compétences et de connaissances qui est désormais une loi commune aux pays européen, ayant pour but de lutter contre illettrisme.

Mais il y a aussi un plan pour l'éducation numérique, un plan pour l'éducation artistique, renouer avec la laïcité, prévenir la violence à l'école, mieux aider les décrocheurs, rapprocher l'école et les parents, faire une nouvelle carte scolaire, réformer l'orientation...

Bref, on sent que le PS a réellement réfléchi à la question et ne s'est pas contenté de balancer quelques idées en pâture au journaliste. C'est agréable !

CC

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2 avril 2012

Inspection, introspection...

Les publications ont été rares, ici, ces derniers temps.

J'ai eu une inspection, aujourd'hui, qui m'a fait angoisser pendant toute la semaine dernière. Elle est passée, elle a eu lieu cet après-midi, en dernière heure de la journée, avec la classe de 5ème qui ne fonctionne pas. Celle avec le fond du panier, celle qui n'a pas d'options, pas de motivation, de grosses faiblesses. Des élèves qui savent à peine lire.

Forcément, ça ne s'est pas bien passé. Pas idéalement. D'autant que j'avais préparé une séance un peu ambitieuse. Parce que les programmes le sont et qu'il me semblait qu'il fallait que je suive les programmes. Et parce que je crois qu'il faut donner de la culture et des choses ambitieuses aux élèves. Surtout à ceux là. (Et surtout le jour de l'inspection...)

L'inspecteur m'a détrompée. Il m'a dit qu'il fallait viser très bas, avec ce genre d'élèves (je ne répéterai pas les propos qu'il a utilisés pour les désigner...). Viser les compétences élémentaires : lire, dire, écrire de manière "socialement acceptable". C'est le socle de compétences. Le strict minimum.

Il n'a pas tort, finalement. Même si dans cette classe, il y a des élèves capables de suivre, capables de plus. Tant pis pour eux. Ou du moins, s'ils sont bons, ils s'en tireront quand même. Plus tard, ailleurs...peut-être.

Je ne sais pas s'ils s'en tireront. Je ne sais parfois pas à quoi rime mon métier. Je ne sais pas vraiment ce qu'est le service public...




François Hollande propose de l'espoir, il est toujours bon à prendre, pour la jeunesse...

CC
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17 janvier 2012

Luc Chatel recrute ?

Avenir bouché...
Désormais, c'est Luc Chatel qui l'a dit, il faudra postuler pour être professeur.

Jusque là, on avait un concours et ensuite, il y avait un système de mutation, assez complexe, il est vrai, en deux temps : national et académique.

En fait, cette nouveauté va concerner les professeurs travaillant dans un réseau ECLAIR. C'est mon cas.

Je ne sais pas si pour continuer de travailler là, je vais devoir faire un CV et une lettre de motivation. Je ne sais pas.

Cette réformette est bidon. Elle ne sert à rien.

Déjà l'année dernière, elle a été tentée : les professeurs des réseaux ECLAIR devaient être recrutés ainsi. Il n'y a pas eu de postulant. A la différence de cette année, c'était un recrutement académique. Cette année, ce sera national : mais si un poste n'attire pas les gens qui habitent tout près, on se demande bien pourquoi les gens feraient des kilomètres et déménageront pour venir. Pour tenter de remédier au manque d'attrait de ces postes, Chatel promet désormais une petite prime (salaire net par mois : environ un SMIC et prime jusqu'à 2400 Euros par an, au mérite...On la sent venir, l'arnaque, non ?)

C'est bien parce qu'il n'y a eu aucun candidat que cette année j'effectue quelques heures de "professeur référent". Je n'ai pas eu à postuler, on m'a juste collé ça dans mon emploi du temps. Bon, je trouve ça plutôt productif, j'interviens avec des collègues, j'aide les élèves en tutorat ou en tout petits groupes...J'ai l'impression d'être utile.

Mais je ne comprends pas pourquoi il faudrait un recrutement différent pour faire cela.

Enfin, si, je comprends. C'est un test à grande échelle pour supprimer petit à petit le statut de professeur tel qu'il existe en ce moment et pour payer les professeurs au mérite : c'est tentant, pour faire des économies, non ?

Déjà que les plus jeunes n'ont plus de formation, ils n'auront bientôt plus de concours. Puis ils n'auront plus le statut de fonctionnaire. Et avec des contrats individuels et renouvelables (ou pas), les enseignants gagneront en flexibilité. Et en précarité. Certainement pas en salaire...

En attendant, je ne sais pas ce qui va se passer pour moi, l'année prochaine...

CC
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28 septembre 2011

Diviser pour mieux régner

Une fois n'est pas coutume, mettons un peu de Pernault dans le blog...Et avec un peu de Sarkozy. Avec des glaçons ?


Donc, Sarkozy disait hier "Aujourd'hui, il y a des protestations, c'est normal dans une démocratie" (ouf !)
Il continuait ainsi : "Mais les emplois qui sont en cause, ce n'est pas les emplois de la fonction publique, c'est les emplois de l'industrie, c'est les emplois de l'entreprise, c'est les emplois qui sont exposés à la concurrence. Mon devoir de chef de l’État c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’État, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège.Vous, vous êtes exposés, c'est pour ça que je dois d'abord être avec vous plus qu'avec d'autres qui sont protégés dans leur statut."

Sarkozy divise donc. Il clive. Il désigne des privilégiés pour faire bisquer ceux qui ne le sont pas.

Cependant, si l'on met de côté que depuis 10 ans, depuis que la droite est au pouvoir, on n'a jamais eu autant de précaires (vacataires et contractuels, contrats allant à l'encontre du droit du travail...) dans l'Education Nationale, il faut rappeler que les profs ne descendent pas dans la rue pour eux, mais pour les élèves. Pour les conditions d'apprentissage des enfants.

Voilà, c'est dit. Je répète, au cas où, juste pour vous, président.

Monsieur Sarkozy, 54% des enseignants ne perdent pas une journée de salaire juste pour défendre leur salaire. Vous la voyez la contradiction ? Les enseignants ont une conscience professionnelle et s'ils essaient de se faire entendre, c'est dans l'intérêt de leurs élèves. 

Alors ? Prêt à cliver entre les travailleurs de l'industrie et l'avenir de leurs enfants ? Non ?

CC
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13 septembre 2011

Les profs, ces privilégiés...

Les enseignants français sont payés à coup de lance-pierres. C'est l'OCDE qui le dit. Par rapport aux enseignants des pays Européens, un enseignant du primaire touche environ 3000 dollars de moins par an.

Ce n'est pas nouveau. Mais d'habitude, les enseignants français préfèrent axer leurs revendications sur les manques de moyens pour les élèves : les suppressions de postes, le manque d'heures pour fonctionner, les fermetures de classes, les effectifs trop lourds.

Les professeurs français sont pris d'une sorte de modestie : ils se sentent privilégiés par rapport au reste de la société. Ils côtoient souvent toute la misère du monde à travers leurs élèves, alors, ils n'osent pas se plaindre.

Souvent, au plus profond d'eux-même, ils se disent : "Oui, j'ai un bac plus cinq, oui, j'ai des amis qui étaient à la fac avec moi, qui bossent dans le privé et qui gagnent le double que moi, mais bon, j'ai la sécurité de l'emploi et de nos jours, ne pas être au chômage, c'est déjà beaucoup. Et puis je ne suis pas à plaindre, il y a pire que moi...En plus, il y a d'autres priorités."



En fait, les professeurs n'ont pas tort. Mais ils n'ont pas totalement raison non plus. Des professeurs au rabais, ce n'est pas l'idéal. Cela ajoute des soucis à un métier qui est déjà stressant. Cela décrédibilise toute une profession que l'on a déjà l'habitude de brocarder facilement...

Les enseignants vivant à Paris tirent la langue plus que les autres : ils ne peuvent plus se loger. J'ai une amie institutrice qui gagne moins aujourd'hui qu'il y a 2 ans. Les cotisations retraites ainsi que les complémentaires santé ont augmenté. Et la vie est largement plus chère.

Moi-même, depuis quelques mois, je rame aux alentours du 20...

Pourtant, je ne suis pas sûre que l'on fasse beaucoup pleurer dans les chaumières avec ça...Il y a une grève le 27, mais je pense qu'une fois de plus, les revendications ne seront pas autour de ce thème bassement matériel...

CC


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6 septembre 2011

Primaires, collèges, lycées...

J'ai reçu hier la lettre de Hollande pour l'éducation. C'est la rentrée. On parle de l'école, comme chaque année, une fois par an. Ensuite, on râle quand il y a des grèves, mais on explique surtout pas pourquoi.

J'ai lu, chez Eric, la lettre d'Aubry, sur l'éducation.

J'ai lu, chez l'Hérétique, quelques explications des idées de Montebourg, sur l'éducation.

J'ai écouté Ségolène Royal, à l'Université d’Été du PS, à la Rochelle, sur l'éducation.

Ce sera déjà pas mal, pour un début. On pourrait croire que le PS, grand parti des professeurs, va proposer des choses concrètes pour faire bouger les lignes, pour se démarquer du bilan déplorable de la droite au pouvoir depuis...2002, pour essayer de donner envie à cette catégorie de la population qui a de plus en plus envie de ne pas aller voter.

La lettre sur l'éducation de François Hollande, c'est du blabla creux. Il s'en dégage deux axes : "temps et rythmes scolaires, et revalorisation et redéfinition des missions et des conditions du métier d'enseignant."

Deux choses un peu accessoires, un peu à côté, mais deux choses susceptibles de faire la une de l'Express ou du Nouvel Obs. En plus, Hollande ne propose pas des choses concrètes : il ne dit pas, on va revenir à une semaine de 5 jours à l'école primaire. Il dit juste qu'on va en parler. Et parler des rythmes scolaires, on sait bien que ça aboutit toujours à un consensus mou avec les lobbies du tourisme. Vide et creux. Surtout que Sarko a fait ça pendant 5 ans : faire des consultations, des concertations, des discussions. Et cela ne sert à rien.

L'éducation a besoin de quelqu'un qui prend les choses en main. 

Martine Aubry propose des choses concrètes. Des petites choses, à la marge. Rien de révolutionnaire, mais un bon début : fin des suppressions de postes, retour de la formation professionnelle, fin des 4 jours au primaire, création d'un nouveau métier d'encadrement pour assurer la sécurité dans les établissements. Un sur gé ? Pour le reste, du vague dans du flou, plein de bonnes intentions, mais rien de tangible. Mettre plus de profs dans les milieux sensibles. C'est déjà un peu le cas, avec les RAR et les ECLAIR. Mais souvent, il manque une donnée essentielle pour que ça marche : le temps.



Ségolène Royal, elle aussi propose quelques petites choses : là encore, rien de mirobolant, mais des idées à prendre. Retour de la formation professionnelle, arrêt des suppressions de postes, mise en place d'un système de cours de soutien, donnés par des étudiants, en échange d'une valorisation dans le cursus ou dans le CV, gratuit pour les parents. (La mort d'Acamerdia ? Je vote pour des deux mains !). Elle parle aussi du "sur gé" et de mettre deux adultes dans les classes à problème (mais là, il faut du temps de concertation, pour que ce soit efficace...)

Arnaud Montebourg, qui a un projet bien fourni sur le sujet, met en avant le latin, prône plus de simplicité dans l'organisation du système scolaire et parle aussi des rythmes scolaires et de carte scolaire, ce qui ne mange pas de pain. Un projet de gauche, qui parle beaucoup d'égalité, ce qui est mal perçu par la droite, puisque derrière le mot égalité, elle a tendance à lire nivellement par le bas, ce qui n'est pas l'idée principale, me semble-t-il. Et le livret de compétence, qui pour le coup, est un réel nivellement par le bas, nous est bien imposé par la droite...

Bref...Des idées à prendre un peu partout, mais des mesures de surface.

L'expérience me pousse à vouloir des changements plus profond. 

Je suis professeur dans un collège ZEP, puis RAR, puis ECLAIR, depuis plus de 5 ans. L'établissement fait partie des quelques centaines que l'on considère comme les plus difficiles, puisqu'on lui attribue des moyens supplémentaires. Ces moyens supplémentaires sont utiles. Ils sont la preuve que c'est une des clés du problèmes. Mais les établissements dans le genre du mien sont de plus en plus rares et malgré les résultats scolaires un peu moins mauvais et la violence en nette diminution, nous manquons d'un levier essentiel pour que les choses aillent encore mieux : du temps.

C'est pour cela que même si cela peut paraître fou à la plupart de mes collègues, je pense que l'idée soulevée par Ségolène Royal en 2007, sur le temps de travail et les 35h sur le lieu de travail, n'était pas une mauvaise idée, au moins pour le collège.

Ce qui manque aux profs pour avancer vraiment, pour faire du bon boulot, ce n'est pas forcément grand chose : c'est surtout du temps. 35h dans l'établissement ce serait avant tout du temps pour bosser en équipe. En se mettant au diapason de la société, c'est à dire, en faisant 35h comme tout le monde de manière visible, les enseignants travailleraient, en fait, moins mais plus efficacement : si on sortait du collège en ayant préparé nos cours, en commun, en équipe, si on avait préparé les évaluations, si on avait fait nos corrections sur place, on n'y serait pas encore à 23h, chez nous, tout seul, isolé et dépressif.

Cela, ce serait vraiment une proposition révolutionnaire. Cela rendrait le prof moins bouc émissaire de la société, en plus.

Mais il faut prendre conscience que cela représente un investissement énorme de l'Etat : pour l'instant, l’Éducation Nationale est incapable de fournir les locaux et le matériel pour que l'on travaille sur place...

CC
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1 septembre 2011

Briser le continuum espace-temps avec Luc Chatel

Remoraliser l'école. Démoraliser les profs.

Pour donner le change aux réacs à poils durs, probablement, Luc Chatel a décidé de mettre sur le devant de la scène son gadget de rentrée. J'ai nommé : le retour de la morale à l'école.

Cette une carte postale. C'est un cliché. Que dis-je, c'est un cliché ? C'est une image d'Epinal.

Fermez les yeux, un instant. Transportez-vous au cœur de la troisième République. Là. Vous-y êtes ? C'est une école, avec des bancs patinés par le temps et les derrières de nos chères têtes blondes, qui sent bon la craie et le feu de bois. Oui, à cette époque-là, les écoles étaient chauffées au bois et les élèves allaient, dans la neige, avec leurs sabots et leurs culottes courtes, chercher des bûches pour le maître, qui n'hésitait pas à donner de la baguette quand les bambins n'allaient pas assez vite.

Vous vous représentez bien la chose ? Oui. Je sais. Cela vous évoque soudain les images des deux films remake de la Guerre des Boutons qui vont sortir. Ou les Choristes. C'est la même époque.

Eh bien, voilà l'école que nous vend Luc, pour ce mois de septembre qui risque d'offrir une belle arrière saison, tellement qu'on l'appellera "été indien", tellement qu'on cueillera des champignons et qu'on regardera l'or du soir tomber doucement sur la cime des arbres...

Ne négligeons pas le pouvoir politique du cliché.

Donc, l'instituteur, redevenu maître à blouse grise, voire "fier et zélé hussard noir de la République", va, chaque jour, prendre sa craie et tracer de sa main sûre, dans une belle écriture faite de pleins et de déliés, une morale qu'il discutera devant les élèves ébahis.

Et puis ensuite, la réalité reviendra, le professeur des écoles devra évaluer les compétences concernant le B2i et l'ASSR, le niveau A1, le socle commun de compétences, l'HDA, il devra maîtriser le TBI et le logiciel élève, la théorie du genre, (ou pas), il devra faire toujours plus de suivi individuel avec toujours plus d'élèves et toujours moins de collègues. Il devra, accessoirement, être le directeur de son école, contacter les parents, être joignable par eux et par le rectorat 7/7, 24/24, comme le MacDo, par portable et par mail.

L'espace d'un instant, il aura pris la Delorean du Doc pour se retrouver en 1932. Pas sûr qu'il y ait de la place pour les élèves.

Étonnante communication de rentrée, chaque année renouvelée...

CC
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18 avril 2011

"Les racines du mal"

Luc Chatel a décidé de s'attaquer aux "racines du mal".



Tout un programme.

Il parle du décrochage scolaire.

Tout de suite, notre esprit se met à divaguer : les racines du mal...Il va par exemple remettre les RASED à l'école primaire. Il va reprendre le suivi personnalisé des élèves en difficulté dès la petite enfance ! C'est une excellente idée...

Mais bien vite, on déchante. Les racines du mal, pour Chatel, c'est entre 15 ans 3/4 et 16 ans qu'elles se situent. C'est à ce moment précis que tout se passe, que tout bascule. Pas la peine de chercher avant. C'est dans les deux mois de vacances qui séparent le collège du lycée que les élèves décrochent...

Il veut mettre en place «un système pour détecter et identifier les élèves inscrits au lycée en juin et qui disparaissent en septembre : il y a 306 000 élèves qui ont quitté le système éducatif entre juin 2010 et septembre 2010».

Il va être simple le suivi personnalisé des grands dadais de 16 ans qui ne comprennent rien depuis l'école primaire, qui s'ennuient ferme sur les bancs de l'école depuis toujours...Ceux qu'on a forcé à aller jusqu'au bout du collège unique : 4 ou 5 ans à se faire chier comme des rats morts...Et on voudrait leur faire croire que l'école est leur avenir ?

Va lui redonner le goût de l'école à celui-là qui est noyé depuis toujours dans une classe de 35 élèves sans qu'on s'occupe de lui, faute de temps, faute de moyens...

Il me semble que faire semblant de s'intéresser à lui, de façon personnalisée, au moment où il va enfin pouvoir prendre son envol de la prison, ça va être un peu juste...

Luc Chatel, comme toujours, pris en flagrant délit de n'importe quoi et d'incompétence, fait rire tout le monde en essayant d'organiser la pénurie...

CC
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5 avril 2011

Flagrant délit d'incompétence, M. Chatel...

Hier, un commentateur avisé me signalait ceci :  

"Luc Chatel veut faire recruter des profs remplaçants via... Pôle Emploi.

Le ministre de l'Éducation, Luc Chatel, affirme dans Le Figaro ce matin que les proviseurs pourront recruter des étudiants ou des jeunes retraités, via Pôle Emploi.

Pour le ministre, le système actuel est "trop rigide", il faut "l'assouplir". Les proviseurs seront en charge de se mettre en contact avec Pôle Emploi pour recruter ces contractuels "lorsque nos titulaires remplaçants ne sont pas disponibles"."


Évidemment, pour le grand public, ça peut paraître étonnant, choquant, nouveau. 

Rue 89 en 2008 signalait déjà des recrutements de profs par petites annonces...



Pour les gens du métier, l'info à retenir, cependant, ce n'est pas cela.

La seule chose que l'on retient de cette déclaration idiote, c'est que l'on a un ministre incompétent qui ne sait pas ce qui se passe depuis des années dans son propre ministère. 

En effet, ce n'est pas une nouveauté du tout : on va déjà chercher des gens à Pôle Emploi quand on a épuisé les stocks de TZR ou de contractuels habituels du rectorat.

En ce moment, dans mon collège, une prof de français fait un remplacement après avoir été recrutée à Pôle Emploi. Elle n'a pas exactement le cursus qu'il faut pour occuper le poste, ni les compétences. Mais faute de mieux et suite à la gestion catastrophique des ressources humaines dans l'Éducation Nationale, elle fait l'affaire...

Ce qui est derrière cela, c'est toujours l'idée de faire des économies, le plus possible, sur le dos des élèves, en précarisant et en dévalorisant la profession et tout le service public. Les parents d'élèves confrontés à ces enseignants non formés et débordés par les adolescents vont fatalement se dire que "ça ne se passerait pas comme ça dans le privé". C'est le but ultime...

CC
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