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19 janvier 2012

Et la désindustrialisation ?

Martial Bourquin : "Notre triple A, c'est l'humain."
Hier soir, j'étais aux voeux de ma ville. C'était une belle soirée, avec un petit verre, quelques petits fours et un beau discours de mon sénateur-maire. Son discours porta essentiellement sur la désindustrialisation de la France : il rappela que la France n'a pas à rougir devant l'Allemagne. Le coût du travail y est moins élevé. Il rappela qu'il n'est pas enviable, cependant, qu'on en vienne à un coût du travail égal à celui de la Chine : la preuve en est que l'Allemagne réussit mieux que nous, en période de crise, avec un coût du travail plus élevé que le nôtre. Implacable.

C'est un discours qui porte, ici : nous vivons à côté du plus grand site industriel de France, Sochaux.

Hier soir, en rentrant, nous avons constaté avec bonheur qu'Arte diffusait un joli film de Kervern et Delépine : Louise-Michel. Drôle de coïncidence : c'est une histoire de désindustrialisation. Des ouvrières, dans le Nord de la France, découvrent un matin que leur usine a été vidée, délocalisée subitement. Elles décident de mettre en commun leur prime de licenciement (2000 Euros pour 20 ans de travail), pour engager un tueur à gage qui éliminera le patron. Au fil du film, on découvre que le patron n'est jamais le patron...Le vrai responsable de tout cela se cache dans un paradis fiscal où il achète et il vend sans jamais se soucier d'autre chose que des bénéfices obtenus ainsi.

Ce matin, à la radio, j'ai entendu la colère de ces ouvrières de Lejaby. Drôle de coïncidence. Cette fois-ci, ce n'est pas seulement un discours. Ce n'est pas juste un film. C'est la réalité. Des femmes travaillant depuis 30 ans dans une usine se font virer sans ménagement, sans espoir de retrouver du travail.

Et pendant ce temps, Sarkozy faisait semblant de faire un sommet social à l'Elysée. Il me fait penser à ce patron du film qui ne comprend que les chiffres et ne se soucie pas des êtres humains. 

Pourtant, comme le disait Martial Bourquin hier soir, notre triple A devrait reposer sur l'être humain...Sinon, à quoi bon ?

CC
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28 février 2011

Annie Girardot

Voilà pas mal de temps déjà que je n'ai pas changé de bannière sur mon blog. Il y a quelques jours, j'en parlais d'ailleurs. C'était à l'occasion de la soirée de blogueuses avec L'Autochtone, Olympe et Luciamel, Mariel, Marine, Chouyo, Moushette, Luciole, MlleCarnetO, Mao et encore Mao, Anne, Sandrine, Aude, Fée Myrtille, Gabrielle, Charlotte et OSEM qui me disait justement à quel point elle aimaitAnnie Girardot et que c'était surtout ça qui l'avait attirée ici !



En faisant un peu d'humour noir, j'avais précisé que je n'étais pas aussi vieille qu'elle, ni aussi malade, mais que j'aimais beaucoup cette actrice, moi aussi. Son pouvoir comique mais aussi dramatique, sa voix, son joli minois sous sa coupe "garçonne" quand elle était plus jeune...Un talent qui, à cause son côté gouailleur et populaire, peut-être, n'a pas été reconnu à sa juste valeur...On se souvient tous de cette émotion, aux Césars, quand enfin, on pensa à elle. Un peu comme Lonsdale, l'autre soir, dans un autre genre...

Je me demandais aussi ce que j'allais faire, lorsqu'elle mourrait, avec cette bannière.

Cet après-midi, j'ai décidé : je vais la laisser. Ce sera un hommage modeste, un souvenir.

L'image de cette bannière vient de la suite improbable du film d'Audiard "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause." Sans doute pas le meilleur film du monde, même un bon gros navet à la française. Mais drôle. Et à cette époque, les titres et les bandes annonces n'hésitaient pas à être très longs. Plus c'est long, plus c'est bon, non ?



CC
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9 janvier 2011

Qui a le droit de franchir le point Godwin ?

Cette après-midi, j'ai regardé le film "Walter, retour en résistance", de Gilles Perret.


Il s'agit d'un documentaire à propos de la résistance, du conseil national de résistance et de la politique actuelle.

Le propos est simple : au sortir de la guerre, le CNR avait suffisamment de pouvoir pour imposer des mesures sociales aux grands patrons, qui pour beaucoup avaient été des collabos officiels...C'est à ce moment-là qu'on a mis en place la sécurité sociale, le système des retraites par répartition, les allocations, la liberté de la presse...La France était alors ruinée mais on a quand même trouvé l'argent nécessaire pour mettre tout ça en place.

Aujourd'hui, alors que le PIB de la France n'a jamais été si énorme, on nous fait croire que nous avons plus assez de fric pour faire tourner les mêmes systèmes de solidarité.

Y'a comme baleine sous gravillon.



Les quelques résistants qui sont interviewés, Walter Bassan, John Berger, Stéphane Hessel et Constant Paisant, qui ont été déportés, ont subi des tortures, ont vu mourir des copains à peine majeurs, comme eux, parlent de fascisme, de barbarie, d'une idéologie foireuse qui s'installe, rampante, au sein de notre société. Ce qui fit, dans les années 30, le lit du fascisme...

Lorsque vous et moi, aujourd'hui, sur internet ou ailleurs, nous osons ce parallèle, par exemple, quand un homme se jette par la fenêtre pour échapper à une expulsion, quand on sépare des familles, quand on "reconduit à la frontière", nous avons vite fait de gagner un point Godwin.

Et lorsqu'on évoque un retour en arrière, quand on casse le service public et qu'on se demande si le patronat ne souhaiterait pas qu'on revienne fissa au XIXème siècle, nous ne restons pas longtemps sans recevoir un point Godwin...

Cependant, lorsque ces octogénaires nous mettent en garde, est-ce seulement un délire de vieillard ? Ils sont pourtant incroyablement lucides, quand ils s'expriment.

Et comment ne pas voir le cynisme d'un Sarkozy sur le plateau des Glières entre les deux tours des présidentielles ? Comment ne pas sentir sa manipulation intéressée, lorsqu'un an plus tard, dans ce lieu de recueillement, il n'écoute pas celui qui lui explique qu'une plaque à ses pieds commémore un charnier, et qu'il détourne la conversation pour évoquer la robe rose de madame et la ravissante cascade là-bas au loin ?

Et comment interpréter l'embarras de Bernard Accoyer mis devant les contradictions du politique venant de faire un discours poignant sur la mémoire, sur la résistance et sur la France éternelle, quand on lui demande ce qui va advenir des décisions du CNR ?

Pourtant...L'Allemagne dépérissait de pauvreté quand le fascisme a commencé à avoir du succès. Aujourd'hui, les banlieues françaises dépérissent de pauvreté et les idées les plus extrêmes, religieuses ou autres, prennent leur envol...

Il nous faudrait un peu d'amour et de fraternité...

Le film confronte aussi Walter Bassan, ancien déporté à Dachau, qui s'est engagé en résistance "avec inconscience", comme il le dit, à l'adolescence, à des ado d'aujourd'hui. Des lycéens de Haute-Savoie. Tout à fait caractéristiques de leur génération, ils disent qu'en 2007, ils auraient sans doute voté "comme tout le monde", pour Sarkozy...Avec inconscience...A la différence de Walter, pour qui ce n'était pas faire comme tout le monde que de rentrer en résistance...C'était même très minoritaire, dans une France pétainiste...

Non seulement ces jeunes manquent de conscience politique, ce qu'on peut leur pardonner, mais font preuve d'un conformisme et d'un manque de rébellion qui ne va pas avec leur âge. C'est inquiétant...et c'est tout à fait différent des ados de banlieue que j'ai dans mes classes : ils font preuve d'un rejet de la société qu'on leur propose, pour certains, à travers l'Islam, notamment, en prenant le voile comme d'autres se faisaient tatouer au temps oublié du punk...

On devrait sans doute écouter ces vieux résistants...

CC
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10 mai 2010

Solutions locales pour un désordre global


Un chiffre : dans le monde, nous avons 20 jours d'autonomie alimentaire.

Il suffit d'un couille dans le potage, d'un petit problème énergétique, d'une micro guerre qui bloquerait tout, d'un volcan islandais dont les fumées s'éterniseraient un peu dans le ciel, pour qu'on n'ait plus rien à bouffer.

Comme ça, on dirait un bouquin de Barjavel, de la bonne vieille science-fiction, mais c'est pourtant la réalité : le monde est à flux tendu pour la nourriture.


En France, les deux grandes guerres ont tué les paysans et les ont "tertiairisés".




En France, on a fait le choix de faire fabriquer plus à moins de paysans, grâce à des produits chimiques qu'on avait sur les bras.

On avait un problème avec l'agriculture : elle n'achetait rien à l'industrie. Alors, petit à petit, on a formé les jeunes cultivateurs à deux idées essentielles :

- La terre ne peut pas produire seule. Il faut la fertiliser pour qu'elle donne. Sans cela, c'est juste une matière morte.

- Les graines sont une marchandise.


Deux idées qui ne vont pas de soi, puisque depuis la nuit des temps, les paysans fertilisaient la terre avec le fumier de leurs bêtes, c'est à dire avec une matière vivante...Et depuis toujours et dans tous les pays du monde, les femmes étaient les gardiennes des graines : elles les sélectionnaient, elles en faisaient la diversité et les transmettaient avec les savoirs qu'il fallait pour s'en servir.

C'est le propos du film "Solutions locales pour un désordre global".

C'est un film passionnant, parce qu'il permet de replacer dans une perspective historique et mondiale un problème dont on ne veut surtout pas parler. Imaginez la panique, si les 20 millions de Parisien se rendaient compte qu'ils n'ont que quelques jours d'autonomie alimentaire...

Alors, oui, il est évident que les financiers et l'industrie a pris le pouvoir grâce au contrôle de la terre et à la mainmise sur les graines...Mais n'a-t-elle pas gagné une autre bataille ? Celle sur les esprits...

Je n'ai sous la main qu'un panel tout petit d'une centaine d'exemplaires d'enfants. Une génération étonnante. Lorsqu'il nous arrive de faire des sorties à pieds, nous traversons un espace de verdure, un parc de centre ville. Rien de bien étonnant. Eh bien croyez-moi si vous voulez, mais la moindre bête les effraie, les étonne, provoque des regroupement. La moindre limace, le moindre hanneton, provoque les cris des filles et les bravades des garçons...

L'être humain s'est éloigné de la nature. Je crains d'ailleurs que cela ne concerne pas que la toute jeune génération : voilà quelque temps que ceux qui vivent en ville ne voit plus que des poissons panés et congelés, que des steaks hachés en guise de vache, que des salades en sachet, feuilles mélangées, variétés impossible à identifier...A quoi ressemble des épinard ? Comment vide-t-on une poule ? Comment pèle-t-on un lapin ?...

Mes élèves, je le vérifie souvent, ne savent pas faire le lien entre la vache et le steak...

L'homme s'est éloigné de la nature et c'est la plus grande victoire de l'industrie : la maîtrise de la nourriture des hommes est une arme tellement puissante...

Ce film propose des solutions locales : AMAP, culture bio et respectueuse de la terre, échange gratuit des graines...

Il faut surtout que nous réhabilitions le beau métier qui consiste à nourrir les hommes et que la France arrête de faire disparaître des dizaines de milliers de paysans par an. Il faut que les jeunes retrouvent le chemin de la nature et qu'on réapprenne à vivre avec, qu'on sorte de la mythologie dans laquelle on l'enferme : non, la nature n'est pas une carte postale pour les vacances, ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre en bouteille ou en parc nationaux...

Et ça, ce n'est pas gagné...

En tout cas, je vous conseille vivement ce film qui permet de se poser la question suivante : de quoi ai-je vraiment besoin pour vivre ? D'un iphone ou de blé ? Du vrai blé, hein...! Celui pour faire du pain !

CC
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3 mai 2010

Mammuth


Un homme prend sa retraite.

Il lui manque des justificatifs pour boucler son dossier et toucher une retraite à taux plein.

Il part donc sur sa vieille moto, à la quête de 10 bouts de papier.

C'est une manière de faire un flash-back sur sa vie : il a enchaîné les petits boulots, depuis l'aide de ferme d'un vigneron arrogant qui ne l'a pas déclaré, jusqu'au videur de boîte de nuit, en passant par un petit resto qui a fermé boutique depuis, une minoterie transformée en boîte d'informatique...

Ce pèlerinage lui permet aussi de confronter sa vision du monde à celle d'une autre génération : aux jeunes de 20 ou 30 ans qui ont perdu tout espoir d'avoir un jour une retraite.

Que ce soit le "physionomiste" de la boîte de nuit qui l'a remplacé et qui bosse depuis 4 ans au black, faisant d'ailleurs homme à tout faire et ne comptant probablement pas ses heures pendant que son patron est en voyage au Maroc, que ce soit la jeune fille qui file d'arnaque en arnaque, comme une belle pétroleuse, que ce soit l'artiste qui a décidé de vivre en marge de la société tout en profitant du système, on trouve dans ce film de beaux portraits de cette jeunesse désabusée qui a pris conscience que si l'on veut quelque chose, il faut se débrouiller pour le prendre...



Le panorama de la société est large : entre cette caissière qu'on colle à la poissonnerie et qui hésite entre l'homéopathie et les calmants pour supporter l'absurdité de son boulot dans la grande distribution, tout en gagnant tant bien que mal de quoi rembourser les crédits pour payer le pavillon de banlieue donnant sur les barres d'immeubles, entre ces VRP mangeant seul dans des auberges de province, entre cet illuminé qui sillonne les plages à la recherche d'objets précieux et qui ne trouve guère que des pièces de 10 centimes, on navigue dans un univers qui permet de reposer les problèmes de société autrement : travail précaire, chômage, retraite...

Bref, je vous conseille vivement ce film très riche, très bizarre et très poétique...

CC
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11 août 2009

Culturés, même l'été !

Allez hop ! Un peu de culture !

L'été est le moment pour se cultiver un peu...Vacances de profs, vacances musées, bouquins, ciné !

1. Les livres :

L'Elégance du hérisson, Muriel Barbery. C'est un livre verbeux d'une post-étudiante en lettres ou en philo qui n'a pas forcément bien digéré et intégré tout son savoir-savant, comme on dit à l'IUFM. Cependant, il y a des roses sur la couverture et donc, l'histoire est jolie. On peut dire que ça se laisse lire, c'est gentiment téléphoné (juste un peu agaçant et donneur de leçon parfois, notamment si vous êtes prof de français...) mais ça détend, sur la plage ou dans le train.

Harry Potter (tomes 1, 2, 3, 4 et 5, en cours de lecture). Je dois dire que je me félicite de lire cette célèbre série après tout le monde. Je n'ai pas à attendre la sortie des prochains tomes et c'est mieux : le suspense est insoutenable ! L'imaginaire de J.K Rowling est extraordinaire. A vrai dire, j'avais lu le premier tome il y a longtemps, pour des raisons professionnelles (c'est très marrant avec des 6èmes, Harry Pot de Fleur !) et j'avais trouvé que le qualificatif de littérature de jeunesse s'appliquait bien. Certes l'univers m'avait captivée, mais les chapitres courts, les rebondissements parfois un peu attendus m'avaient confortée dans l'idée que c'était parfait pour les enfants.
Avec le recul et une relecture-détente, cependant, j'ai été frappée par la construction évidente, limpide, ingénieuse...et l'atmosphère qui s'alourdit, qui s'assombrit un peu plus à chaque tome.
C'est un chef d'oeuvre, tout simplement.

2. Les films :

L'Elégance du hérisson. Encore ! Josiane Balasko est vraiment très bonne. C'est moins verbeux qu'à l'écrit et finalement, c'est mieux comme ça !

Whatever works, Woody Allen. Le personnage principal, c'est Woody mais joué par un autre. Le même Woody que d'habitude, pourtant : pessimiste, mais avec l'humour du désespoir, hypocondriaque, bourré de troubles obsessionnels du comportement, misanthrope, mais finalement touchant, drôle, spirituel, séduisant...Et d'ailleurs, le vieux bougre s'arrange pour se marier avec une belle petite blonde de 30 ans sa cadette (au moins)...Mais finalement, toujours sur le même fil tangent entre tragédie et comédie, peu importe, pourvu que ça marche...Pour les amoureux de Woody, c'est excellent...

3. Les expositions :

Rodin à Evian-Les-Bains : un grand nombre d'oeuvres mineures réunies et la genèse, l'explication des chefs d'oeuvre du sculpteur. On comprend mieux le baiser, le penseur et la porte des enfers, après cette expo toutefois un peu chère, surtout si on prend l'audioguide, qui est pourtant nécessaire pour profiter correctement de tout ça. (14€)

Picasso et Cézanne à Aix-en-Provence : bien que la critique parisienne ait passablement éreinté cette expo, il faut faire la fine-bouche et avoir pu profiter, sans doute, de Picasso et les maîtres au Grand Palais. En provinciale, j'ai trouvé extraordinaire de pouvoir découvrir autant de Picasso de toutes les périodes (la Bleue, la Rose et la dernière période, à Vauvenargues) et de pouvoir mettre cette oeuvre colossale en parallèle avec celle de Cézanne. Les liens sont évidents, l'expo est bien faite, c'est un bon moment et c'est tout à fait exceptionnel.

4. Les blogs :

Mille et une pages : Stephie parle de littérature, de ciné et bien plus en toute simplicité...

Myfarenier aux fourneaux : parce que la culture, c'est aussi la confiture ! Bon appétit !

CC
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