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21 mars 2017

Ce qu'il faut retenir du débat

Ce qu'il faut retenir :

 "- Il faut travailler plus, et être payé moins. Pas comme en Roumanie, n'exagérons rien...Mais avec autant de précarité qu'en Allemagne : ils n'ont pas l'air malheureux, ces Allemands..."(F.Fillon) (en Allemagne, ils sont tellement malheureux qu'ils ne font plus d'enfants, rendez-vous compte...)

"- Monsieur Fillon, je suis d'accord avec vous" (E. Macron)

"- Les Français n'en peuvent plus de l'insécurité : on se fait assassiner tous les jours même dans nos villages les plus reculés. Ayez peur, peuuuuuuhhhhhhhr ! Et surtout, il faut fermer les frontières : aux étrangers, mais aussi aux produits. Plus de café, plus de bananes." (M.Le Pen)

"- J'ai 65 ans et quasiment aucune chance d'être élu. Je vais donc vous montrer comment on peut être détendu, spirituel, drôle, comment on peut développer des idées sympas sans se prendre la tête et en faisant bien les liaisons, en plus. Et l'agriculture bio peut facilement créer 400 000 emplois, ce qui résoudrait pas mal de problèmes." (JL. Mélenchon)

"- Vous n'en avez pas marre de toutes ces vieilles têtes qu'on voit depuis 20 ans : regardez, moi, je suis nouveau. Je propose des idées nouvelles et j'affirme que le revenu de vie pourra aider les agriculteurs, les femmes à temps partiel, les petites retraites et les étudiants. Votez pour de belles idées, pour une fois, au lieu de voter contre Le Pen." (B. Hamon)


CC



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8 mars 2017

La gauche en miettes...

C'est assez désespérant de constater que les militants et les sympathisants du PS ont voté pour un candidat et qu'aujourd'hui, l'appareil de ce parti ne joue pas le jeu. On est clairement entrain de rejouer 2007, en pire. Je ne pensais pas, pourtant, que cela pourrait être pire qu'avec Ségolène Royal...

Ce matin, donc, Delanoë a rejoint le mouvement En Marche. Ce n'est pas une surprise totale, puisque l'ancien maire de Paris se qualifiait déjà en 2008 de "socialiste libéral". (Et qu'en ce moment, les ralliements sont aussi des courses à la soupe, une manière de se réserver un petit ministère, au cas où...)

Mais prétendre que c'est pour faire barrage à Marine Le Pen, alors que Macron ne propose pas autre chose qu'un petit compromis entre ce que Sarko et Hollande ont fait durant 10 ans, c'est un peu gros. C'est justement ce que les électeurs de Le Pen rejettent : une casse des services publics, plus de flexibilité pour les entreprises, plus d'Europe libérale...

Et dire que Macron propose quelque chose de sérieux, qu'il a un programme économique crédible, alors qu'il ne propose pas autre chose que ce qui nous maintient dans une crise passagère qui dure depuis plus de trente ans, c'est encore plus incroyable.

Hamon a l'avantage de proposer des choses nouvelles, des idées qui n'ont pas encore été expérimentées. Il met au centre de son programme une analyse de la société, de ses évolutions, des changements profonds que connaît le monde du travail. Les autres sont figés sur un système qui a 50 ans.

CC
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17 février 2017

Revenu universel : (utopie) utile !

Le revenu universel est au coeur de la campagne électorale, grâce à Benoît Hamon. Comme je l'ai déjà écrit, cela permet au moins de parler du travail et de notre monde en mutation. Hier soir, au Cercle Jean Jaurès d'Audincourt, on a démontré que c'était un débat crucial qui soulève des questions concrètes bien plus importantes que les questions d'identité nationale ou de justice pénale à 16 ans. Bref, à Audincourt, on ne fait pas diversion ! On travaille sur du concret !

Rayan Nezzar est un très jeune prof à Sciences Po, chercheur, spécialiste des finances publiques. Il a grandi à Montreuil, dans une famille modeste et a fait des études supérieures grâce aux bourses de la République, ce qui en fait un spécialiste qui n'est pas déconnecté du monde réel. Hier soir, il a tenu conférence au milieu des photos de Raphaël Helle sur l'usine Peugeot et cela prenait tout son sens.



Donc, le revenu universel est-il une bonne idée ? Et comment on pourrait l'envisager concrètement ? Est-ce seulement une utopie ? C'est sans doute une utopie, mais une utopie utile, car elle permet de réfléchir à notre système social.

Tout d'abord, quelle philosophie peut-on mettre derrière ce concept repris de la droite libérale libertaire jusqu'aux marxistes purs et durs ?

La droite libérale y voit le moyen de s'exonérer de toutes l'aide sociale en ne versant qu'un seul revenu universel à tout le monde. Supprimer tout, depuis les allocs de la CAF jusqu'aux retraites, des APL aux remboursements de la Sécu, du RSA aux indemnités maladie...Choc de simplification, qui permettrait de se débarrasser en fait, de l'Etat social, de l'Etat "mère poule" que les libéraux détestent. Dangereux, car les plus faibles de notre société ne s'y retrouveraient pas, c'est évident.

D'un autre côté, les marxistes qui mettent toujours le travail au coeur de notre société y voient un moyen de mettre en place un revenu à vie pour le travailleur, quels que soient les hauts ou les bas qu'il peut rencontrer au long de sa carrière.

Les écolos, quant à eux, y voient un moyen d'accéder à la décroissance, de changer de façon de vivre, dans un monde moins productiviste : le revenu universel pourrait libérer du temps libre et comme le disait Lafargue, accéder au "droit à la paresse".

Benoît Hamon et les sociaux démocrates y voient le moyen de répondre aux évolutions du monde industriel, à la numérisation, au manque de travail que l'on constate déjà : hier soir, au milieu des images de la chaîne de l'usine Peugeot, c'est l'argument que l'on comprenait aisément. Là où l'usine embauchait plus de 40 000 personnes il y a 30 ans, elle n'emploie plus que 9000 personnes péniblement aujourd'hui. Et des intérimaires, des précaires, à tour de bras.

Il faudra de toute façon, accompagner cette mutation du monde.

Toutes ces visions sont opposées : les objectifs des uns et des autres sont différents et c'est bien ce qui fait de cette idée une vraie idée politique. C'est de modèles, de choix de société que l'on parle.

Par contre, c'est aussi d'utopie : pour l'instant, cela n'existe pas à l'échelle d'un pays. Localement, il y a des expérimentations, très diverses : en Alaska, pendant un temps, on a reversé les dividendes de la rente pétrolière, mais sans fléchage, sans but précis, si ce n'est inciter les gens à rester dans ces froides contrées inhospitalières !

En Finlande, une expérimentation porte en fait sur les chômeurs de longue durée, uniquement.

En Inde, dans une région, on pratique une sorte de micro-crédit pour permettre aux jeunes de faire des études, en pariant sur le futur développement économique que cela engendrera.

Et on tente quelque chose en ce moment en Gironde.

Si l'on essayait quelque chose au niveau d'un pays, cela aurait des incidences : soit on opterait pour la solution libérale, en remplaçant toutes les autres prestations. Alors, le financement serait aisé. Mais les conséquences terribles pour les plus vulnérables d'entre nous.

Si l'on ne remplaçait que quelques prestations, alors cela coûterait inévitablement plus cher et cela serait un véritable choix de société. 

On peut faire quelques hypothèses : 

Cela aura des incidences sur le monde du travail, sur notre rapport au travail.
- Est-ce que certaines personnes préféreraient se retirer du monde du travail ?
- Est-ce que cela ne déprimerait pas des secteurs d'activités déjà en crise ?
- Est-ce que cela modifierait la notion de salaire minimum ?
- Est-ce qu'au contraire cela pourrait devenir une force de négociation pour le travailleur face à son employeur ? Pas forcément pour les emplois peu qualifiés...
- Est-ce que les employeurs seraient contraints d'augmenter la qualité des emplois proposés ?
- Est-ce que cela permettrait à un plus grand nombre de participer à des activités associatives sur leur temps libre ?
- Est-ce que cela permettrait aux étudiants de ne pas exercer un job en parallèle de leurs études ?
- Est-ce que cela permettrait de soutenir l'agriculture ?

Et comment le financer ?

Cela pousse à réfléchir au patrimoine et aux inégalités de sa transmission :
- Taxer plus les héritages ? Voilà une question (de plus) de société.
- Taxer les robots, au moment où ils remplacent les emplois salariés ? C'est ce qu'Hamon a avancé dans la campagne.
- Quelle inflation cela provoquerait-il ? Est-ce que l'inflation est souhaitable pour résorber la dette ?
- Est-ce que cela aurait des incidences sur le pouvoir d'achat ? Et donc est-ce que cela permettrait une hausse des recettes via la TVA ?

Bref, ce débat est stimulant. Il permet de penser la société et ses évolutions ! Et rien que pour cela, on peut soutenir Hamon ! Non ?

CC

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23 janvier 2017

Entre deux tours

Sans grande surprise, les électeurs de gauche ont choisi de mettre en tête le coeur et la raison : le coeur, avec Hamon, pour ses idées vraiment à gauche. Une gauche solidaire et qui réfléchit à notre société dans laquelle le travail vient à manquer. C'est le premier thème de sa campagne. Utopiste, disent certains. Pour moi, c'est un thème d'avenir : c'est une question qu'il faut inévitablement se poser. On ne peut pas se permettre de laisser filer le temps qui nous sépare de la fin du travail manuel.

Surtout que ce processus est déjà bien entamé.

Avez-vous remarqué qu'aujourd'hui, il faut quatre hommes et une après-midi pour faire un kilomètre de chaussée, alors qu'il fallait deux équipes de 20, sur plusieurs semaines, il y a quelques dizaine d'années ? (à la louche, je ne suis pas dans les BTP)

Hamon, c'est aussi le mec qui après son élection au premier tour, nous parle de pollution et de perturbateurs endocriniens et de pesticides. "Bobo !", crient les éditorialistes n'ayant pas l'habitude. Bobo peut-être, mais les allergies n'ont jamais été aussi importantes dans toute la population, les cancers non plus. Tout le monde peut le constater, ça. Et c'est peut-être bien un truc qui pourrait créer de l'emploi...

Ces thèmes font du bien, dans la campagne.

La raison, c'est Valls : c'est le type qui a déjà été au gouvernement, qui est plus réaliste. Qui sait ce qu'on peut faire ou pas. Alors il a inévitablement un petit côté réac. Mais il propose de choses intéressantes : son idée de minimum décent par exemple, qui rejoint aussi la mise en place du RSA, voilà qui pourra aider par exemple les temps partiels forcés (les femmes, surtout, dans la grande distribution)...Des choses qui semblent plus réalisables, parce que moins ambitieuses, moins portées par une vision de notre société.

Mais nous sommes dans une conjoncture particulière : nous sommes à l'ère de tous les possibles.

N'oublions pas qu'en face, on nous propose aussi quelque chose qui semble illusoire :

 Le monde est entrain de vivre une transition sans précédent, entre les USA qui ont fait le choix d'un retour en arrière total sur les questions environnementales, au mépris de tout bon sens, entre la montée des extrémismes. Alors je veux faire le pari du coeur, du changement plus radical.

Nous nous sommes habitués à une politique dite "de gouvernement" avec laquelle on a l'impression que rien ne change, depuis des décennies. Les Français ne croient plus à rien, si bien qu'ils sont prêts à voter FN. Si on faisait le pari d'une ambition, d'un changement total de nos logiciels ?

Hamon apporte cette bouffée d'air frais. Encore un peu chargé de particules fines. Mais c'est un bon début.

CC







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