30 janvier 2010
Profs ? Haine !
En question, la réforme du lycée, la nouvelle non-formation des profs, le non remplacement des professeurs, la disparition progressives des sujets tabous du programme de SES (le chômage, rien que ça...)...
Déjà, on peut noter que cette manif, bien qu'elle soit importante, passe totalement inaperçue : rien ou presque dans les journaux télés et radio, depuis ce matin. C'est une manifestation qui ne dérange personne : les enfants sont en week-end et les profs, qu'ils soient rangés dans leur casier ou dans la rue, on s'en fout.
Ensuite, bien que l'article dont je vous parle soit sur Libération, journal prétendument de gauche, les commentaires sont haineux, comme toujours, quand il s'agit d'éducation.
Quand je dis haineux, je pèse mes mots. Je me suis habituée à cela. A chaque fois, c'est pareil et aussi bien dans le Figaro, sur le site de TF1 ou sur Marianne2.
Quand on est prof et qu'on a l'impression de tenter de faire son métier le mieux possible, c'est à se tirer un balle.
Voilà, c'est tout.
CC

27 janvier 2010
Réforme du lycée : -126 h de français pour la filière L
Déjà que les élèves n'étudieront plus le chômage en cours de sciences économiques...
Je vous copie ici le texte très clair d'une pétition qui n'est pas seulement destinée aux profs de lettres, mais qui concerne tous ceux qui pensent que bien connaître la langue permet de penser et de ne pas se faire entuber en permanence...
Pour signer ce texte, c'est là : http://petitions.eu.org/?petition=11
Lettre ouverte aux professeurs de français et à tous ceux que l’enseignement de notre langue et de la littérature concerne.
La nouvelle réforme prévue par Luc Chatel, l’actuel ministre de l’Education nationale, a suscité de nombreux remous à propos de la suppression de l’Histoire-Géographie en classe de Terminale S. Il est étonnant que la suppression, sur trois années de lycée, d’à peu près 4 heures d’enseignement obligatoire du français ait suscité si peu de réactions, à croire que cette suppression est passée inaperçue. De fait, elle est bien camouflée et pourtant…
En classe de seconde, les élèves ne feront plus, sous le régime Chatel, que 4 heures de français en classe entière, l’heure de module par quinzaine disparaît ainsi que l’heure d’aide individualisée. Dans un document remis aux proviseurs des établissements, il est dit très clairement que les heures de modules de français et d’histoire géographie ont été ôtées à ces deux matières pour la mise en place de l’accompagnement personnalisé. Or, l’heure d’accompagnement personnalisé n’est pas une heure de français, ce qu’était l’heure d’aide individualisée. Les élèves perdent environ 1h 30 de français par semaine, ce qui met la matière au même rang que les autres. Certes les établissements auront tout loisir de rétablir ce manque grâce au volant de dix heures complémentaires par division, mais celui-ci est « volant », ajustable, et sera réparti selon les projets, les volontés et personnalités plus ou moins fortes des équipes, autant dire que la rivalité entre les équipes d’enseignants et les matières risque de s’amplifier. Il va sans dire aussi que moins d’heures pour les élèves signifie moins d’heures par classe pour les professeurs et que les enseignants de français vont tôt ou tard voir leur nombre de classes augmenter, donc le nombre de leurs copies, ce qui risque de porter préjudice à leur enseignement. L’enseignement « Littérature et monde contemporain » ouvert comme enseignement d’exploration est une proposition intéressante, mais, optionnel, il ne saurait concerner chaque classe, il regroupera sans doute les élèves qui en feront le choix si l’établissement propose un tel enseignement et cet enseignement se fera sur 1h30. Là encore, c’est aux équipes de se mobiliser sans doute et de convaincre le chef d’établissement d’ouvrir une telle option, mais comment convaincre les élèves de la choisir lorsqu’une telle option est mise en concurrence avec l’économie (SES), les méthodes et pratiques scientifiques (MPS), déjà présentes dans les établissements ?
En classe de première, peu de changement apparemment, sinon que l’horaire de français est réduit à 4 h en première L, dont la spécificité était jusque là d’être littéraire. Désormais, pour former un futur lettré, quatre heures devraient suffire. Un enseignement de spécialisation obligatoire de deux heures vient certes remplacer les deux heures perdues, mais l’on peut s’inquiéter de l’intitulé « littérature française » qui présuppose que les 4 h allouées au français soient destinées à autre chose qu’à étudier la littérature française. De plus, il y a fort à parier que cet enseignement dit de spécialisation soit confié à un autre professeur que celui qui assurera, toutes séries confondues, les 4 premières heures de la matière. Quelle sera la cohérence d’un enseignement ainsi morcelé ? La perte de formation véritablement littéraire, quoique diffuse et difficilement quantifiable, sera réelle. Là encore, les professeurs auront sans doute moins d’heures à assurer par classe et verront ainsi leur nombre de classes augmenter.
Enfin, en classe de Terminale L, l’enseignement de la littérature passe à deux heures par semaine, malgré une expérience convaincante de quatre heures, qui fonctionnait bien depuis plusieurs années et permettait d’asseoir la spécificité littéraire de la filière sur un programme sérieux et exigeant. L’enseignement de spécialisation obligatoire de Première L et intitulé Littérature française disparaît et aucune option spécifiquement littéraire n’est plus proposée aux élèves.
Le plus étrange dans cette réforme est qu’elle prétend vouloir « renflouer » la filière L. Or, avec 3 heures 30 de français par semaine en moins sur trois ans pour un élève suivant le cursus littéraire (soit 126 heures supprimées au total), les mots du ministère résonnent comme un habile camouflage d’une diminution radicale de la place du français dans l’enseignement.
Le français n’est pas une matière comme une autre. Est-ce une matière de moindre importance qu’une autre ? Déjà, depuis plusieurs décennies, les professeurs ne disposent que de deux ans pour préparer leurs élèves à deux épreuves de baccalauréat, tandis que les autres matières disposent de trois ans pour les préparer à une seule épreuve ! Cet écart, de plus en plus nuisible à la maîtrise et de la langue et des exercices requis, explique peut-être la médiocrité des résultats de nos élèves au baccalauréat. Un véritable «renflouement» et de la filière L et de l’enseignement du français aurait consisté à ajouter des heures de français en terminale S et ES ainsi qu’une heure hebdomadaire dans tous les niveaux. Le français est le poumon des autres disciplines. Sans maîtrise de celui-ci, il est fort difficile de réussir dans les autres matières, quelles qu’elles soient.
La suppression de 126 heures d’enseignement obligatoire du français sur trois ans, ainsi que la perte objective de contenus proprement littéraires dans une partie des heures restantes (144 heures), fait clairement apparaître l’esprit de cette réforme : on ne donne plus aux élèves les moyens de progresser dans la maîtrise de leur langue ni dans la connaissance de la littérature. Matière d’éveil et de réflexion au même titre que l’Histoire et la Géographie, le français fait l’objet de coupes claires pour que l’école ne soit surtout pas le lieu d’un apprentissage de l‘esprit critique. Priver le peuple de sa propre langue, c’est délibérément chercher à le priver de son outil de pensée. Il n’est pas besoin d’avoir lu George Orwell pour comprendre qu’une langue appauvrie donne des esprits plus accessibles aux slogans et à l’absence de logique.
Les belles paroles du projet cachent mal de surcroît son objectif majeur : faire passer les restrictions budgétaires pour une réforme de l’enseignement. Les prévisions du budget 2010 sont claires : - 5200 postes seront supprimés dans le second degré public. En ne remplaçant pas un professeur sur deux qui part à la retraite, il faut bien faire en sorte que ceux qui restent travaillent plus, sans être payés plus : les professeurs de français seront les premiers à en faire les frais dès la rentrée prochaine où ils verront leur nombre de classes augmenter.
Nous demandons le retrait immédiat de ce projet de réforme et nous appelons les parents d’élèves, les syndicats, les partis à exiger, avec nous que l’enseignement du français garde une place de premier plan dans le cursus des élèves.
CC

12 décembre 2009
Physique-Chimie, Histoire-Géo, même combat...
Mais, évidemment, ce qui est visé, ce n'est pas forcément l'histoire. On n'a pas pensé à ça : on a surtout pensé aux postes de profs en moins et aux économies substantielles que ça représentait...
Évidemment, le plan de casse du service public passe par ces petits sacrifices. Si on veut faire le beurre des systèmes privés, des Acamerdia et autres boîtes à bac, il faut bien rendre le service public plus mauvais. (Sans que toutefois, cela se voie trop.)
Manque de bol, en plein débat sur l'identité nationale, ça se voit beaucoup, cette atteinte à la connaissance de ce qui constitue, justement, notre identité nationale.
Mais on a beau gueuler sur le fond, dire qu'avoir un peu culture générale, ça ne mange pas de pain et même que ça ajoute un peu de confiture, on tombe du mauvais côté de la tartine. On ne parle pas de la même chose.
Cependant, Luc Châtel ne manque pas totalement son coup, puisque dans le même temps, il réduit drastiquement les horaires de Physique-Chimie dans les filières scientifiques, sans qu'on s'en aperçoive : le texte de la pétition* explique très clairement ce que prévoit le projet de réforme du lycée : il "entraîne une diminution de 144 h des horaires de sciences sur l’ensemble du lycée. Soit une demi-journée hebdomadaire, pour un élève ayant choisi un parcours scientifique dès la seconde.
En Première S, l’enseignement de sciences physiques subirait une perte de 33% par rapport à l’horaire actuel. Ainsi, l'horaire hebdomadaire de cours de physique et chimie passerait de 2,5h à 1h ! et cette diminution ne serait pas compensée en terminale. De plus, sans cadrage national des dédoublements, la pratique expérimentale, indispensable au scientifique, ne serait plus garantie.
En repoussant la formation aux sciences vers la classe terminale et l'enseignement supérieur, c'est toute la dimension scientifique de
Les sciences, on pouvait penser que c'était, dans notre société, plutôt valorisé.
A vrai dire, s'il y a encore une filière qui fonctionne, c'est bien la filière S : une filière généraliste, qui ouvre toutes les portes, même celles des prépas et à l'issue de celles-ci, les études les plus nobles, des écoles d'ingénieurs aux Mines, ou encore à Normal Sup, en passant par les écoles de commerce...
Mais comme je vous le disais plus haut, en raisonnant, en tentant d'expliquer et de comprendre, on tombe à côté : le but de cette réforme, c'est la casse du système public et rien d'autre. Partant de là, peu importe. Cela fera le lit du privé, pour les enfants qui ont la chance d'avoir des familles fortunées. Les autres se contenteront d'une éducation qui mène nulle part.
CC
