Je sors d’une longue journée de cours avec mes collégiens.
J’ai deux quatrièmes dont une qui se nomme Victor Hugo. C'est un beau nom, pour une classe de 4e.
Je commence donc l’année avec des textes de cet auteur que j’affectionne particulièrement, et qui me permet d’aborder des thèmes centraux de l’année de quatrième avec mes élèves, notamment "Vivre en société, confrontation de valeurs..." Ce sont les termes exacts du programme officiel.
Cet après-midi, nous avons étudié le texte "Melancholia", issu des Contemplations.
Vous l’avez sans doute étudié vous aussi quand vous étiez au collège :
"Mais où vont tous ses enfants n’ont pas un seul ne rit..."
C’est un texte qui s’indigne du travail des enfants. Ce fléau, en France, n’existe plus. Mes élèves en sont loin et ils ne comprennent pas toujours, mais je leur fais découvrir que cela existe encore ailleurs dans le monde et puis à travers les mots puissant de Victor Hugo, ils comprennent bien plus, souvent.
Pour préparer cette chronique, j’ai coutume de jeter un œil ou une des grands journaux et en ouvrant Le Monde, ce soir, je lis que la France est en plein décrochage et que cette fois-ci, l’économie française perd de sa résilience. Ce n'est pas une surprise : c’est un constat que nous faisons tous. Tout augmente hormis les salaires, nous nous appauvrissons, le chômage augmente, et pour de trop nombreux français, plus de 10 millions c'est une vie en-dessous du seuil de pauvreté qui s'impose, malgré souvent, un travail, voir plusieurs.
Depuis que je suis née, à vrai dire, j'entends parler de la crise. C’est une situation qui ne fait qu'empirer 'et les politiques qui ont été menée depuis des années n’ont fait qu’aggraver les choses.
Malgré cela, une chose me frappe : alors que on se plaint d’une économie en berne, les plus riches, eux continuent de s’engraisser.
C’est alors que je relis ce poème, mais Melancholia de Victor Hugo, et que je repense, aux remarques nombreuses, nourries, intelligentes de mes élèves à propos de ce vers :
"Le travail (…)
Qui produit la richesse en créant la misère..."
Les Contemplations (1856) – Livre III – Melancholia (extrait) – Victor HUGO
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
« Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait — c'est là son fruit le plus certain —
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? Que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, saint, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !


















