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1 février 2012

M'dame, pourquoi vous étiez pas là, hier ?

Merci à Jack Koch Deux
C'est la question de mes élèves choupinets. Je les aime bien, mes élèves. Pour l'instant, ils sont 20 par classe, dans mon collège. Je suis (doublement) une privilégiée. Je suis dans un réseau ECLAIR. C'est ce qu'on appelait ZEP, il y a peu, ou encore RAR. Bref, c'est un collège dans une banlieue pauvre. 75 % de mes choupinets sont issus de milieu très défavorisé.

Ils sont 20, cette année. Ils pourraient être 25, parce que selon l'usage (ce n'est pas vraiment une loi, je crois), il ne doit pas y avoir plus de 25 élèves dans une classe d'un établissement ECLAIR.

Mais 20, c'est la raison. D'ailleurs, en 5eW, je n'en ai que 17. Moins Jo, qui a toujours la gastro, qui est toujours absent. Ce n'est même pas par ruse, qu'il est absent, parce que le pauvre, à chaque fois qu'il se pointe, c'est le jour de l'interro...Bref, ma 5eW, c'est une toute petite classe. Pourtant, quand je suis devant, j'ai l'impression qu'ils sont 45.

Ils rentrent en classe en braillant, ils s'assoient comme de délicats dinosaures sur le mobilier vieillissant de l'Education Nationale, en faisant craquer le plancher, en faisant couiner leurs baskets sur les pieds des tables, en faisant tomber lourdement les chaises, en cognant leur sac dans les murs, en s'invectivant, en réclamant un livre, une trousse, un stylo, en définissant leur territoire comme des animaux sauvages.

Ils s'assoient et ne me regardent pas. Les filles attendent sagement, bavardant à peine, chuchotant pour faire passer le temps. Les garçons s'agitent encore et toujours, se retournent, s'interpellent. Ils sont des dizaines, ils sont des milliers. Ils sont 16. Jo a la gastro. J'ai fait l'appel. On va pouvoir continuer.

"Ouvrez vos classeurs, ouvrez vos livres !" Ma voix passe par-dessus le brouhaha. Il se passe quelque chose, jetons un oeil. Ah ! Oui ! La prof est là. "Eh ! M'dame ! Pourquoi vous étiez pas là, hier ?" 

Parce que cette année, vous êtes déjà des milliers dans cette classe et que l'année prochaine, vous serez encore plus. 

Le collège va perdre au moins deux classes, peut-être trois. 

CC


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27 septembre 2011

En grève, encore

Et plus que jamais, en grève. Pour l'école.

Voilà une énième rentrée chaotique durant laquelle, le ministre, les recteurs, les inspecteurs, tous en chœur ont répété à l'envi depuis le 25 août jusqu'à aujourd'hui que "Tout s'est très bien passé". Comme pour s'en convaincre, couarde méthode Coué qui ne convainc plus personne...

"La rentrée s'est bien passée." Si vous avez des enfants, évidemment, vous savez : non, ça ne s'est pas bien passé. Le grand, qui rentre en 4ème n'a toujours pas de prof d'allemand, le petit, en CP a 33 copains pour apprendre à lire. Les 33 copains, avant de venir ont tous mangé du nutella, en regardant Bob l'éponge et ressemblent à des petits greemlins surexcités et lobotomisés. La maîtresse, alors que nous entamons la troisième semaine de septembre, a fini ses stocks de lexomil et sera absente, durant le reste du trimestre, pour cause de burn-out.

"La rentrée s'est bien passée". Si vous avez des petits-enfants, vous savez que c'est faux. Vos petits enfants rentrent le soir avec la migraine. Pour sa rentrée en 6ème, votre petite Camillounette a découvert qu'elle était dans une classe à horaires modifiés : son emploi du temps va changer 4 fois dans l'année. A la lecture de son emploi du temps, pour tenter de lui expliquer, vous attrapez vous aussi une migraine d'enfer.

"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes élève, vous savez que c'est faux. Vous ne comprenez rien en maths, mais le prof ne connaît pas votre nom. Vous êtes en première S et cela commence à vous stresser un peu. Forcément, dans la classe, vous êtes 36. A la rentrée, il manquait même des chaises dans les salles. Il y a de l'aide personnalisée, soi-disant. Mais vous avez déjà cours 7 ou 8 heures par jour. Et d'ailleurs, l'aide personnalisée représente 1/4 d'heure par élève et par an. Pour comprendre les équations à plusieurs inconnues, ça va être chaud...


"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes stagiaire, que vous avez eu votre concours l'année dernière, vous savez bien que c'est des conneries : vous avez tout foiré, depuis le début, avec toutes vos classes. Vos 18 heures par semaine vont être un enfer. Vous ne savez pas préparer un cours, vous y passez vos nuits et pourtant, quand vous êtes devant les 32 4èmes rugissants et boutonneux, ça ne rend rien. Vous prenez conscience que votre métier n'en est pas un, puisque on est censé le maîtriser sans l'apprendre...

"La rentrée s'est bien passée". Même si tu es principal, tu as remarqué qu'on te racontait des conneries.


"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes prof, vous savez que c'est faux. Moi, par exemple, je travaille dans des préfabriqués, depuis la rentrée. Jusqu'en 2013, normalement. Ma salle n'est pas équipée, le sol tremble, il fait très froid le matin et trop chaud dès que le soleil se pointe, on ne peut pas ouvrir les portes et les fenêtres parce que ça fait des courants d'air et ça fait du bruit. Le bruit, de toute façon, on ne peut pas y couper : le moindre claquement de classeur résonne, le moindre cliquettement de stylo est une explosion. Au bout de 5 heures de cours dans ces "cabanes" (ce sont les élèves qui les appellent comme ça), j'ai la tête comme une pendule. C'est un détail. Mais c'est ma réalité.

La rentrée ne s'est pas bien passée. Et demain, on te dira, ministre, recteurs et inspecteurs, tous en chœur et à l'envi, que la grève a été peu suivie.

CC
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5 septembre 2010

Enseignants = toujours en grève ?

Ne pas faire grève, c'est un choix assez étonnant de ma part.

Je ne suis pas d'accord avec la politique du gouvernement en matière d'éducation : les suppressions de postes, la suppression de la carte scolaire, l'absence de formation des nouveaux enseignants, le fait qu'il y ait de plus de en plus d'élèves par classe, que les programmes soient de plus en plus chargés, que l'on multiplie sans cesse les enseignements secondaires (la sécurité routière, l'informatique, les massages cardiaques...) en rognant sur les matières fondamentales...Et j'en passe...

D'un autre côté, j'ai bien l'impression qu'en posant les préavis de grève à ces deux dates, les syndicats ont tout fait pour saboter le mouvement et la contestation.

Je crois que je ne serais pas la seule à ne pas faire grève. Comme je l'ai déjà remarqué à plusieurs reprises, beaucoup d'enseignants, malgré l'épouvantable réputation qu'on leur fait parfois, sont des gens consciencieux. Ils ne laisseront pas leurs classes durant les deux premières vraies journées de classe. Ils savent que ce serait très mal perçu par les élèves, que ce serait un très mauvais signal éducatif.

La négociation des retraites est morte dans l'oeuf. Et d'ailleurs, si l'on pouvait compter sur les syndicats pour être efficaces, ça se saurait...Je crois qu'il est urgent que les profs trouvent d'autres moyens de se faire entendre...

(Image : Patrick Mignard)

CC
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18 mai 2010

Gronde, révolte !

(Image : Albert CGT Taylor, Julien MRT, Flickr)

Plus fort !

Dépêches de l'Education du Mardi 18 mai 2010

Foix: 250 lycéens manifestent sur les vacances et le "manque de moyens"


Environ 250 lycéens ariégeois ont manifesté mardi matin à Foix pour dénoncer notamment "le manque d'information sur les projets de réforme des vacances scolaires" et contre "le manque de moyens enseignants" dans les lycées, a constaté un correspondant de l'AFP.

Des lycéens de Lavelanet et Pamiers s'étaient joints à ceux de Foix pour organiser cette manifestation qui s'est déroulée, sans apparition des syndicats de lycéens FIDL ou UNL, derrière une seule banderole intitulée "Révolte".

Une délégation devait être reçue à la préfecture de l'Ariège.

Le 10 mai, des manifestations spontanées s'étaient déroulées dans plusieurs villes de France après des échanges par SMS et sur Facebook faisant état d'un projet de réduction des vacances scolaires d'été. Ils étaient notamment 400 à défiler à Evreux et une centaine à Cahors.

Le ministre de l'Education, Luc Chatel, doit installer en juin une "conférence nationale" sur la question des rythmes scolaires, qui inclura la question des vacances. Aucune décision n'est pour l'instant arrêtée.

L'Institut Montaigne, d'inspiration libérale, a cependant proposé dans un récent rapport de réduire les congés estivaux d'au moins deux semaines et de réduire le nombre des heures de classe quotidiennes.
En avez-vous entendu parler ?

Une information n'existe pas, si elle n'est pas diffusée. Si l'on n'en parle pas à la télé. Et en plus, "aujourd'hui, en France, quand il y a une grève, personne s'en aperçoit...".

Tenez, aujourd'hui, par contre, on a parlé d'une grève. Celle des infirmiers-anesthésistes. Je ne sais pas si vous avez vu les images, au JT, ce soir. Je les ai trouvées extrêmement violentes...Les CRS ont arraché les manifestants des voies, les ont traînés sur plusieurs mètres, sans ménagement...

J'ai adoré le commentaire du journaliste à la fin...Il parlait des passagers de la SNCF qui étaient en souffrance.

En souffrance...

Ce que le reportage de France 2 ne dit pas, c'est que le mouvement dure depuis plusieurs semaines, qu'il concerne la formation de cette profession et que les professionnels de santé ne sont pas réputés pour faire grève pour rien...

Il faudrait quand même que la révolte gronde plus fort...Nous sommes tellement anesthésiés...

CC
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