Cet homme n'a peut-être pas écrit L'insurrection qui vient, mais il écrit bien.
Coupat ne "clame pas son innocence". Coupat ricane.
Coupat est trop beau pour être une victime. Sans doute un martyr...Et là, pour l'image, pour le symbole, pour qui vous savez, c'est pas le bon plan.
Coupable ? Non, c'est un intellectuel qui parle : il cite Hegel, il analyse, il dissèque, il prend du recul.Il décortique l'intox avec lucidité, calme et sang froid.
Il ne propose rien : il n'est ni dans le rôle du politique, ni dans le rôle du meneur. Il affirme juste que la solution viendra de la rue et qu'elle ne pourra venir que de là.
Dans cette interview, rien d'étonnant, pour qui a suivi un peu cette affaire qui n'en est pas une.
Mais ce qui surprend, ce qui choque, peut-être, c'est l'incroyable pessimisme de ce beau texte. Gauche, droite, pas d'alternative : historiquement, un pacte branlant, qui arrive à son terme et que la droite est entrain de trahir sans complexe :
Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.Pour lui, le PS ne pourra pas prendre ce problème à bras le corps...
L'analyse n'est sans doute pas d'une finesse à toute épreuve. "Pour faire vite" prévient-il...
Cependant, dans sa situation, on ne peut pas en faire d'autre : accusé et enfermé au mépris de la présomption d'innocence, sur des faits inexistants, il est la preuve même du retour d'un État sinon totalitaire, autoritaire.
Ce qui est choquant, c'est la vision de la prison, aussi. Ce n'est pas un scoop, on sait bien que les prisons françaises sont une horreur, une honte.
L'analyse est intéressante : on prépare les gens à la prison avec l'école, on ne fait rien pour améliorer les conditions de détention, parce que dans le fond, on espère que la prison constituera une menace assez forte. Mais on ne s'honore pas en ayant les pires prisons d'Europe et on paye ce pari hasardeux, chaque jour et au centuple, dans les quartiers.
Le constat est rude. On ne peut pas nier, cependant, qu'il est assez juste.
Mais il est sombre et sans appel. Certains diront, non sans ironie, qu'il faut donc attendre le grand soir. Coupat ne propose pas de solution. Il met en garde seulement : il fait partie des gouttes d'eau qui finiront par faire déborder un vase...
CC

