Donneurs d'ordre vs sous-traitant.
Imaginez que vous êtes Monsieur Donneur d'ordre et que vous allez faire vos courses dans un supermarché qui s'appelle "Sous Traitant". Vous achetez vos fraises et votre farine, dans le but de faire des tartes que le monde entier s'arrache.
Lorsque vous passez à la caisse, vous regardez la caissière avec un sourire - pas forcément aimable - et vous dites : "Je paierai dans trois mois."
C'est imagé, mais ça permet de comprendre ce qui se passe souvent entre les grosses entreprises et les PME qui sont leurs sous-traitants.
C'est le problème des délais de paiement.
Replaçons cela dans son contexte : "La France compte 3,2 millions de PME, soit 99,9% des entreprises
(chiffres 2010). Elles représentent 52% de l'emploi salarié. Elles
réalisent 38% du chiffre d'affaires, 49% de la valeur ajoutée et 43% de
l'investissement."
Les PME sont donc une belle part de notre économie et les délais de paiement des grosses entreprises, leurs donneurs d'ordre, les mettent parfois en danger.
Une législation existe, mais elle est floue et difficile à appliquer, car elle nécessite qu'une alerte soit donnée par les sous-traitants en cas de non respect des délais. Difficile, pour une petite boîte, d'engager des procédures contre la boîte qui a le droit de vie et de mort sur elle. Pour résumer.
Alors le sénateur Martial Bourquin a été chargé d'une mission par le premier ministre, pour moderniser cela. Après un petit tour des pratiques européennes en la matière, il se rend vite compte que c'est un problème de manque de rigueur : à chaque fois que le législateur a mis son nez dans ces histoires de paiement, les choses se sont améliorées : c'est ce qui se passa en 2002, sous Jospin...mais le naturel revient au galop et les liens entre donneurs d'ordre et sous-traitant se détériorent...et cela est dommageable pour l'emploi.
Il faut donc une intervention plus ferme et plus systématique des commissaires aux comptes et de la DGCCRF.
Rendez-vous compte : alors qu'on estime que les retards dans les délais de paiement occasionnent une perte de trésorerie de 10 milliards pour les PME, seulement 10 alertes ont été données depuis 2008. L'intervention et la médiation de l’État sont donc indispensables. Il faut aussi mettre en place des contrats très précis dans chaque filière industrielles, tel que cela se pratique en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Et il va sans dire que pour être un bon médiateur, l'Etat doit aussi montrer l'exemple, en étant un donneur d'ordre qui paie dans les temps : pour l'instant, le délai est de 22 jours, mais Pierre Moscovici a annoncé que ce délai pourrait passer à moins de 20 jours.
Le rapport de Martial Bourquin formule 17 propositions concrètes et ce soir, il les présentait avec Pierre Moscovici et Pierre Pelouzet qui est justement le médiateur des relations inter-entreprises, au coeur du problème...
Voilà un bon exemple du travail du gouvernement au service de l'emploi. Dommage que la médiatisation ne suive pas et qu'on ait parfois l'impression que le gouvernement ne fait rien...
CC
En langage familier d’aujourd’hui, cela s’appelle un foutage de gueule. Rien de moins. Mais comme on est à la radio et sur le service public, on dira qu’avec Peugeot, le monde est plus beau, qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Se donner bonne conscience et sauvegarder les apparences alors que vous vous apprêtez à enfumer tout le monde ?
Leçon numéro 1 : vous préparez un énorme plan de suppressions d’emplois, en affirmant qu’il concerne vos usines dans toute l’Europe, puisque la situation de vos ventes est mauvaise… Un plan européen, donc. Pourtant, 5 000 des 6000 emplois qui disparaîtront concernent un seul pays. En l’occurrence le vôtre, la France. 5 sur 6 000… ça nous fait grosso-modo du 85% pour votre personnel d’un seul pays… A’ part ça, il est européen, votre plan.
Leçon numéro 2 : c’est le coup de génie de vos communicants. Vous claironnez qu’il ne s’agit pas de suppression d’emplois, mais bien de suppressions de postes. La preuve martelez-vous : « il n’y aura ni licenciement sec, ni plan de départ volontaire ». Voilà qui est très rassurant. Le commun des mortels comprendra qu’il s’agit simplement pour vous de ne pas remplacer des départs à la retraite. Ainsi, vous n’apparaitrez pas comme un vilain pas beau patron qui se verrait accuser de mettre des familles sur le carreaux alors que ses actionnaires, membres d’une même famille eux-aussi, accessoirement, empocheront de confortables dividendes… Au contraire. Avec ces soi-disant suppressions de poste, vous faites valider, sans un commentaire de travers, le non-renouvellement des contrats de 2500 « prestataires », prévu par votre plan… Prestataires ? Des ingénieurs et techniciens « loués », à des sociétés spécialisées, pour faire dans vos usines le travail de vrais salariés. Jadis on louait des bras, aujourd’hui on loue des cerveaux. Ils ont la couleur d’un salarié, le bureau d’un salarié, la longévité d’un salarié, près de 20 ans d’ancienneté à votre service pour certains, mais ce ne sont pas des salariés. Bien pratique au moment de mettre fin à leurs contrats. Indolore, inodore, invisible… Enfin, ça dépend de quel côté de la barrière on se trouve.
Leçon numéro 3 : tout en pleurant sur le marché qui se contracte et vos carnets de commandes faméliques, délocalisez vers la Chine (variante, le Brésil) votre activité recherche et développement et créez des emplois dans ce pays. Lequel ne se contentera pas d’élaborer vos produits pour le marché intérieur chinois, voire le marché asiatique au sens large, mais planchera également sur les modèles commercialisés demain… en Europe ! Vous savez ce continent sur lequel vous supprimez des emplois parce qu’on ne vous y achète plus vos voitures !!! En Chine, vous en êtes à projeter l’ouverture d’une quatrième usine. Celle qui produira un prochain modèle haut de gamme, que vous entendez bien produire là-bas, à près de 200 000 exemplaires par an. Hmmm, ça en fait des emplois ! Et dire qu’en 2008, l’état français vous prêtait des milliards d’euros pour vous sauver de la déconfiture !!
Voilà, le tour est joué. Vous pouvez délocaliser tranquille, sans volée de bois vert assenée par le gouvernement et malgré les cris à peine audibles de salariés syndiqués indignés. En prime, vous voilà en bonne voie pour redorer votre image auprès des agences de notation. Ni vu ni connu, j’t’embrouille !
Le Billet d'Audrey Pulvar, France Inter le 16/11/2011








