...ou comment je contribue bêtement à la diminution du travail et donc des postes de profs d'art plastiques et de musique dans le secondaire...Un vrai massacre...
Il faut dire que ces profs ont déjà un rôle de 5ème roue du chariot bringuebalant de l'éducation nationale : une heure par semaine et par classe de musique et d'arts plastiques...Que dis-je, une heure ? En 55 minutes...Et cela, sans même enlever le temps d'installation des élèves, le temps de retirer les manteaux, de sortir les affaires et de s'asseoir...Autant dire qu'il ne reste pas grand chose pour balayer 5 siècles d'histoire de la musique, pour chanter, pour aborder le solfège ou pour dessiner, peindre un peu, aborder les différents courants artistiques depuis le Moyen-Âge...
Bref, les profs sont déjà les rois de la frustration et du bidouillage pour en faire un maximum dans un minimum de temps...Réjouissons-nous, alors ! Depuis cette année (de manière expérimentale, mais bien réelle, pourtant), tous les profs de plusieurs matières sont invités à faire de l'histoire des arts dans leurs cours. Sans pourtant avoir plus d'heures avec les élèves pour le faire et sans qu'on ait allégé le programme par ailleurs...Sans rémunérer plus les enseignants non plus, d'ailleurs.
Faudrait pas déconner et se mettre vraiment à travailler plus pour gagner plus...Les troisièmes auront même la possibilité de passer une épreuve orale optionnelle au brevet.
Dans mon collège, tous les élèves ont été inscrits d'office et finalement, après que les profs ont râlé un peu, les élèves ont pu choisir de garder ou non cette option.
Au résultat, 20 élèves passeront finalement cette option assez ambitieuse si l'on en croit le
programme officiel.
On ne sait pas ce qu'ils passeront, puisque l'organisation est à la charge des profs, qui ne sont pas rémunérés non plus pour ça. Un oral d'un quart d'heure est vaguement préconisé...Sur quoi ? A nous de le dire. Cela devra porter sur de l'art, être transversal, entre les matières participantes...L'histoire, le français, les langues, la musique et l'art plastique...
Comme ultime bravade, peut-être, nous avons choisi l'art et la guerre, l'art et la résistance, l'art contre le pouvoir...Cette mise en abîme changera-t-elle quelque chose ? Non...
Deux problèmes : je ne suis pas tellement spécialiste pour analyser des tableaux, des œuvres musicales, des films ou des œuvres architecturales. Je ne pense pas qu'une prof d'histoire le soit particulièrement à l'aise pour ça aussi.
Nous ne sommes pas formés pour cela. Seulement, c'est désormais au programme. On connaît la ruse dont les politiques savent faire preuve quand il s'agit de supprimer des postes. En voilà encore un exemple : petit à petit on jugera que les profs de français et d'histoire, qui font pour pas un centime de plus de l'histoire de l'art, valent bien les profs de musique et d'art qu'il faut payer à temps plein...
Et l'art, à quoi bon ? Suis-je complice de cela, en acceptant d'appliquer les programmes ? En mettant en place cela, sur mon temps libre, en plus...Je suis surtout une bonne poire, non ? J'y ai passé tout l'après-midi alors que je suis chez moi, d'habitude...Sachant que j'ai trois tonnes de copies à corriger, je m'en serais bien passé...
Bref...Attendez-vous à savoir que les profs d'art sont en voie de disparition, en échange de profs à tout faire, spécialistes avant tout en animations en tout genre, en gardiennage d'enfants et en punching-ball...CC