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12 février 2013

Le diable, les détails et les rythmes scolaires

Au premier abord, une demi-journée de plus de travail sans être payé plus et une pause méridienne interminable, je ne trouve pas que ce soit une bonne idée.

D'un point de vue pratique, je travaille le mercredi matin et je ne trouve pas que ce soit une contrainte. J'aime beaucoup cette matinée, d'ailleurs, je trouve que les élèves sont détendus car ils savent qu'ils pourront se reposer ou jouer et pour certains, qu'ils iront faire de la musique ou du foot, l'après-midi.

D'un point de vue pratique, je déteste manger à la cantine et avoir trois heures pour se cuisiner des petits plats, pourquoi pas...

Malgré cela, c'est vraiment ce point qui m'inquiète parce que je pense à l'organisation des familles. J'ai un peu l'impression que l'organisation des horaires de l'école se heurte toujours à cette putain de question : "Mais bon sang, pourquoi est-ce que les femmes travaillent au lieu de rester à la maison pour s'occuper des gosses ? Tout serait tellement plus simple..."

Je me fais l'avocate du diable. 

Il y a une deuxième question, aussi, à laquelle on se heurte inévitablement : "Mais comment faire pour satisfaire tout le monde et son père ainsi que les lobbies du tourisme ?"

La réponse du ministre est assez simple et me semble belle : il dit qu'il faut d'abord satisfaire les élèves. Et il paraît que les élèves ont besoin d'une pause méridienne longue. Je ne suis pas chronobiologiste. Mais je ne suis pas sûre qu'après s'être (au choix, rayez les mentions inutiles) ennuyé, abruti devant la télé, excité dans la neige, après avoir mal mangé en 5 minutes, après avoir été livré à lui-même dans la rue ou dans un appartement, l'élève moyen soit vraiment au top quand il revient en classe.

On verra à l'usage, bien sûr. Mais évidemment, si les mamans étaient là pour faire à manger, pour chouchouter les enfants et leur faire faire quelques activités sympa, ça serait sans doute top. Elles n'ont qu'à être professeur des écoles, après tout.

Et ne parlons pas des élèves qui seront pris en charge par le périscolaire. Ils auront couru dans la cour pendant deux heures, mal mangé à la cantine, ils se seront battus, ils auront hurlé dans une salle d'étude surchauffée, surveillés par des étudiants sous-payés et débordés. Enfin, je ne sais pas.

Je me fais l'avocate du diable, j'ai dit. 

CC
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3 septembre 2012

C'était la rentrée

Pour l'instant, il n'y a pas tellement de nouveautés, pour cette rentrée 2012. Les professeurs sont toujours exploités pour pas cher, ils courent toujours d'un établissement à l'autre sans pouvoir faire correctement leur travail : par exemple, demain, un des professeurs principaux de 6ème ne pourra pas être là toute la journée pour accueillir sa classe comme il se doit, parce qu'il devra être dans son autre établissement l'après-midi. Idéal.

On a toujours autant de missions qui semblent sortir complétement du rôle de l'école : l'ASSR, le BSR, le brevet de secourisme, le PDMF, le B2i...Et tout ces sigles barbares qui nous éloignent chaque jour de l'essentiel : savoir lire, écrire et compter correctement.

Malgré tout cela, quelque chose a changé et pas des moindres : la manière dont notre ministre et notre président nous parlent. Du respect et de la bienveillance. Cela n'a l'air de rien, mais croyez-moi, après dix ans de mépris et de dénigrement, ça fait du bien.

Une chose aussi : l'impression qu'on nous a écouté. Ce matin, Vincent Peillon a dit une chose qui m'est allée droit au cœur : "Les enseignants ne réclament pas plus d'argent, si on les écoute bien. Ce qu'ils veulent, c'est plus de temps pour travailler ensemble, pour se concerter." Et c'est vrai. C'est ce que JE demande, depuis que je suis dans l'enseignement : du temps pour travailler en équipe, pour mettre en place des stratégie commune, pour élaborer une action éducative logique, cohérente...

C'est le coeur du problème et c'est la première fois que j'entends un ministre le dire. Il va maintenant falloir faire ce qu'il faut.

D'ailleurs, pour en revenir à mon collègue qui sera partagé entre deux rentrées, demain, je suis sûre qu'il serait d'accord avec moi...

CC
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13 juin 2012

Enseignement : Patrick Picard.

Aujourd'hui, j'ai assisté à une conférence de Patrick Picard. C'est un ancien instituteur qui travaille désormais sur des thèmes de recherche, qui aide les enseignants à progresser en analysant leur pratique, en prenant du recul sur les gestes du métier.

C'est un chercheur - même s'il n'aime pas le terme -  qui n'arrive pas en détenteur dictatorial d'un savoir absolu. Il part du principe que le travail réel est différent du travail théorique, structurellement.

Cette présentation ne peut que plaire aux professeurs qui sont trop souvent considérés comme des imbéciles par les pédagogues : "Laissez-nous vous dire ce qui ne va pas, nous avons les solutions." C'est ce que j'ai vécu, souvent, sur les bancs de l'IUFM.

Son propos est aussi de reconnaître notre posture professionnelle. Il considère le métier d'enseignant comme un véritable métier, justement, avec des savoir-faire, des gestes professionnel. 

C'est important, parce que socialement, le métier et son vocabulaire sont connotés (et politiques, si je puis ajouter...) : les idées reçues sur le métier sont légion et tout le monde se sent le droit de donner son avis. Par exemple, tout le monde pense que "le niveau baisse". Objectivement, c'est faux : les exigences, les savoirs ont augmenté sans commune mesure depuis les années soixante. Et dans cette époque bénie des réacs, il n'y avait guère qu'un élève sur deux qui obtenait le brevet. Aujourd'hui, en Franche-Comté, par exemple, il n'y a plus que 10% d'une classe d'âge qui a des difficultés de compréhension de l'écrit, selon les statistiques des JAPD.

La conférence de ce matin portait plus spécifiquement sur l'enseignement en milieu défavorisé. 

Le constat est fait, depuis une dizaine d'année que ce n'est pas parce que les enfants vont plus longtemps à l'école qu'ils réussissent mieux.

Il y a plusieurs raisons à cela : le contexte familial, extérieur à l'école, bien sûr, mais aussi l'école elle-même. Une des difficultés pour les élèves issus de classes populaires sont confrontés à des implicites, des savoirs scolaires qu'ils ne sont pas capables de comprendre et que l'on ne leur explique jamais.

Il convient donc de se demander comment mettre en place de l'aide et cela implique forcément des tensions, des controverses : comment concilier, par exemple, les objectifs sociaux et les objectifs scolaires ou comment individualiser et "faire classe"...Doit-on transmettre des compétences ou des connaissances ?

Les enseignants, face à ces tensions, se retrouvent souvent isolés.

C'est pour cela que Patrick Picard était là, ce matin : pour mettre en place des groupes de travail, autour de thèmes qui nous intéressent, car "c'est à plusieurs qu'on apprend à faire seul", comme le dit Yves Clot.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi découvrir le site Néopass@ction.

CC
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30 mai 2012

Livret personnel de compétences

C'est le LPC.
Une loi est passée : tous les élèves de CM2 doivent valider le palier 2 et tous les élèves de troisième doivent valider le palier 3.

C'est une loi. Ils doivent valider. 

Donc, les états d'âme des professeurs sont superflues. Il se peut que vous pensiez des choses du genre : "Ah, mais non, Kévin, on ne peut pas dire qu'il sait orthographier un texte de 10 lignes de manière correcte. Il sait tout juste écrire son prénom en capitales." Vous avez le droit de le penser. Mais vous devez quand même valider la compétence. C'est la loi.

Alors pour se donner bonne conscience, on multiplie les PPRE, les aides, les tutorats, les rendez-vous chez l'orthophoniste. Mais quand ça veut pas, ça veut pas. Pour se donner bonne conscience, on se réunit, on discute pendant des heures sur le cas de Kévin. Mais voilà, Kévin n'arrive toujours pas à écrire son blaze comme il faut. Il faut dire qu'avec un blaze pareil...

Non, sincèrement, on ne peut pas valider : c'est une farce !

On en parle, on débat, entre enseignants. Et puis le principal du collège déboule et finalement, on coche la case. On valide. C'est la loi. Nul ne peut ignorer la loi.

CC
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13 avril 2012

L'éducation n'est plus nationale

Maintenant. Le plus vite possible !
Ce soir, j'aurais assez aimé écrire quelque chose de léger sur mon blog : nous sommes vendredi, nous sommes en week-end.

Et puis une amie m'envoie un article paru dans Le Monde d'hier qui montre que l'éducation nationale accentue gravement les inégalités scolaires, en n'étant pas équitable dans la distribution des moyens. Cela relate les conclusions d'un rapport d'observations provisoires de la Cour des comptes.

L'éducation n'est plus tout à fait nationale.

Concrètement, n donne plus à l'académie de Paris qu'à celle de Créteil, alors que la première gagne bien moins d'élèves que la seconde : "Pour la rentrée 2011, Créteil, qui gagnait 3 836 élèves dans le second degré, a perdu 426 postes, quand l'académie de Paris, qui gagnait, elle, 1 000 élèves, a obtenu 20 emplois de plus."

L'égalité des chances est un vain mot. Nous le savons bien, dans l'académie de Besançon, puisque l'année dernière, le recteur a touché une belle prime pour avoir supprimé beaucoup de postes et fermé des écoles.  

En résumé, "les calculs se font toujours par rapport aux moyens dont dispose déjà une académie. S'y ajoutent deux principes, selon la Cour : plus une académie est grande, plus elle est ponctionnée en période de récupération de postes. Et plus son tour arrive tard dans le dialogue de gestion entre le ministère et les académies, moins il reste de postes de profs à distribuer. Dommage pour Créteil et Versailles qui couvrent la banlieue parisienne et ses quartiers difficiles mais répondent à ces deux critères !"

On peut alors se plaindre des banlieues, on peut stigmatiser les pauvres qui y vivent, on peut faire une campagne électorale sur les thèmes de l'extrême droite : les enfants pauvres sont aussi les moins bien lotis à l'école. L’État ne se donne pas les moyens de donner une bonne éducation aux pauvres.

François Hollande veut remettre l'éducation au cœur de l'action publique (engagements 36 à 40). Je l'espère...

CC
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27 septembre 2011

En grève, encore

Et plus que jamais, en grève. Pour l'école.

Voilà une énième rentrée chaotique durant laquelle, le ministre, les recteurs, les inspecteurs, tous en chœur ont répété à l'envi depuis le 25 août jusqu'à aujourd'hui que "Tout s'est très bien passé". Comme pour s'en convaincre, couarde méthode Coué qui ne convainc plus personne...

"La rentrée s'est bien passée." Si vous avez des enfants, évidemment, vous savez : non, ça ne s'est pas bien passé. Le grand, qui rentre en 4ème n'a toujours pas de prof d'allemand, le petit, en CP a 33 copains pour apprendre à lire. Les 33 copains, avant de venir ont tous mangé du nutella, en regardant Bob l'éponge et ressemblent à des petits greemlins surexcités et lobotomisés. La maîtresse, alors que nous entamons la troisième semaine de septembre, a fini ses stocks de lexomil et sera absente, durant le reste du trimestre, pour cause de burn-out.

"La rentrée s'est bien passée". Si vous avez des petits-enfants, vous savez que c'est faux. Vos petits enfants rentrent le soir avec la migraine. Pour sa rentrée en 6ème, votre petite Camillounette a découvert qu'elle était dans une classe à horaires modifiés : son emploi du temps va changer 4 fois dans l'année. A la lecture de son emploi du temps, pour tenter de lui expliquer, vous attrapez vous aussi une migraine d'enfer.

"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes élève, vous savez que c'est faux. Vous ne comprenez rien en maths, mais le prof ne connaît pas votre nom. Vous êtes en première S et cela commence à vous stresser un peu. Forcément, dans la classe, vous êtes 36. A la rentrée, il manquait même des chaises dans les salles. Il y a de l'aide personnalisée, soi-disant. Mais vous avez déjà cours 7 ou 8 heures par jour. Et d'ailleurs, l'aide personnalisée représente 1/4 d'heure par élève et par an. Pour comprendre les équations à plusieurs inconnues, ça va être chaud...


"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes stagiaire, que vous avez eu votre concours l'année dernière, vous savez bien que c'est des conneries : vous avez tout foiré, depuis le début, avec toutes vos classes. Vos 18 heures par semaine vont être un enfer. Vous ne savez pas préparer un cours, vous y passez vos nuits et pourtant, quand vous êtes devant les 32 4èmes rugissants et boutonneux, ça ne rend rien. Vous prenez conscience que votre métier n'en est pas un, puisque on est censé le maîtriser sans l'apprendre...

"La rentrée s'est bien passée". Même si tu es principal, tu as remarqué qu'on te racontait des conneries.


"La rentrée s'est bien passée". Si vous êtes prof, vous savez que c'est faux. Moi, par exemple, je travaille dans des préfabriqués, depuis la rentrée. Jusqu'en 2013, normalement. Ma salle n'est pas équipée, le sol tremble, il fait très froid le matin et trop chaud dès que le soleil se pointe, on ne peut pas ouvrir les portes et les fenêtres parce que ça fait des courants d'air et ça fait du bruit. Le bruit, de toute façon, on ne peut pas y couper : le moindre claquement de classeur résonne, le moindre cliquettement de stylo est une explosion. Au bout de 5 heures de cours dans ces "cabanes" (ce sont les élèves qui les appellent comme ça), j'ai la tête comme une pendule. C'est un détail. Mais c'est ma réalité.

La rentrée ne s'est pas bien passée. Et demain, on te dira, ministre, recteurs et inspecteurs, tous en chœur et à l'envi, que la grève a été peu suivie.

CC
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13 septembre 2011

Les profs, ces privilégiés...

Les enseignants français sont payés à coup de lance-pierres. C'est l'OCDE qui le dit. Par rapport aux enseignants des pays Européens, un enseignant du primaire touche environ 3000 dollars de moins par an.

Ce n'est pas nouveau. Mais d'habitude, les enseignants français préfèrent axer leurs revendications sur les manques de moyens pour les élèves : les suppressions de postes, le manque d'heures pour fonctionner, les fermetures de classes, les effectifs trop lourds.

Les professeurs français sont pris d'une sorte de modestie : ils se sentent privilégiés par rapport au reste de la société. Ils côtoient souvent toute la misère du monde à travers leurs élèves, alors, ils n'osent pas se plaindre.

Souvent, au plus profond d'eux-même, ils se disent : "Oui, j'ai un bac plus cinq, oui, j'ai des amis qui étaient à la fac avec moi, qui bossent dans le privé et qui gagnent le double que moi, mais bon, j'ai la sécurité de l'emploi et de nos jours, ne pas être au chômage, c'est déjà beaucoup. Et puis je ne suis pas à plaindre, il y a pire que moi...En plus, il y a d'autres priorités."



En fait, les professeurs n'ont pas tort. Mais ils n'ont pas totalement raison non plus. Des professeurs au rabais, ce n'est pas l'idéal. Cela ajoute des soucis à un métier qui est déjà stressant. Cela décrédibilise toute une profession que l'on a déjà l'habitude de brocarder facilement...

Les enseignants vivant à Paris tirent la langue plus que les autres : ils ne peuvent plus se loger. J'ai une amie institutrice qui gagne moins aujourd'hui qu'il y a 2 ans. Les cotisations retraites ainsi que les complémentaires santé ont augmenté. Et la vie est largement plus chère.

Moi-même, depuis quelques mois, je rame aux alentours du 20...

Pourtant, je ne suis pas sûre que l'on fasse beaucoup pleurer dans les chaumières avec ça...Il y a une grève le 27, mais je pense qu'une fois de plus, les revendications ne seront pas autour de ce thème bassement matériel...

CC


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6 septembre 2011

Primaires, collèges, lycées...

J'ai reçu hier la lettre de Hollande pour l'éducation. C'est la rentrée. On parle de l'école, comme chaque année, une fois par an. Ensuite, on râle quand il y a des grèves, mais on explique surtout pas pourquoi.

J'ai lu, chez Eric, la lettre d'Aubry, sur l'éducation.

J'ai lu, chez l'Hérétique, quelques explications des idées de Montebourg, sur l'éducation.

J'ai écouté Ségolène Royal, à l'Université d’Été du PS, à la Rochelle, sur l'éducation.

Ce sera déjà pas mal, pour un début. On pourrait croire que le PS, grand parti des professeurs, va proposer des choses concrètes pour faire bouger les lignes, pour se démarquer du bilan déplorable de la droite au pouvoir depuis...2002, pour essayer de donner envie à cette catégorie de la population qui a de plus en plus envie de ne pas aller voter.

La lettre sur l'éducation de François Hollande, c'est du blabla creux. Il s'en dégage deux axes : "temps et rythmes scolaires, et revalorisation et redéfinition des missions et des conditions du métier d'enseignant."

Deux choses un peu accessoires, un peu à côté, mais deux choses susceptibles de faire la une de l'Express ou du Nouvel Obs. En plus, Hollande ne propose pas des choses concrètes : il ne dit pas, on va revenir à une semaine de 5 jours à l'école primaire. Il dit juste qu'on va en parler. Et parler des rythmes scolaires, on sait bien que ça aboutit toujours à un consensus mou avec les lobbies du tourisme. Vide et creux. Surtout que Sarko a fait ça pendant 5 ans : faire des consultations, des concertations, des discussions. Et cela ne sert à rien.

L'éducation a besoin de quelqu'un qui prend les choses en main. 

Martine Aubry propose des choses concrètes. Des petites choses, à la marge. Rien de révolutionnaire, mais un bon début : fin des suppressions de postes, retour de la formation professionnelle, fin des 4 jours au primaire, création d'un nouveau métier d'encadrement pour assurer la sécurité dans les établissements. Un sur gé ? Pour le reste, du vague dans du flou, plein de bonnes intentions, mais rien de tangible. Mettre plus de profs dans les milieux sensibles. C'est déjà un peu le cas, avec les RAR et les ECLAIR. Mais souvent, il manque une donnée essentielle pour que ça marche : le temps.



Ségolène Royal, elle aussi propose quelques petites choses : là encore, rien de mirobolant, mais des idées à prendre. Retour de la formation professionnelle, arrêt des suppressions de postes, mise en place d'un système de cours de soutien, donnés par des étudiants, en échange d'une valorisation dans le cursus ou dans le CV, gratuit pour les parents. (La mort d'Acamerdia ? Je vote pour des deux mains !). Elle parle aussi du "sur gé" et de mettre deux adultes dans les classes à problème (mais là, il faut du temps de concertation, pour que ce soit efficace...)

Arnaud Montebourg, qui a un projet bien fourni sur le sujet, met en avant le latin, prône plus de simplicité dans l'organisation du système scolaire et parle aussi des rythmes scolaires et de carte scolaire, ce qui ne mange pas de pain. Un projet de gauche, qui parle beaucoup d'égalité, ce qui est mal perçu par la droite, puisque derrière le mot égalité, elle a tendance à lire nivellement par le bas, ce qui n'est pas l'idée principale, me semble-t-il. Et le livret de compétence, qui pour le coup, est un réel nivellement par le bas, nous est bien imposé par la droite...

Bref...Des idées à prendre un peu partout, mais des mesures de surface.

L'expérience me pousse à vouloir des changements plus profond. 

Je suis professeur dans un collège ZEP, puis RAR, puis ECLAIR, depuis plus de 5 ans. L'établissement fait partie des quelques centaines que l'on considère comme les plus difficiles, puisqu'on lui attribue des moyens supplémentaires. Ces moyens supplémentaires sont utiles. Ils sont la preuve que c'est une des clés du problèmes. Mais les établissements dans le genre du mien sont de plus en plus rares et malgré les résultats scolaires un peu moins mauvais et la violence en nette diminution, nous manquons d'un levier essentiel pour que les choses aillent encore mieux : du temps.

C'est pour cela que même si cela peut paraître fou à la plupart de mes collègues, je pense que l'idée soulevée par Ségolène Royal en 2007, sur le temps de travail et les 35h sur le lieu de travail, n'était pas une mauvaise idée, au moins pour le collège.

Ce qui manque aux profs pour avancer vraiment, pour faire du bon boulot, ce n'est pas forcément grand chose : c'est surtout du temps. 35h dans l'établissement ce serait avant tout du temps pour bosser en équipe. En se mettant au diapason de la société, c'est à dire, en faisant 35h comme tout le monde de manière visible, les enseignants travailleraient, en fait, moins mais plus efficacement : si on sortait du collège en ayant préparé nos cours, en commun, en équipe, si on avait préparé les évaluations, si on avait fait nos corrections sur place, on n'y serait pas encore à 23h, chez nous, tout seul, isolé et dépressif.

Cela, ce serait vraiment une proposition révolutionnaire. Cela rendrait le prof moins bouc émissaire de la société, en plus.

Mais il faut prendre conscience que cela représente un investissement énorme de l'Etat : pour l'instant, l’Éducation Nationale est incapable de fournir les locaux et le matériel pour que l'on travaille sur place...

CC
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5 septembre 2011

En moyenne, ceux qui votent, ce sont les vieux

Aujourd'hui, c'est la rentrée des élèves.

On entend alors parler de classes surchargées.

Le ministre de l’Éducation Nationale est venu nous expliquer l'autre matin que selon les moyennes de ses propres chiffres, il y avait un adulte pour 25 élèves dans notre beau système éducatif, presque aussi beau que celui de la Grèce, le dernier d'Europe.


Luc Chatel par franceinter
 
En effet, Luc Chatel prend le chiffre total de tous les adultes travaillant pour le ministère, on ne sait même pas s'il retranche les chefs d'établissement, les secrétaires du rectorat, les inspecteurs d'académie, les surveillants, les femmes de ménage et les cuistos de la cantine, et il divise ce chiffre par le nombre d'élèves. Un chiffre d'élèves qui, d'ailleurs, n'est pas le même à chaque fois. Et cela fait une division de patates et de carottes, une moyenne improbable de 25 élèves par classe. J'exagère à peine, tellement c'est gros...

Soit.

En fait, la France a le taux d'encadrement scolaire le plus faible de l'OCDE.

Le nombre d'enseignants pour 100 élèves-étudiants est de seulement 6,1, selon le Centre d'analyse stratégique. La proportion de professeurs en primaire et à l'université est insuffisante.

La France a le taux d'encadrement (nombre d'enseignants pour 100 élèves-étudiants) le plus faible de l'OCDE, selon la note de synthèse «Tendances de l'emploi public» de février 2011 du Centre d'analyse stratégique (CAS).

Mais de toute façon, on s'en fout. Comme je vous le suggérais dans mon dernier billet, Luc Chatel ne s'adresse pas aux parents d'élèves qui ne votent pas, pour leur majorité, faisant partie de la tranche des 25-45 ans qui ne croient plus à la politique. Il ne s'adresse pas non plus aux profs, qui sont de gauche, par tradition, voire au Modem, par embourgeoisement. Il ne s'adresse évidemment pas aux élèves, dont il n'a que faire.

Il s'adresse aux vieux qui sont bien les derniers à voter et, le plus souvent, à voter à droite. Par conséquent, pour les vieux, 25 ou 30 élèves par classe, ça n'a pas d'importance. D'abord, parce qu'ils se foutent de l'éducation comme de leur premier dentier. Mais aussi parce que de leur temps, quand ils étaient jeunes, pour passer le certif, ils n'étaient pas 30, ni même 35 par classe. Ils étaient 40 ou 45 et tout filait droit, je peux vous le dire.

Si vous croisez la dame avec son petit chien, dans l'ascenseur, ou le petit Monsieur avec sa canne, entre la pluie et le beau temps, glissez leur un mot de tout ça, vous verrez..."De mon temps, ça marchait, même avec 45 élèves par classe. L'instituteur savait nous faire filer. Et finalement, on arrivait bien à avoir son certif." Ou pas. Parce que l'école s'arrêtait à 12 ou à 14 ans et que tout le monde ne présentait pas son certif. En plus, il y avait du travail, et ça n'avait pas beaucoup d'importance.

CC

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1 septembre 2011

Briser le continuum espace-temps avec Luc Chatel

Remoraliser l'école. Démoraliser les profs.

Pour donner le change aux réacs à poils durs, probablement, Luc Chatel a décidé de mettre sur le devant de la scène son gadget de rentrée. J'ai nommé : le retour de la morale à l'école.

Cette une carte postale. C'est un cliché. Que dis-je, c'est un cliché ? C'est une image d'Epinal.

Fermez les yeux, un instant. Transportez-vous au cœur de la troisième République. Là. Vous-y êtes ? C'est une école, avec des bancs patinés par le temps et les derrières de nos chères têtes blondes, qui sent bon la craie et le feu de bois. Oui, à cette époque-là, les écoles étaient chauffées au bois et les élèves allaient, dans la neige, avec leurs sabots et leurs culottes courtes, chercher des bûches pour le maître, qui n'hésitait pas à donner de la baguette quand les bambins n'allaient pas assez vite.

Vous vous représentez bien la chose ? Oui. Je sais. Cela vous évoque soudain les images des deux films remake de la Guerre des Boutons qui vont sortir. Ou les Choristes. C'est la même époque.

Eh bien, voilà l'école que nous vend Luc, pour ce mois de septembre qui risque d'offrir une belle arrière saison, tellement qu'on l'appellera "été indien", tellement qu'on cueillera des champignons et qu'on regardera l'or du soir tomber doucement sur la cime des arbres...

Ne négligeons pas le pouvoir politique du cliché.

Donc, l'instituteur, redevenu maître à blouse grise, voire "fier et zélé hussard noir de la République", va, chaque jour, prendre sa craie et tracer de sa main sûre, dans une belle écriture faite de pleins et de déliés, une morale qu'il discutera devant les élèves ébahis.

Et puis ensuite, la réalité reviendra, le professeur des écoles devra évaluer les compétences concernant le B2i et l'ASSR, le niveau A1, le socle commun de compétences, l'HDA, il devra maîtriser le TBI et le logiciel élève, la théorie du genre, (ou pas), il devra faire toujours plus de suivi individuel avec toujours plus d'élèves et toujours moins de collègues. Il devra, accessoirement, être le directeur de son école, contacter les parents, être joignable par eux et par le rectorat 7/7, 24/24, comme le MacDo, par portable et par mail.

L'espace d'un instant, il aura pris la Delorean du Doc pour se retrouver en 1932. Pas sûr qu'il y ait de la place pour les élèves.

Étonnante communication de rentrée, chaque année renouvelée...

CC
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22 janvier 2011

Au service du public...

"A l'occasion de la présentation de ses vœux à la presse, lundi 17 janvier, le ministre du budget et de la fonction publique, François Baroin, a confirmé que la politique de non-remplacement d'un départ sur deux dans le secteur public se poursuivrait au rythme de 100 000 départs non remplacés en trois ans."

A quoi bon se faire autant de mal, puisque la fin du monde aura lieu en 2012.

Nous apprenons par ailleurs, qu'un projet de loi prévoit de ne garder des fonctionnaires que dans les fonctions régaliennes que sont la police, la justice et l'armée. Les autres fonctionnaires seraient fortement incités à basculer vers un régime soumis au code du travail privé.

On nous parle de justice sociale, entre le privé et le public, bien sûr.

Jamais on ne se souvient que si on a des statuts spéciaux et protégés dans les domaines de la santé ou de l'éducation, c'est pour que les fonctionnaires s'engagent à rendre service au public, pour qu'ils soient protégés de la précarité et pour qu'ils puissent s'occuper de la précarité des autres, en dehors de toutes notions de bénéfice.

Il est vrai que lorsqu'on s'engage pour éduquer les enfants des autres, il est préférable d'avoir un statut stable, parce que la mission qui nous est confiée est ingrate. Si l'on doit soigner des patients, la problématique est la même...

D'ailleurs, cette réflexion rejoint la problématique soulevée par le nombre croissant de vacataires et de contractuels dans la fonction publique. Comment un prof venant de loin, parachuté dans un établissement scolaire qu'il ne connait pas, pour une durée indéterminée, payé à coup de lance-pierres pendant seulement 10 mois sur 12, ne sachant pas de quoi son avenir sera fait, pourrait-il être vraiment "au service des élèves"...Comment s'investir au service du public dans ces conditions ?

Il y a de quoi être inquiets...

C'est pour cela qu'il faut défendre l'hôpital public, par exemple...

C'est pour cela que les professeurs ont manifesté dans le froid cette après-midi...

CC
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26 octobre 2010

Un examen d'entrée en 6ème

C'est Jean-François Copé qui a eu cette idée géniale.

C'est vrai ça. C'est une idée géniale. A 10 ans, on ferait passer un petit examen aux élèves. S'ils réussissent, ils passent en 6ème.

C'est génial, hein ?

Oui...mais...s'il ne réussissent pas ?

On les fait redoubler ? Ah mais non : le redoublement, ça coûte cher et c'est inefficace, tous les spécialistes le disent.

Cet homme vient du passé, en fait !
Bon, alors, qu'est-ce qu'on en fait ? On fait un collège différent pour eux ? Comme avant 1975. Fini le collège unique. Pourquoi pas ? Mais là encore, ça risque de coûter bonbon. Ce qui coûte cher est mauvais : c'est la crise et c'est la rigueur qui est de rigueur.

Alors ?

On les envoie bosser, comme en Chine ? Ah oui ! ça c'est une solution : on serait enfin compétitif sur le marché mondial.

Non, sérieux...Et si c'était le petit Louis qui ratait son exam. Ou un petit Bettencourt, ou un petit Woerth ou tout autre enfant de riche voué à faire de grandes études quoi qu'il en coûte ? Ça la foutrait mal, quand même. Alors, qu'est-ce qu'on va faire ?

Et bien on va faire un petit exam bidon et on continuera comme avant.

Ah ! Ouf ! Rien ne va vraiment changer, alors !

CC
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5 septembre 2010

Enseignants = toujours en grève ?

Ne pas faire grève, c'est un choix assez étonnant de ma part.

Je ne suis pas d'accord avec la politique du gouvernement en matière d'éducation : les suppressions de postes, la suppression de la carte scolaire, l'absence de formation des nouveaux enseignants, le fait qu'il y ait de plus de en plus d'élèves par classe, que les programmes soient de plus en plus chargés, que l'on multiplie sans cesse les enseignements secondaires (la sécurité routière, l'informatique, les massages cardiaques...) en rognant sur les matières fondamentales...Et j'en passe...

D'un autre côté, j'ai bien l'impression qu'en posant les préavis de grève à ces deux dates, les syndicats ont tout fait pour saboter le mouvement et la contestation.

Je crois que je ne serais pas la seule à ne pas faire grève. Comme je l'ai déjà remarqué à plusieurs reprises, beaucoup d'enseignants, malgré l'épouvantable réputation qu'on leur fait parfois, sont des gens consciencieux. Ils ne laisseront pas leurs classes durant les deux premières vraies journées de classe. Ils savent que ce serait très mal perçu par les élèves, que ce serait un très mauvais signal éducatif.

La négociation des retraites est morte dans l'oeuf. Et d'ailleurs, si l'on pouvait compter sur les syndicats pour être efficaces, ça se saurait...Je crois qu'il est urgent que les profs trouvent d'autres moyens de se faire entendre...

(Image : Patrick Mignard)

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3 juin 2010

L'art de la fuite


On peut croire, si l'on est du genre crédule, voire candide, que Luc Chatel a commis une grosse boulette.

Il aurait laisser fuir un document hyper confidentiel expliquant aux rectorats de la France entière comment supprimer des postes de profs en faisant des classes plus grosses.

C'est pourtant un sujet aussi tabou que le sujet tabou du moment : aussi tabou que la retraite à 60 ans.

Les parents sont crispés sur ce sujet et on peut les comprendre. Dans les collèges non classés ZEP, les classes sont déjà de 30. En ZEP, c'est 25. C'est déjà beaucoup, si l'on considère qu'il faut parvenir à leur apprendre quelque chose, à ces petits.

Ce ne serait que pour faire de la garderie, à la rigueur, ce serait tenable. Mais pour assimiler les règles de l'accord du participe passé, ça devient difficile.

Et pourtant, il y a eu fuite.

On peut remarquer deux choses.

Ces fuites n'ont pas lieu n'importe quand. Nous sommes au mois de juin, l'école est bientôt finie. Les représailles seront diluées dans les exams, bac et brevet. Luc sait que les profs sont doués d'une conscience professionnel et d'un dévouement envers leurs élèves qui les empêcheront de bloquer les examens. Ensuite, évidemment, les vacances étoufferont tout, puisque on ne pourra plus faire grève ou dévaster les rectorats qui seront déserts aussi...

Deuxième chose, c'est une technique éprouvée, que celle du "beaucoup de bruit" pour faire diversion : on fait des annonces, on choque, on fait parler, et pendant ce temps-là, on fait passer en douce d'autres plans, tout aussi épouvantables, mais moins médiatisés.

L'année prochaine, les stagiaires de l'éducation nationale n'auront pas de formation avant de se retrouver à temps plein devant des élèves.
Pauvres élèves...Si en plus, ils sont 32 dans la classe, ils ne vont pas piger grand chose à l'accord du participe passé...

CC
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2 juin 2010

Au Portugal !

Luc Chatel va aller passer ses vacances au Portugal.

Là-bas, il va trouver d'autres idées géniales pour faire des économies. Franchement, un pays ou on arrive à fermer des milliers d'écoles, c'est pas trop un pays de rêve ? Hein, mon Luc ?


C'est à quoi ça lui a servi ?
envoyé par franceinter. - Plus de vidéos fun.

CC
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31 mai 2010

L'Education Nationale dépérit


Tout s'accélère en ce moment, dans l'Education Nationale : fin d'année oblige, on prépare activement la rentrée.

Il y a une semaine, on parlait de sport l'après-midi. C'est déjà un peu du passé. L'annonce a été faite, mais on ne sait pas vraiment comment ce sera mis en place. On en reparlera le jour où on fera un bilan forcément mitigé mais positif.

Aujourd'hui, on ne parle du tout du sort des stagiaires de l'année prochaine. Et à vrai dire, les profs en ont un peu marre de se mobiliser tout le temps, sans retour et de perdre pour rien des journées de salaire...

C'est dommage de ne pas en parler, mais dans le fond, c'est bien compréhensible. Mieux vaut ne pas parler des gros problèmes, ça pourrait faire tache.

Alors voilà : l'année prochaine, les stagiaires seront dès le début d'année devant les élèves avec un plein temps destiné à l'enseignement.

A plein temps devant les élèves, sans formation, donc.

Ils auront un tuteur. Mais, beaucoup de ces tuteurs potentiels se trouvent choqués par le fait qu'ils vont devoir remplacer seul une année de cours et de formation, de soutien et d'aide, qui étaient jusque là prise en charge par l'IUFM.

Alors, ces tuteurs ont été nombreux à refuser.

Faute de mieux, on s'est rabattu sur des jeunes. Je viens de lire, sur un forum que je fréquente souvent, qu'on vient de le proposer à une néo-titulaire. Elle n'est professeur que depuis l'année dernière et va donner des conseils à un petit jeune qui débute... (enfin à un plus jeune qu'elle qui débute encore plus qu'elle...).

Quand on est jeune, on n'ose pas refuser. Et en plus, être tuteur, c'est une petite prime supplémentaire qui n'est pas négligeable. Mais franchement, ce n'est pas très sérieux, ça.

Normal que personne n'en parle dans les médias. Les parents s'inquiéteraient méchamment.

Sinon, dans la série des bonnes nouvelles, on apprend, grâce à mon commentateur vigilant, BA, et à un article du Monde, que pour tenir le train des 15 000 postes supprimés chaque année, on donne des conseils de bon sens, au ministère. Les académies sont priées, dans l'intérêt des élèves et sans que les enseignements soient touchés, de grossir les classes, de ne plus accepter les enfants de deux ans, de ne plus embaucher des tuteurs étrangers pour les langues...

Mais c'est pareil : n'en dites rien, les parents seraient effrayés...

Ou plutôt, si. Dites-le, faites-le savoir, criez votre indignation.

L'Education est entrain de brader définitivement les meubles et les murs...ça fait déjà quelques temps que ce n'est pas brillant et que la barque ne coulent pas parce que les professeurs ont une conscience professionnelle forte. Mais là, ils ne tiendront pas longtemps, à ce rythme-là...

CC
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26 mai 2010

Va y avoir du sport !


Alors voilà : hier, je faisais la fiérote en déclarant que j'étais d'accord avec Luc Chatel, en teintant bien entendu mon propos des réserves et de l'ironie nécessaires, mais je crois bien que le ministre ne comprend pas des masses ces subtilités...

Aujourd'hui, comble de l'horreur, j'apprends que j'en suis : mon collège fait partie de la sélection serrée de 100 établissements heureux qui vont avoir l'année prochaine en leur sein, une classe spéciale "à l'allemande".

Cours théoriques le matin, sport tous les après-midis, pendant au moins deux heures, mercredi compris. Soit 10 heures par semaine.

Découvrez la playlist Va y avoir du sport avec Silmarils


Évidemment, quand le principal a annoncé ça, comme si c'était définitif, on a tout de suite demandé si on aurait un demi poste de prof d'EPS en plus.

Euh...non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, suppressions de postes à la pelle, euh...Un demi poste en plus ? Faut pas rêver !

Bon.

Alors ?

Eh bien, c'est simple ! On fera appel à des associations.

A des précaires, des emplois jeunes, des sous payés plein d'espoir et d'ambition...

Je rappelle qu'on est en ZEP, ambition réussite, zone APV et tout le bazar. Du genre à balancer une bouteille d'eau sur un président de la République, vous voyez le topo...D'ailleurs, dans cette classe, on compte bien mettre les élèves difficiles de 5ème...

Logique : les violents, on va leur faire faire des activités sportives, ça les défoulera.

Ce n'est pas gagné, cette histoire-là...

On voudra faire disparaître petit à petit les profs de sport fonctionnaires que ça ne nous étonnerait guère. Et dans la foulée les profs de musique et ceux d'arts plastiques, parce que les artistes, ce sont des nuisibles...

Et puis un jour, on nous dira, à nous, les profs de français, qui nous croyons protégés, indispensables, dans notre tour d'ivoire, que le français, c'est savoir lire et écrire, que le reste (la littérature, la poésie, le théâtre et toutes ces autres foutaises) c'est du domaine du loisir, de l'activité, de l'extra scolaire.

Le service public deviendra une farce, un club de vacances tenu par des associations bidons. Apprendre ? Quel concept démodé !

Le service public, les plus riches ne voudront plus y mettre leurs enfants.

Alors, l'État fera de belles économies, comme avec nos retraites, comme avec notre santé, comme avec notre justice.

Pleurons.

CC
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25 mai 2010

Je suis d'accord avec Luc Chatel


C'est assez rare pour le signaler.

Je ne demande que cela, depuis que je suis prof : en fin d'année, nous devons émettre des voeux pour nos emplois du temps et chaque année, je demande à ne travailler que le matin. Les élèves sont plus frais, plus concentrés, les températures sont plus agréables en été et en septembre...

Question de rythme...

Chaque année, je me retrouve pourtant avec des 5èmes surexcités en 4ème heure de l'après-midi...On fait avec, on sait bien que nos voeux de fin d'année sont comme le Loto : on joue toujours, mais on ne gagne jamais...

Luc Châtel veut donc maintenant qu'on fasse comme en Allemagne : cours le matin, sport et activités diverses l'après-midi...

Formidable !

Mais avec quel budget, au juste ?

Non, parce que le sport, c'est un gros budget...(Sauf si on fait vaguement du foot, mais toute l'année, ça va être lassant...)

Tiens, au fait ? On ne privatiserait pas le sport ? (Pour commencer...)

Je dis ça, je ne dis rien...

CC

(Image Getty Images)
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19 mai 2010

Dans reconquête, il y a con ?


La dernière rentrée de l'année scolaire, pour mon académie a eu lieu il y a tout juste un mois.

Un mois, c'est le temps qu'il faut, à peu près, pour faire une séquence pédagogique et pour l'évaluer. J'en suis à l'évaluation, justement. Je croule donc sous les copies. Je dois boucler toutes les notes et les enregistrer sur le logiciel adéquate avant le 28 mai.

Après, l'année est terminée.

Pour les notes, du moins.
Depuis Darcos, nous, les Croisés de l'Éducation, nous menons vaillamment la Reconquête du Mois de Juin.

Comme pour tout, dans l'Education Nationale, nous faisons ça avec nos petits bras, mais sans les moyens. Nous reconquérons les élèves réticents qui préféreraient être à la piscine, sans pouvoir les noter.

Combien de fois en un mois, entendrons-nous la rengaine de l'élève blasé qui ne travaille que pour la note ?

"Mais Madame, ça sert à quoi de travailler, puisqu'on a plus de contrôle ? On peut faire des pendus, des jeux, des sorties à Aqualand, des DVD, on peut regarder du catch ? On peut faire des goûter à toutes les heures ? On peut aller sur facebook dans la salle informatique ? On peut mettre le feu au collège ? ..."

J'exagère, mais pas beaucoup.

L'école garderie est donc en expérimentation dans tous les collèges de France à partir du mois de juin. Si ça marche, on pourra étendre ça aux mois suivants...

Cool...Ce n'est pas dans le privé que ça se passerait comme ça !

CC
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6 mai 2010

Violences, marronniers, phallus et Sarkozy


Aujourd'hui, le président a parlé des violences scolaires.

Il n'y connait pas grand chose, en la matière. Il a pourtant un fils en âge d'être au collège...Mais il a l'air gentil et bien éduqué. En plus il a une bonne bouille...A moi, il me fait penser à un animateur télé de mon enfance...Bref...

Il a donc égrené des mesures sécuritaires, une fois de plus.

Oui, parce que trois ans, c'est long : il arrive toujours un temps où l'on se répète, où l'on rabâche, où l'on radote. Et ce temps est venu...

Il serait assez instructif de faire de le décompte du nombre de fois où il nous a parlé de "portails électroniques" et de caméras de surveillance pour les lycées...

Je n'ai pas le temps, ce soir. Mais à la louche, je dirais qu'il en a déjà parlé au mois 5 ou 6 fois. L'idée est une sorte de marronnier, désormais - comme d'autres sujets. Et là, ça tombe bien, les marronniers sont en fleurs. Ils tendent leurs belles grappes coniques vers l'azur, ç'en est presque érotique.

C'est déjà pas mal, si le président nous fait penser aux arbres qui pointent leurs fières fleurs comme des phallus vers le ciel...

CC
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