4 octobre 2026

Chroniquons l'élection, semaine 3, épisode 12 - Lycéens


Le mouvement des lycéens à quelques mois de la présidentielle, c'est un mouvement qui compte. Certains de ceux qui manifestent voteront pour la première fois l'année prochaine. Et puis c'est un sujet qui clive. Ne regardez pas les télés poubelles. Vous y verrez des vieux cons qui ont oublié qu'ils furent jeunes aussi, un jour. 

Je suis passé devant le lycée, cette semaine. J'ai reconnu, parmi les gamins massés là, quelques ados que j'ai eus en classe. Des enfants. Et en face, en rangs serrés, des policiers arnachés de leur équipement anti-émeute, matraques dressées, casques vissés de travers sur le crane, planqués derrière les boucliers. Ils n'avaient pas l'air d'Argonautes. Certains n'avaient pas l'air beaucoup plus vieux que les lycéens sur lesquels ils allaient peut-être devoir taper. 

L'année dernière, dans le lycée du quartier où j'enseigne, il y a déjà eu des émeutes. Les élèves protestaient notamment parce que les toilettes avaient été fermées suite à des dégradations. Les toilettes avaient été fermées. C'est de la maltraitance. Les élèves faisaient 8h-18h dans un lieu où les toilettes étaient interdites d'accès. 

Cette maltraitance n'arrive pas par hasard. Il y a les locaux vieillissant, les plafonds dégueu, les fuites d'eau, les couloirs noircis...Les bâtiments datent des années 60-70. Les rénovations successives ne sont souvent que des emplâtres sur une jambe de bois. Tout tombe un peu en déconfiture. 

Et puis, il y a les salles trop petites pour les classes surchargées. 

Il y a les profs absents qui ne sont pas remplacés, la pression de l'institution qui demande de faire toujours plus avec moi : de meilleurs résultats au bac, de meilleures formations pour accéder au supérieur, de meilleurs performances aux tests PISA. 

La pression est démultipliée : elle pèse sur les épaules des chefs d'établissement, toujours coincés entre les exigences de l'éducation nationale, les désirs de faire carrière, les récriminations des parents d'élèves et des professeurs... et les élèves...? Ils sont parfois la dernière roue du chariot pourri. 

Sous pression, les élèves le sont aussi. Ceux d'entre nous qui se souviennent du lycée en garde peut-être un souvenir ému d'insouciance et de légèreté. Si on travaillait un peu sérieusement, il n'y avait pas beaucoup de chance d'échouer au bac et si on avait un projet professionnel un peu flou (c'était encore possible...) on était assuré d'aller tranquillement à la fac ensuite. Le pire était l'embarras du choix entre la psycho et la socio...Ou presque...

Non ? 

Aujourd'hui, il y a parcours sup. Une pression incroyable. L'impression d'être passé à la moulinette d'un algorithme incompréhensible et la hantise de n'obtenir aucun de ses vœux.  

On demande aux élèves d'avoir une idée très précise de leur métier dès la troisième. On ne leur laisse aucun répit et aucune insouciance. 

Il y a deux ans, ma filleule passait son bac de français et espérait tomber sur le texte "On n'est pas sérieux quand on a 17 ans" de Rimbaud. Et je me souviens de m'être fait la réflexion qu'aujourd'hui, on leur demandait d'être très sérieux, à 17 ans.

Alors oui, je la comprends la révolte des lycéens. Je la comprends la rage. On leur prend leurs plus belles années. On les jette dans un monde de guerre, de feux, de catastrophe naturelle. On leur inculque la peur, on les pousse à marche forcée dans un monde de consommation, de performance. Marche ou crève. On ne leur donne pas les conditions pour bien travailler, mais on exige d'eux l'excellence. 

Sans compter qu'on les classe, déjà. Qu'on les met dans des cases. Et ils ne sont pas dupes, ceux des lycées de seconde zone. Ils savent bien que le mot égalité, là, au milieu du fronton, sous le drapeau, c'est du pipeau. Ils savent bien qu'en banlieue de Montbéliard, les chances de réussir grâce aux études ne sont pas les mêmes qu'au centre de Paris, qu'au centre de quelques grandes villes où vivent les privilégiés. Ils savent qu'ils partent avec un handicap. 

La rage, la colère, c'est la réponse à toute cette violence. Et les quelques poubelles cramées à l'occasion, il me semble que ce n'est pas grand chose, même si cela fait des images impressionnantes sur les chaînes d'info en continu. 

Et puis tous ces vieux (cons ?) qui feignent l'indignation sur ces plateaux de télé...Ont-ils vraiment oublié tous leurs "mai 68" ?  Leur...1986 ? Leur...1990 ? Leur 2005 ? Bref...Les lycéens se révoltent et ils ont raison.


 

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