18 juin 2009

Mes élèves, c'est trop des génies...trop pas !

Ce matin, c'était le bac. Mes élèves, eux, c'est le brevet qu'ils préparent.

Ils ne savent pas bien reconnaître les verbes au présent des verbes au futur, ils ne savent certainement pas les conjuguer. Ne parlons pas des verbes au passé simple.

"Le jour du brevé, j'arriva dans la sale, complétment PT, défoncé. J'avé pris de la gandja. Pas du shit, pasKe, kom son non l'indiK, en anglé, c'est tro de la merde, mdr."

Ils ne savent pas bien écrire, ni compter. Pourtant, en ce moment, qu'est-ce qu'ils comptent, c'est fou !

"Attends, chuis trop vénère, Mdame, comme vous m'avez mis des trop mauvaises notes pendant tout le collège, j'ai trop des points à rattraper. J'en ai carrément 165. Attends, t'rends pas compte, faudrait qu'j'ai plus de 20/20 à toutes les épreuves. C'est même pas la peine que j'y aille, t'façon..."

Oui. Vu comme ça, c'est pas gagné. Mais comme les stats sont ce qu'elles sont et que chaque année il faut qu'un pourcentage certain d'élèves aient le brevet, alors vous verrez qu'il y aura des miracles.

"Oh ! M'dame, comme vous avez été trop sévère avec moi, mais en même temps, vous êtes une trop bonne prof : chuis carrément un génie, comme Frankestein, là, l'autre !"

Euh...Einstein ?

"Ouais, c'est pareil !"

CC
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28 commentaires:

  1. Alor là chu d'akor ! Y son hacheman génius lé d'jeuns ! Hi hi hi ! ;O) Ou :-(

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  2. Une histoire qui est arrivée l'année dernière dans mon département : un élève arrive d'Inde en septembre, il ne parlait pas un mot de français.

    Il fait une année scolaire en 3ème, de septembre à juin, puis il passe le brevet en juin.

    Je précise qu'en juin, il parlait le français comme une vache espagnole (je ne vous parle même pas de son niveau à l'écrit, ça vaut mieux).

    Que croyez-vous qu'il arriva ?

    Il a eu le brevet du 1er coup.

    Tant mieux pour lui.

    Hypothèse 1 : en 10 mois passés en France, il aurait réussi à rattraper son retard sur les autres élèves de 3ème ?

    Hypothèse 2 : le brevet, aujourd'hui, cela ne signifie plus rien du tout.

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  3. Contrairement à Homer, ça m'attriste même si je souris en lisant article et commentaires.
    C'est la démotivation de ces jeunes qui m'afflige.
    Cette démotivation se retrouve beaucoup de niveaux.
    Il serait bien plus intéressant pour le gouvernement de travailler sur le sens profond de cette démotivation que sur la protections des droits des major, sur la suppression programmée des RASED, IUFM et j'en passe.

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  4. @ BA : j'ai enseigné dans une ZEP où de nombreux élèves arrivaient d'Inde. Inde où j'habite actuellement d'ailleurs. Ces élèves d'origine indienne étaient ceux qui ce sont adaptés le plus vite à la langue française, écrite et orale ; hypothèse de ma part : en Inde, parler et comprendre deux ou trois langues est une nécessité et est même obligatoire à partir du moment où l'on est scolarisé (anglais, hindi et la langue locale), en parler et en comprendre quatre ou cinq est la règle générale (avec en plus la langue maternelle et le dialecte de la ville, différant tous deux de la langue locale). Peut-être est-ce ce qui fait que l'adaptation est plus rapide ? Plus rapide que par exemple pour mes élèves sinophones dont les parents ne parlent que mandarin après une dizaine d'années passées en France ?

    CC, je t'avoue bien rire en te lisant tant cela me rappelle des choses. Que je n'ai toujours pas envie de revoir, en revanche, car si l'originalité dans la formulation et l'orthographe est délicieuse, elle me rappelle à chaque instant ce que je crois que tu ressens : ce sentiment d'échec, pas personnel, mais collectif. Nous ne sommes pas parvenus, en tant que francophones, adultes et profs, à motiver et intéresser suffisamment ces élèves pour qu'ils fassent l'effort d'oublier leur contexte et d'aller un peu de l'avant.

    Tu as entendu parler de l'établissement de référence nationale ?

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  5. @ BA : le brevet m'a tuer. "Se sont" et non "ce sont"...

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  6. Bah, cé le mem topo avek une klass dage a katrevin pourssan de réusit au bac.

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  7. Le Brevet n'est pas un examen, c'est un rite de passage :-)
    Pour ne pas l'avoir il faut vraiment être nase M'dam...

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  8. Je suis comme Flèche : j'ai un peu de mal à en rire, même en sourire. Mais je comprends que, pour vous, ce doit être une sorte de soupape. Un peu comme le personnel hospitalier qui fait des vannes sur la mort...

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  9. Chouyo, vous choisissez donc l'hypothèse 1 :

    en 10 mois passés en France, un élève de 3ème primo-arrivant (Inde) a réussi à rattraper son retard sur les autres élèves français.

    Il a eu son brevet dix mois après être arrivé en France.

    C'est trop un génie.

    Le problème, c'est quand on dialogue avec le génie en question : on ne comprend qu'environ 20 % de ce qu'il dit.

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  10. Et à l'écrit c'est la même chose ?

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  11. Non : à l'écrit, on comprend 10 % environ.

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  12. c'est vrai que le brevet "ça sert à rien".
    on leur met dans la tête que les études, ce n'est que pour avoir un métier, un travail... il y a de quoi ne pas être motivé, vu le contexte.

    mais... l'école, ça sert aussi à apprendre à réfléchir, à penser, à s'instruire, à se cultiver..pourquoi laisser de côté cet aspect positif et bien plus noble ?

    voilà même que l'on fait en sorte, dans les universités, que les étudiants ne soient pas là pour étudier mais uniquement pour apprendre un métier. !!!!!!!

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  13. OK, OK... Vous
    êtes tous de bons élèves. On a le droit de se faire une vie après l'école, non? Un peu de recul et vous comprendrez que ce sera pire un jour mais dans un monde meilleur!
    Mais encore, vive l'école y compris pour les estropiés de l'école!
    Et mieux vaut Mallarmé, Valéry, Cendrars, Artaud ou Prigent à toutes les écoles: la poésie, le langage qui décape et qui dérouille têtes et générations!
    Ceci dit, les blessures de l'école ne sont pas universelles... Je soupçonne mon fils d'être un bienheureux de l'école!

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  14. Demandez votre mutation ici : http://www.lemonde.fr/societe/reactions/2009/06/18/bachotage-gagnant_1208393_3224.html

    On croirait entendre nos ados, quand on lit le "trop pas".
    Dans le collège de mon secteur, avec les mêmes professeurs, à dix ans d'écart, les enfants de 4ème fournissent environ le quart du travail scolaire à la maison qu'on demandait naguère.
    En 4ème, en français: une seule fiche de lecture à rendre, de toute l'année, concernant une lecture commune. Un livre pour ados, avec 300 mots de vocabulaire. Pas une seule ( pas UNE) expression écrite, rédaction, digne de ce nom. (pas par rapport à ma génération d'avant toutes les guerres, non, je parle de DIX ans en arrière. des "paragraphes", des exercices, du commentaire de texte avec recettes techniques mais aucune exigence de rédaction. Je connais bien la prof' de lettr'. "de toute façon, ils ne peuvent pas. De toute façon, ils ne le feront pas. Ils ne veulent pas. Il n'y a que dans telle classe (allemand-latin-option je ne sais plus quoi) qu'on a un reste de niveau. On est bien obligé de s'adapter. De toute façon, on ne peut pas mettre que des zéros...

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  15. Bonjour,

    J'ai du boulot pour répondre à tout le monde...Et j'ai pris du retard, désolée !

    @Suzanne : pour les devoirs, je ne fais faire que quelques exercices, des fiches de lecture très sommaires (un résumé entier du livre et un avis argumenté sur la lecture...et je fais passer l'élève à l'oral, ensuite) et l'apprentissage des leçons, que je sanctionne par des interros régulières. C'est déjà pas mal. Au début de ma carrière, j'ai demandé des rédactions.

    Et puis je me suis vite rendue compte que je corrigeais, au choix les parents ou internet.

    C'est inutile et ça m'a vite fatiguée. Je ne fais faire des rédactions qu'en classe, maintenant.

    Je me débrouille pour en faire un maximum en classe : les élèves ne travaillent jamais vraiment en dehors. En tout cas, mes élèves.

    Donc, l'objectif, c'est qu'en sortant de classe, mes élèves sachent déjà à peu près la leçon et aient fait quelques exercices d'entraînement et de l'écriture. C'est un défi. Mais avec des objectifs modestes, on y arrive...

    Cependant, je me remets en cause à chaque moment. Difficile, quand on a 4 ou 5 heures de français par semaine...Surtout quand on voit l'étendu et la prétention des programmes. L'année prochaine, tenez, on nous ajoute l'Histoire de l'Art. Rien que ça !

    :)

    CC

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  16. J'ai remarqué qu'il y a une chose que les profs, surtout de français, ne comprenaient pas. C'est qu'on ne leur demande pas de sortir des clones de Chateaubriand ou de Voltaire à la chaîne. Mais de pointer dans le crâne de leurs élèves quelques repères puissants qui leur serviront toute leur vie et dont ils se souviendront donc 20 ans plus tard.

    Des repères puissants, c'est-à-dire vrais, et non pas des niaiseries militantes (sujettes à discussion, donc "pas vraies", par définition)(je précise cela vu la quantité de liens de votre blog donnant sur des niaiseries ou pas féministes, que vous pourriez être tentée d'incorporer au mélange, déloyalement vis-à-vis de vos élèves).

    Il y a donc la soupe d'un côté, et le repas de fête de l'autre. S'il se trouve que ce repas de fête est une clef de voûte assez nourrissante pour permettre ensuite d'ingurgiter le reste, alors le pari est gagné.

    Un exemple pour une oreille de prof (et pas d'élève) : Tiger Woods -un golfeur US- travaillait ses fers longs (les longues trajectoires), son point fort, pour mieux gérer les bunkers (le sable), son point faible, au lieu de simplement travailler d'avantage les bunkers (!!?) Pourquoi ? Parce qu'en jouant encore mieux ses longues trajectoires, il n'avait jamais besoin de jouer des bunkers. Le paradoxe n'en est pas un et s'applique à l'enseignement. Si, au lieu d'essayer que TOUT le programme soit ingurgité à égalité (on se croirait au Tour de France où, pour remporter la compétition, il faut aussi bien grimper en Montagne que foncer sur le plat ou sprinter au final, ce qui est impossible désormais, à moins de se doper! Peut-être que les élèves d'aujourd'hui refusent simplement de "se doper", ce qui explique leur passivité de peloton? Mais comme refuser de se doper n'est pas anormal, le crime provient de ceux qui voudraient les forcer plutôt qu'apaiser le programme), si, donc, un prof se concentrait aussi sur un point vital de ce programme, sur son point fort A LUI, alors il ferait passer assez de sens à ses élèves pour qu'ils sachent gérer le reste du programme.

    En tout cas, moi, je ne me souviens que des profs qui ont su me faire passer, partager à jamais, un de ces "outils" intellectuels. Et c'est encore aujourd'hui sur ces outils mémorisés que je m'appuie pour m'atteler au reste. Avec les programmes modernes, où tout doit être servi, il n'y a plus qu'une soupe mixée, une bouillie partout égale à elle-même.

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  17. CC: je ne veux pas vous ennuyer en cette fin d'année scolaire, mais je ne suis pas d'accord.
    Une rédaction, ça se fait aussi à la maison.

    On y consacrer un temps qu'il n'y a aucun intérêt à mobiliser en classe. Ce n'est pas parce qu'il y a des petits malins qui trichent qu'il faut priver toute une classe de ce travail irremplaçable.

    A quoi servent les cours de français, sinon?

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  18. Il suffit de regarder la blogoliste ----->

    pour comprendre le genre de "gratin" qui se cuisine dans la tête de la prof. lol.

    Avec ça, je comprends que les élèves, qui ne sont pas aussi bêtes qu'on pense, refusent de manger ce qu'on leur sert. Plutôt crever de faim que mourir empoisonné, ce qui n'est pas stupide.

    Aussi, la mauvaise qualité des rédactions à la maison est un prétexte de faignant ou d'incompétent. Cela permet d'occuper ses cours à cela plutôt qu'à enseigner. Mais "pour la bonne cause", bien sûr (l'essentiel étant toujours de préserver les apparences !)

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  19. Bonsoir,

    @Suzanne : je refuse de corriger des choses sans intérêt et sans travail de la part de l'élève. Et je vous assure que le pourcentage d'élèves ne travaillant pas seul et avec soit des adultes soumis qui FONT les devoirs à la place de leurs gosses, soit des copier-coller d'internet, est vraiment élevé. Si ce n'était que des cas isolés, je ferais faire des rédacs à la maison.

    Ce n'est ni de la fainéantise, ni de la mauvaise foi.

    Je fais écrire les élèves, beaucoup, je corrige, beaucoup. Et les devoirs faits en classe sont moins bâclés que ceux faits à la maison.

    Pour yc, qui a visiblement un petit contentieux avec les profs, ce qui arrive, enseigner consiste aussi à faire écrire et à corriger. Quant à douter de mon intégrité morale, je ne vous le permets pas. On ne se connaît pas assez pour ça...

    CC

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  20. CC : désolée que mon commentaire ait servi d'étayage au suivant. (Je vous imagine hoquetant devant une pile de copies plus haute que la pyramide de khéops : bouh, et on plus on dit que je suis une feignante...)

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  21. Yo ma poule !

    Ce message (relayé par les médias) m'a beaucoup amusé, pas uniquement par son contenu (et je confirme: le shit c'est vraiment de la merde) mais aussi parce qu'il y est écrit, dans un échange oral retranscrit "faudrait qu'j'ai plus de 20/20" alors que nous sommes ici en présence incontestable d'un présent du subjonctif et non d'un indicatif.

    Et le plus merveilleux dans tout ça, pour moi pauvre génie, c'est qu'à l'âge de ces bambins j'avais 2 de moyenne en grammaire. Tout est possible pour qui veut bien y croire.

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  22. Yo, mon poulet !

    Bien sûr que tout est possible ! Même d'être nulle en conjugaison et prof de lettres...

    Mais comme le président a passé un décret faisant disparaître le subjonctif, je ne me sens pas vraiment coupable !

    Sérieusement, j'ai quand même noté que la disparition du subjonctif était souvent à constater dans les milieux extrêmement défavorisés...

    CC

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