16 novembre 2011

Audrey Pulvar défend la Peug'...

Ce matin, je me suis réveillée au son de la douce voix d'Audrey Pulvar. 

Elle était là, à côté de mon oreille, tout près de mon oreiller. Arnaud, ne m'en veux, j'aime me réveiller avec Audrey.

Ce matin, elle parlait d'un sujet qui m'importe. Celui que Sarkozy a délicatement évité hier... Les licenciements chez Peugeot. Ils vont probablement toucher en masse le Pays de Montbéliard, où je vis. Les parents, les frères et sœurs de mes élèves vont sans doute être touchés. Ça réveille...

Hier, quand j'ai appris cela, ma réaction a été vive. Je me souviens des millions d'Euros que l’État français a bien voulu prêter à ces grandes boîtes, à des taux préférentiels, alors que l’État s'endettait à taux variable auprès des banques privées. Je me suis demandé comment on avait pu se faire entuber comme ça : filer du pognon alors que ces boîtes auraient pu en emprunter à la banque comme tout le monde, sans aucune contrepartie en matière d'emploi, ça me semble irréaliste. Par exemple, c'est comme si je donnais des bonnes notes à mes élèves sans leur demander d'apprendre leurs leçons...

Et puis Audrey a mieux exprimé que moi ce ressenti...


En langage familier d’aujourd’hui, cela s’appelle un foutage de gueule.  Rien de moins. Mais comme on est à la radio et sur le service public, on dira qu’avec Peugeot, le monde est plus beau, qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Se donner bonne conscience et sauvegarder les apparences  alors que vous vous apprêtez à  enfumer tout le monde ?
Leçon numéro 1 : vous préparez un énorme plan de suppressions d’emplois, en affirmant qu’il concerne vos usines dans toute l’Europe, puisque la situation de vos ventes est mauvaise… Un plan européen, donc. Pourtant, 5 000 des 6000 emplois qui disparaîtront concernent un seul pays. En l’occurrence le vôtre, la France.  5  sur 6 000… ça nous fait grosso-modo du 85% pour votre personnel d’un seul pays… A’ part ça, il est européen, votre plan.
Leçon numéro 2 : c’est le coup de génie de vos communicants. Vous claironnez qu’il ne s’agit pas de suppression d’emplois, mais bien de suppressions de postes. La preuve martelez-vous : « il n’y aura ni licenciement sec,  ni plan de départ volontaire ». Voilà qui est très rassurant. Le commun des mortels comprendra qu’il s’agit simplement pour vous de ne pas remplacer des départs à la retraite. Ainsi, vous n’apparaitrez pas comme un vilain pas beau patron qui se verrait accuser de mettre des familles sur le carreaux alors que ses actionnaires, membres d’une même famille eux-aussi, accessoirement, empocheront de confortables dividendes… Au contraire. Avec ces soi-disant suppressions de poste, vous faites valider, sans un commentaire de travers, le non-renouvellement des contrats de 2500 « prestataires », prévu par votre plan… Prestataires ? Des ingénieurs et techniciens « loués »,  à des sociétés spécialisées, pour faire dans vos usines le travail de vrais salariés. Jadis on louait des bras, aujourd’hui on loue des cerveaux. Ils ont la couleur d’un salarié, le bureau d’un salarié, la longévité d’un salarié, près de 20 ans d’ancienneté à votre service pour certains, mais ce ne sont pas des salariés. Bien pratique au moment de mettre fin à leurs contrats. Indolore, inodore, invisible… Enfin, ça dépend de quel côté de la barrière on se trouve.
Leçon numéro 3 : tout en pleurant sur le marché qui se contracte et vos carnets de commandes faméliques, délocalisez vers la Chine (variante, le Brésil) votre activité recherche et développement et créez des emplois dans ce pays. Lequel ne se contentera pas d’élaborer vos produits pour le marché intérieur chinois, voire le marché asiatique au sens large, mais planchera également sur les modèles commercialisés demain… en Europe ! Vous savez ce continent sur lequel vous supprimez des emplois parce qu’on ne vous y achète plus vos voitures !!! En Chine, vous en êtes à projeter l’ouverture d’une quatrième usine. Celle  qui produira un prochain modèle haut de gamme,  que vous entendez bien produire là-bas, à près de 200 000 exemplaires par an. Hmmm, ça en fait des emplois ! Et dire qu’en 2008, l’état français vous prêtait des milliards d’euros pour vous sauver de la déconfiture !!
Voilà, le tour est joué.  Vous pouvez délocaliser tranquille, sans volée de bois vert assenée par le gouvernement et malgré les cris à peine audibles de salariés syndiqués indignés. En prime, vous voilà en bonne voie pour redorer votre image auprès des agences de notation.  Ni vu ni connu, j’t’embrouille !
Le Billet d'Audrey Pulvar, France Inter le 16/11/2011



CC
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