25 juin 2013

Aller de l'avant

Je travaille dans un collège où le pessimisme a gagné l'équipe de direction. 

Je travaille en banlieue avec des enfants comme les autres. Sans doute un peu plus pauvres, un peu moins bien nourris et souvent bien moins bien soignés. Mais ce sont des enfants. Ils ont dans leurs yeux la joie, l'espoir, la curiosité, la candeur, les bêtises de leur âge...

Quand je suis en classe avec eux, il faut qu'ils posent dehors leurs soucis, leur mauvaise nuit, la tristesse de leurs parents qui n'arrivent pas à leur offrir mieux. Ensuite, ils sont des enfants comme les autres. Et, avec les collègues, on a envie de faire des choses intéressantes : leur faire découvrir, leur apprendre ce qu'ils ne découvriront pas à l'extérieur du collège. La culture, le monde, la nature, les jeux de mots, les énigmes, les sports, le pays dans lequel ils vivent...

A chaque fois, on nous rétorque que c'est impossible. Que pour ces enfants-là, c'est trop compliqué, trop cher, inaccessible.

J'ai parfois l'impression que la France est gagnée toute entière par ce mal : on n'y croit plus. Tout ce qui pourrait être neuf, innovant, plein d'imagination, de fantaisie est critiqué. La gentillesse est devenue le synonyme de la bêtise, la modernité, celui de la mauvaise qualité. On a décidé que la France était vieille et sans avenir. On ne se sort plus de ce marasme.

Pourtant, dans mon collège, j'ai de belles réussites : des élèves capables de me réciter avec plaisir des choses apprises en début d'année, des enfants heureux d'amener un gâteau fait avec leur maman, des petits qui veulent absolument m'avoir l'année prochaine, qui ont appris des tas de mots, des tas d'histoires, qui ont été passionnés par la mythologie grecque, par les Fables de La Fontaine, par Romulus et Rémus, par Cyrano de Bergerac.

Je suis sûre qu'on peut parier sur un bel avenir, avec ces élèves-là. Mais il faudra aussi leur donner la chance d'espérer, il faudra leur ouvrir des portes, ne pas leur dire à chaque étape de leur vie que ce n'est pas possible, que c'est trop compliqué, qu'on n'y arrivera jamais.

La direction de mon collège a vécu les 30 glorieuses, cette période bénie où tout était simple. Cette période où les demandeurs d'emploi mettaient une annonce dans le journal pour trouver un travail et recevaient 30 réponses dans la semaine. La direction de mon collège est de cette génération de la majorité des hommes politiques de mon pays. Cette génération a tout eu et pense que rien ne sera jamais plus comme avant. Ils ressentent le sentiment de perte, d'échec et ils nous le transmettent.

Mais nous ne devons pas écouter ces discours défaitistes, nous devons aller de l'avant. 

CC


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14 commentaires:

  1. Et on va monter des projets pour ces enfants ! La morosité ne passera pas par nous.

    Fanny

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    1. Oui ! Il faut absolument qu'on mette en place une correspondance, peut-être un truc par internet...Ton idée de contes partagés, ça me plait, aussi ! :)
      Bises

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  2. Pas toujours facile d'aller de l'avant.

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    1. Un pied devant l'autre et recommencer...

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  3. Oui c'est dur de positiver tout les jours, j'ai parfois l'impression que les emmerdes s'accumulent toutes les semaines.

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    1. Je sais...il faut essayer de voir le verre à moitié plein, faute de mieux...

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  4. Et vivent les bonnes résolutions pour la rentrée prochaine !

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    1. Il faut les prendre, puis, il faut les tenir...

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  5. J'ai connu l'époque héroïque ( après guerre) où nos parents se fédéraient, se soutenaient pour améliorer les conditions de travail de l'école et de ses enseignants. Ils organisaient des fêtes , des séances de ciné et des sorties collectives ( enfants et parents) , créant ainsi un lien bénéfique pour tous. Les amicales laïques naissaient en 1951.
    Mais malheureusement le chacun pour soi est passé par là et la méfiance a gangrené la société jusqu'au plus bas de l'échelle. On consomme de l'école comme le reste ( la santé, le sport, les loisirs, etc..) et on la rend responsable de tous nos malheurs. il devient donc difficile de redonner le goût de refaire ensemble des choses , d'impliquer les parents, les enfants dans des activités extérieures à l'école.
    Même les amicales laïques sont quelquefois des lieux où on consomme du loisir..chacun pour soi!

    J'ai été "instituteur" dans une autre vie et j'ai toujours considéré que c'était un travail de militant, rémunéré certes mais tellement passionnant et il me semble que c'est aussi votre cas.

    C'est peut-être aussi l'esprit de certains enseignants qui a changé ( pourquoi seraient-ils différents du reste de la société )? Ce n'est pas une remarque désobligeante envers l'ensemble des enseignants (un de mes fils est professeur d'histoire) c'est juste une question que je me pose . Est-il possible encore d'avoir une réflexion et un travail d'équipe pour mieux servir une cause plus grande que nous, celle d'enseigner à des enfants, lorsque certains enseignants n'y voient qu'un travail comme un autre?

    Il ne faut pas s'avouer vaincu d'avance, il y a des lieux où c'est possible et où ça se passe magnifiquement bien . Mais je crains qu'à l'échelon national il ne faille plus que la volonté de quelques un(e)s pour sortir de ce marasme. Ce n'est pas une question d'appartenance politique mais d'avenir de notre société.
    On a donc le droit et le devoir d'y croire. Si Hollande s'est donné la jeunesse comme priorité il va falloir que ça se concrétise dans l'année à venir afin de ne pas désespérer celles et ceux qui y croient encore.
    Bon courage en attendant mieux.

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    1. Quand les choses vont mal, on se replie sur soi...C'est un réflexe...Je sens ce repli depuis deux ans. Avant, c'était mieux...Mais c'est aussi une affaire de personnes et peut-être de génération...
      Merci pour le soutien !

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  6. Nina avait écrit :

    "J arrive dans ce collège... et je me demande bien dans quoi j ai mis les pieds! Pas au niveau des élèves, je sais à quoi m attendre et qu il y aura des moments difficiles, je regretterai même parfois d avoir choisi de rester... Pas au niveau des collègues qui sont motivés et donnent envie de s investir, qui sont bienveillants avec les enfants et croient en leur métier... Mais quand j entends que des collègues veulent partir parce qu'ils en ont assez de ne pas être soutenus dans leurs projets mais plutôt qu on tente de décourager, parce qu'ils sont écoeurés par les intérêts de la direction qui ne sont ni pédagogiques ni éducatifs, parce qu'ils sont fatigués de naviguer à contre-courant... Alors là je suis très inquiète!!! Mais je crois en une amélioration possible! L union fait la force, n est-ce pas? Alors la seule solution que j ai pour le moment, c est de me joindre à eux pour atteindre nos objectifs communs..."

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    1. On va y arriver : on a une belle équipe ! :)

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  7. Que certain(e)s comme toi servent de boussole à d'autres est ce qui en fait tenir beaucoup d'autres. Courage !

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  8. Et oui, la force intérieure faiblit... 32 ans comme instit...
    et puis lentement mais insidieusement, le sentiment d'être assommée par la hiérarchie, les règlements, les instructions, les directives, les évaluations, la sécurité...
    Envolé le plaisir d'enseigner,
    disparue la passionnante gestion de l'imprévu:
    il faut dessiner des cases puis rentrer dans les cases puis y faire rentrer les enfants!!!

    Alors, malgré un âge avancé, reprise d'études par correspondance pour y voir plus clair, pour comprendre et approfondir, pour trouver des solutions...
    Une licence de psycho en poche, direction formation de Psycho scolaire: une année de bonheur, le sentiment de se retrouver du côté et aux côtés de l'enfant...
    Accueillir, recevoir, partager, faire émerger, soulager la souffrance, ENFIN !
    Il y a toujours une solution, la mienne est celle d'un compromis mais j'ai retrouvé le bonheur d'aller à l'école, tout simplement...

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