Lionel Jospin disparaît aujourd'hui. C'est une grande émotion pour moi et je pense à sa famille, à ses proches.
Il fait partie des figures politiques importantes de notre pays, pas seulement par les postes qu'il a occupés durant sa carrière : aussi parce qu'il est resté, même après 2002 une figure intellectuelle qui compte, une parole qui apportait du sens, une référence, même durant ces toutes dernières années. Il faisait partie de ces hommes qui ne vieillissent pas parce qu'il garde toujours une fraîcheur d'esprit et un regard neuf sur les choses.
C'est pour la campagne de 2002, précisément celle de Lionel Jospin, que j'ai mis des tracts dans des boîtes aux lettres pour la première fois de ma vie.
Mon père qui n'était pourtant pas encarté au PS et ne se laissait pas réduire à un parti, admirait Lionel Jospin, et avait accepté de faire sa campagne. Et je comprends aujourd'hui pour quelles raisons.
Cet ancien premier ministre était intelligent. Brillant intellectuellement. Et il avait été capable, surtout, de faire l'union, pour former un gouvernement réunissant les différents courants de la gauche et de l'écologie.
Il avait été capable de faire progresser la société : il a porté de vraies idées de gauche, sans tabou, avec force et conviction. Les 35h, la CMU, le PACS...Ce sont des choix concrets qui ont permis à notre société d'avancer. Ce n'était pas une évidence, au début des années 2000. Il a su concilier les exigences d'un monde en mutation, économiquement et idéologiquement pour faire avancer des idées qui sont de véritables avancées sociales.
Évidemment, le coup de tonnerre de l'élection présidentielle de 2002 est une blessure. Un bouleversement durable de la vie politique française. J'ai manifesté, entre les deux tours, contre le FN, je n'ai pas compris, comme beaucoup, que les temps avaient définitivement changé, que le 11 septembre 2001 avait refermé la parenthèse d'après-guerre, et que la sécurité deviendrait le thème central de la période suivante, dans laquelle nous sommes toujours.
Et surtout que la gauche avait perdu l’électorat populaire.
Lionel Jospin l'a compris instantanément, bien plus rapidement que n'importe quel commentateur de la vie politique. Il s'est retiré, parce qu'il l'a compris : l'époque n'était plus aux avancées sociétales. Les urgences économiques et sécuritaires ont pris le pas.
Il l'a compris plus vite que tous les autres, bien plus vite que tous les dirigeants du PS actuels qui s'accrochent encore aujourd'hui à de vieilles lunes qui leur font perdre à peu près toutes les élections.
Il était aussi une figure qui incarnait la droiture et l'honnêteté politique. La défense des idées et des valeurs, avant l'égo et la carrière. Et c'est sans doute cela qui me manque le plus aujourd'hui.



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