7 avril 2025

Ça m'énerve


Il y a de quoi être à fleur de peau, en ce moment, non ? 

Ce qui m'énerve, ce qui m'agace, c'est l'impression de perdre complètement tous mes repères. Déjà quand le RN avait soutenu Israël, déjà quand Bardella était allé sur les lieux du massacre du 7 octobre, déjà quand Trump avait déclaré son amour pour Poutine, déjà quand le président du monde libéral avait complètement niqué le système en augmentant les droits de douanes...Déjà...ça m'agaçait. 

Mais alors là, quand Marine Le Pen se met se prendre pour Martin Luther King devant une foule clairsemée, mais bien blanche, tout de même, ça m'énerve, vraiment, ça m'escagace !

Ce n'est pas tant que le premier parti d'extrême droite de France n'a rien à voir avec le combat pour les droits civiques dans les années soixante, aux États Unis...Ce n'est pas tellement que les droits civiques des Noirs américains sont aujourd'hui remis en cause par la politique fasciste de Trump et que le RN serait plutôt du genre à applaudir des deux mains...Ce n'est pas tellement que Marine Le Pen a plutôt plus de points communs avec le Ku klux klan qu'avec Rosa Parks. 

C'est quand même un peu tout ça. 

Mais...c'est surtout que se référer à une grande figure de la lutte des droits quand on vient de se faire condamner pour avoir piquer dans la caisse, il ne faut pas avoir beaucoup de fierté. 


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3 avril 2025

Marine ou pas, ce n'est pas le débat ?


Un petit billet pour répondre à Nicolas, qui sous mon billet d'avant-hier, disait que le mal était fait auprès des gens, à propos du RN.

Je ne suis pas sûre que les gens aient vraiment envie de prendre pour une victime quelqu'un qui a passé des années à piquer dans la caisse. Des sondages montrent plutôt le contraire. Par contre, une certaine catégorie de la population est attirée par une sorte de "trumpisation" de la société, c'est un fait.

Nous aurons un test, grandeur nature, a priori - si notre président ne juge pas approprié de nous déclarer en état de guerre - pour les élections municipales, dans un an. 

La politique locale ne se soucie pas tellement des affaires internationales. La guerre à Gaza, celle en Ukraine, les relations entre Trump et Poutine, cela n’aura pas beaucoup d’impact sur les résultats. 

Par contre, la politique nationale, la situation de la France, la crise économique que nous traversons, cela en aura. Ce qui aura de l’importance, aussi, ce sont les valeurs portées par le temps. Ce que je veux dire par là, c’est que le monde dans lequel nous vivons influera sur le scrutin. Le monde de CNews, de Pascal Praud et de Trump. Le monde dans lequel les gens regardent les chaînes d’info sur leurs immenses télé 10 heures par jour. Le monde anxiogène où le moindre fait divers prend des proportions folles, juste parce qu’il est répété 10 fois par jour.

C'est l'année prochaine, aux municipales, que nous verrons si la condamnation de Marine Le Pen a un impact ou pas. De l'eau va encore passer sous les ponts. Mais je crois que la politique s'attache assez provisoirement aux personnes, pour finalement en revenir aux idées. Et qu'un Bardella vaut bien une Le Pen. 

Les idées facho avancent inexorablement. Par fainéantise, par manque de conscience politique, par la tendance naturelle de l'homme à s'attacher plus au bruit des motos sous ses fenêtres qu'aux analyses sociologiques pointues. Nous nous attachons bien plus, c'est normal, au pouvoir d'achat en berne, au manque de médecins dans les campagnes, au sentiment d'injustice quand un petit délinquant de quartier sort de prison...C'est humain, mais c'est aussi l'échec des politiques depuis des années. C'est un mal profond. Nous nous soucions assez peu du climat, finalement, parce que les conséquences sont plus lointaines que celles causée par l'imbécile qui terrifie les braves gens dans la rue, là en bas de chez toi. Et nous n'avons que faire des droits de douanes imposés par Trump, même s'ils auront peut-être un impact direct sur le prix du sucre, du café ou du chocolat que nous trouvons de plus en cher quand on fait nos courses. 

Avec une collègue encore plus politisée que moi, ce midi, en terrasse, nous nous étonnions du peu de retentissement de la grève d'aujourd'hui, dans l'éducation nationale. Et elle me disait que pour en avoir parlé en salle des profs, elle constatait que certains collègues avaient du mal à faire le lien entre la politique nationale et notre situation dans l'établissement. C'est un peu pareil pour tout, je crois. Et le succès des politiques populistes vient de là...


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1 avril 2025

L'inéligibilité, c'est pas le bagne...

 


Heureusement que le jugement de Marine Le Pen n'est pas tombé aujourd'hui, on n'y aurait pas cru. 

Pour le reste, il n'y a rien à en dire : c'est une décision de justice. La remettre en cause, voilà ce qui attaquerait les fondements de notre démocratie. Rappelons la base : la démocratie repose essentiellement sur la séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Dès que l'on concentre les pouvoirs, dès que le politique flirte avec la justice, l'histoire l'a montré à plusieurs reprises, nous entrons dans autre chose que la démocratie : la dictature, l'autoritarisme, le despotisme. C'est un fait. 

Alors oui, Marine Le Pen a été condamnée. 

Et c'est pas le bout du monde : pour les millions d'argent public détournés, deux ans avec un bracelet, ça va. Et l'inéligibilité, ma foi, la vie est vaste, il faudra l'envisager autrement qu'en se présentant aux élections, dans les 5 ans qui viennent. 

Moi, par exemple, en ce moment, je ne sais pas encore si je me représenterai aux élections. Il faut dire que je traverse une crise de confiance, et que je ne suis pas sûre d'en être digne. Je me pose plus de questions que Madame Le Pen, c'est sûr. Mais il est normal de se les poser, je trouve. C'est assez sain, même si je ne suis pas toujours sûre d'être très saine d'esprit. 

Quand on se présente aux élections, je crois qu'il faut le faire avec une haute idée de ce que cela représente. Il faut aussi avoir en permanence en tête que l'on peut ne pas être élu et que c'est normal. Et que l'on peut être inéligible dans certains cas. Ce sont les règles du jeu. 

Je comprends pourtant que Marine peut l'avoir mauvaise : sa mine fait peine à voir, depuis hier, la mâchoire déformée, le visage crispée. Mais l'avenir de son parti et de ses idées, malheureusement ne sont pas plus morts que lorsque son père est mort. Réalisons ensemble qu'elle passe une sale année. 

Ce qui est un peu plus gênant, à mon avis, c'est qu'elle soit reçue dans les médias, qu'on l'a plaigne, qu'on la soutienne. Qu'on lui offre encore des tribunes. Alors qu'elle est bel et bien coupable. Et pas d'une broutille, pas d'un fait anodin, non. On parle de plus de 4 millions d'Euros par an, pendant 11 ans. Quand on fait de la politique, on peut vite perdre le sens des réalités. Mais il s'agit d'argent public. 

Je ne comprends pas grand chose aux chiffres, j'avoue. Mais on a voté le budget hier soir au conseil municipal. 4 millions d'Euros, c'est considérable : pour comparaison, pour une ville de presque 15 000 habitants, on a voté un budget d'investissement d'un peu plus de 4 millions. Avec ça, on va faire des tas de choses : réaménager des quartiers, mettre des jeux pour enfants, refaire des routes, planter des arbres, améliorer nos pistes cyclables, soutenir les maraîchers de la ville, rénover des bâtiments, les isoler, refaire des toits, des chauffages, aider des commerçants à s'installer, soutenir l'économie locale et le BTP, animer notre ville...Et j'en passe et des meilleurs. L'argent public est fait pour ça, pas pour payer des faux assistants parlementaires ou le majordome du papa de la patronne du parti. 

Quel retournement des valeurs, de faire croire aux gens qu'on veut les priver de démocratie, alors que c'est justement le contraire que cette décision de justice vient sanctionner !




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26 mars 2025

Hitler à une bar-mitsva...


Vous avez des souvenirs de vos cours de 3e, en histoire ? Moi oui. Il faut dire que je révise un peu chaque année avec mes élèves qui passent le brevet. Ce qui est fou, c’est qu’on apprend toujours les mêmes choses que quand j’avais 14 ans : la première guerre mondiale, les crises économiques, la montée des extrémismes, les totalitarismes, la deuxième guerre mondiale, les grands équilibres du monde depuis 1945…La guerre froide, l’URSS ennemie jurée des Etats-Unis, le partage du monde entre les gentils démocrates et les méchants partout ailleurs. Ou, si vous avez eu une prof d’histoire un peu communiste sur les bords, le contraire. Je schématise, évidemment, je ne suis même pas prof d’histoire. 

Aujourd’hui, quand je vois Trump être si copain avec Poutine, j’avoue, je ne comprends plus rien. C’est le choc. Quoi ? Les impérialistes buveurs de Coca qui nous lavent le cerveau avec leur musique rock, leurs jeans et leurs films d’Hollywood, copains avec les communistes ? Les communistes, des gens sérieux, les inventeurs géniaux des merveilleux kolkozes, gloire de l’agriculture pour tous et inlassables défenseurs du prolétariat ? (Oui, j’ai eu une prof d’histoire communiste en 3e, j’avoue)...Mais comment comprendre ça, au delà de la caricature ? Oui, bien sûr, Poutine et Trump sont compatibles sur le fond, sur le mascunilisme, l’autoritarisme et les saintes valeurs réac. Aucun doute là-dessus, finalement, ce n’est pas surprenant. 

Mais vous avez regardé les infos, aujourd’hui ? Il y a pire : il y a Bardella en Israël. Cela ne vous donne pas une petite impression de Tintin au Congo à vous ? À minima…Le loup dans la bergerie, l’éléphant dans le magasin de porcelaine, tonton Hitler à une bar-mitsva avec une kalashnikov pour offrir au petit ? 

Sérieusement, comment un tel retournement de situation est-il possible ? Et comment une chatte pourrait y retrouver ses petits ? C’est un retournement des valeurs inédits. J’aimais bien le monde quand il y avait quelques idéologies un peu précises, finalement…

Finalement, on a été largement conditionné par quelques années de macronisme ou l’équivalent, durant lesquelles on nous a inculqué la fin des idéologies…Et maintenant, on n’y comprend plus rien…

 

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25 mars 2025

Guerre ou pas ?


Est-ce que, vraiment, Poutine pourrait nous faire la guerre ? C’est une question qu’on m’a posée, comme ça, dans la rue, alors que je promenais mon chien. Les gens savent que je suis élue, alors ils me posent des questions, à brûle-pourpoint. C’est une question que mes élèves m’ont posée aussi. Aux élèves, j’ai répondu, tu crois vraiment que c’est le moment, là, entre l’étude de l’anaphore et de l’oxymore ? Revenons à nos moutons. Mais au Monsieur dans la rue, j’ai bafouillé quelque chose du genre “Oui, alors si on considère qu’il fait la guerre à l’Ukraine depuis trois ans, sans franc succès, et avec déjà plus de 100 000 soldats qui y sont passés, paix à leur âme, je ne sais pas bien s’il est capable de venir nous reprendre l’Alsace et la Lorraine, en effet…” En disant cela, bien entendu, je savais bien que je taillais à la hache et que je ne saisissais pas l’entièreté des nuances qui font le charme des relations internationales…Mais mon chien tirait sur sa laisse et ne semblait pas très intéressé par la conversation. 

J’ai pris congé du Monsieur en me promettant toutefois d’y réfléchir plus avant. 

Alors est-ce que, vraiment, Poutine pourrait nous faire la guerre ? Nous allons bientôt recevoir un petit manuel de survie en période de crise, paraît-il. Et la fabrication de lingots d’or en Suisse ne s’est jamais aussi bien portée. Ce ne sont pas des signes très optimistes. 

Pour autant, doit-on vraiment craindre des bombardements, des pénuries, des couvre-feux, des drones, des risques nucléaires ou bactériologiques ? Ce que la télé nous envoie depuis Gaza ou depuis Kiev ? Les souvenirs de guerre transmis par nos aïeux ? L’occupation allemande, les tickets de rationnement, les départs pour le front de ceux qui ont fait l’Algérie ? Nous avons sans doute une idée assez vague de ce que pourrait être une vraie guerre. Encore moins une 3e guerre mondiale. 

Pourtant, Trump s’acoquinant avec Poutine, on ne sait plus trop que penser. 

Tout cela m’évoque la pièce de Giraudoux La Guerre de Troie n’aura pas lieu. Personne ne veut de la guerre, à commencer par l’auteur. Et puis, comme avait prédit Cassandre, celle qui dit la vérité, mais qu’on ne croit pas, la guerre à lieu quand même. Les mécanismes du tragique se mettent en place. La Machine Infernale. D’ailleurs, je préfère cette pièce de Jean Cocteau. C’est l’histoire d’Oedipe, dans celle-ci. Même époque : les années 30. On assiste, impuissants, à la mise en place implacable des éléments de la tragédie. L’escalade vers le désastre. Et on peut bien s’agiter dans tous les sens, le couperet tombe. 

Cela ne nous avance guère, ces pièces d’avant-guerre. 

Mais si l’on extrapole, Trump est peut-être un peu Priam et Poutine est sans doute assez proche d’Agamemnon. Un vieux roi un peu dépassé d’un côté, manipulé par son entourage, sûr de ses richesses et de sa puissance, et de l’autre, un roi avide de conquêtes, de terres, de puissance. Depuis que l’homme est homme, la guerre est son activité préférée. Avec le foot et dire du mal de ses voisins, ce qui revient à la guerre. 

Alors oui, la montée vers la guerre n’est pas impossible. 

Ce qui va se passer, c’est déjà une guerre dans les pays limitrophes de la Russie. Le grand rêve de Poutine, c’est de refaire l’empire de l’URSS. Il aura des alliés, des gars aussi nationalistes et réacs que lui. Trump l’aidera en échange de quelques mines, de quelques accords un peu bancals. Sûr de sa puissance, il dira que si les choses se passent bien, si les conflits ne durent pas longtemps, c’est grâce à l’Amérique great again. Il aura peut-être même un prix Nobel. 

Mais est-ce que l’Europe entrera dans la danse ? C’est la question. 

Macron aimerait bien. Vu qu’il n’est pas parvenu, en deux mandats, à entrer dans l’Histoire, la guerre pourrait bien être sa gloire. Il nous avait déjà fait le coup du temps du Covid. “Nous sommes en guerre.” Il adore ça. Vous avez vu comme il s’agite depuis quelque temps ? La France bouclier européen, réarmement, budget de la défense en hausse (alors qu’il n’y a plus de sous), Europe de la défense…Mais si l’on y regarde de plus près, cela est à horizon 2030, 2035. Alors la guerre, oui, peut-être, mais pas tout de suite. 

Enfin, je dis ça, je n’en sais rien. Suis-je Cassandre ? L’avenir le dira. Mais je le jure, je n’ai jamais rencontré Apollon.

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19 mars 2025

19 mars : commémoration du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie


Si je devais écrire aujourd’hui à propos de la célébration du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, il me faudrait d’abord reconnaître que l’Histoire est faite, souvent, de choix contestables, de choix difficiles et que les plaies du passé ont parfois beaucoup de mal à cicatriser. Elles laissent des marques dans la chair, elles laissent des cicatrices qui restent douloureuses.

C’est bien le cas pour cette Guerre d’Algérie dont les douleurs nous parviennent encore. 

Il a fallu du temps, déjà, pour la nommer. Et tout ce que l’on ne parvient pas à nommer clairement ajoute de la confusion au monde. On parla longtemps d’événements avant de vouloir appeler cela une guerre. 

Et puis la date du 19 mars, même si c’est celle que nous choisissons aujourd’hui, est loin de faire l’unanimité. 

Après 8 ans de conflit, pourtant, les accords d’Evian viennent signer la fin de la guerre, après un cessez-le-feu déclaré par le président de la République et approuvé par un référendum où 90% des Français montraient leur volonté d’en finir avec cette guerre odieuse, sanglante, qui emporta tant de jeunes gens, qui provoqua tant de traumatismes dans chaque camp. 

5 Audincourtois périrent là-bas, parmi les plus de 2 millions d’appelés, parmi les près de 30 000 qui moururent. Ne les oublions pas. Pourtant, après ce 19 mars 1962, les armes ne cessèrent pas. Nous ne l’oublions pas non plus. Des massacres, des représailles, des actes de violence terribles eurent encore lieu.  

Quand nous en parlons, aujourd’hui, nous parlons effectivement d’une mémoire encore bien vivante. Cette mémoire, malgré la volonté d’avancer, de laisser derrière nous la culpabilité et la honte, la douleur, nous le constatons, cette mémoire est encore tellement vive qu’elle interfère dans nos relations avec l’Algérie.

Comment pourrait-il en être autrement ? C’est l’histoire de la colonisation. N’oublions pas, comme certains, qu’à partir de 1830, la France impérialiste et colonisatrice s’est installée avec force, avec violence, en Algérie, convaincue de sa supériorité, convaincue de sa puissance. Cette mémoire est tellement polémique encore… 

Il y a quelques jours, un journaliste, appuyé de tous les historiens de cette période, de Benjamin Stora ou de Johann Chapoutot, rappelait qu’en Algérie, c’était des dizaines d’Ouradour-sur-Glane qui avaient été perpétrés. Pour avoir rappelé cette vérité historique, il a été renvoyé de la radio sur laquelle il travaillait.  

Pourtant, pour avancer, il est temps de reconnaître, simplement, que la colonisation fut une horreur et que la guerre qui suivit, un désastre humain. Aujourd’hui, nous vivons une période si troublée, si dangereuse pour notre monde qu’il est nécessaire de savoir reconnaître les erreurs du passé. Non seulement pour ne pas les reproduire, mais aussi pour les prévenir, les voir arriver. 

Ce qui se passe en Ukraine, ce qui se passe aux USA, sachons le reconnaître : il s’agit d’un impérialisme puissant et dévastateur, une volonté de s’imposer partout dans le monde, de se diviser les terres, pour le profit de quelques uns et au mépris de l’humanité. 

Rien ne justifie la pensée qu’il existe des peuples supérieurs qui méritent d’être asservis. 

En ce jour de commémoration, souvenons-nous de cela. 

 Souvenons-nous aussi que l’histoire de l’Algérie et celle de la France sont intimement liées, pour toujours. Les velléités de quelques hommes politiques tentés par des idées xénophobes et prêts à fâcher la France avec ce pays pour défendre des positions populistes sont inacceptables.

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2 mars 2019

Premier Français d'en haut, François d'en bas

Je viens de terminer le bouquin de François Ruffin. Ce Pays que tu ne connais pas. C’est un pamphlet, un brûlot, c’est une écriture vive, sous le coup d’une colère, mais d’une colère qui vient de loin. Pas une colère violente et haineuse. Non. Une de ces colères qu’on traduit par un sourire en coin. Une colère qu’on a maîtrisée parce qu’on a cherché à la comprendre.

La comparaison entre deux parcours, entre deux hommes de la même génération, des mêmes origines sociales, de la classe moyenne, plus ou moins, des mêmes origines géographiques, est saisissante. Quand on est, justement, de la même génération, qu’on a vécu les fragments d’une histoire commune, il est véritablement saisissant de constater qu’il est plus simple de s’identifier à François qu’à Emmanuel. Ce n’est pourtant pas un portrait à charge, malgré les différences. En tout cas pas uniquement. C’est un texte qui cherche à comprendre qui pose des questions, qui interroge sur l’humanité, sur l’empathie, sur le sens de l’engagement, sur le sens de l’intérêt général. Si François a tendance à se présenter comme un chevalier blanc, s’il dépeint Emmanuel comme un Robin des Bois à l’envers, ce n’est pas sans faire des parallèles, sans vouloir expliquer comment le milieu, les centres d’intérêts, la nature profonde de chacun peut influer sur un destin. Et François montre de nombreuses fois comment on peut perdre pied avec la réalité : combien il lui est plus compliqué, aujourd’hui, d’échapper à une commission à l’assemblée pour être auprès d’un homme qui a besoin de lui pour défendre le dossier de sa fille autiste. Combien on peut, si l'on y prend garde basculer du loup de la fable vers le chien...

Ce qui est saisissant, dans ce livre qui se lit d’une traite, ce sont les allers retours entre la France des gilets jaunes et la France d’en haut. La France des contrats précaires, des CDD à 800€, souvent à moins encore, des auxiliaires de vie, des femmes de ménages, de celles qui élèvent seules leurs enfants, de ceux qui se cassent le dos dans des boulots mal payés, contre la France des villas, des yachts, des paradis fiscaux, des dîners chics. La France des Bernard Arnault, des Xavier Niel, des Henry Hermand, contre la France des Marie, des Zoubir, des Patrick. Les petites phrases d’Emmanuel sont là, en filigrane : “Ceux qui ont tout et ceux qui ne sont rien”. C’est la culpabilisation de ceux qui ne s’en sortent pas, qui n’auraient pourtant qu’à “traverser la rue”. C’est le mépris de celui qui a réussi et que rien, ni personne, jamais, n’est venu remettre en cause, enfermé dans son tout petit cercle de gens très influents et très riches (1%)  et qui ne vient “au contact” du reste des Français (99%) que très brièvement. Toujours en parlant, jamais en écoutant. C’est encore plus flagrant, jour après jour, quand Macron vient faire son show, souriant, tellement souriant, dans des débats où il décide de ne pas parler du coeur du sujet, c’est-à-dire, l’injustice fiscale qu’il a lui même fait grandir.

Le danger d’un pamphlet, c’est le manque de nuances. Et parfois, François tombe dans ce travers. La description d’un Macron en écrivain raté, en artiste qui a mal tourné, la tentation du point Godwin, la comparaison suggérée avec Hitler (sans le citer, mais on ne peut pas éviter d'y penser) n’est pas forcément très fine et très nécessaire. Cependant, la constatation qu’Emmanuel n’est pas à la hauteur de ses références, qu’il trahit, d’une certaine manière, ses ambitions littéraires et surtout les références et la belle culture transmise par sa grand-mère, c’est un constat assez juste. Comment vénérer Eluard, René Char, comment se référer sans cesse à Paul Ricoeur et finalement faire des discours plein des poncifs néo-libéraux, qui n’ont rien de très “néo” puisqu’ils sont les mêmes depuis des siècles.

Enfin, le livre est parfois brouillon, il part dans tous les sens, il mélange les sujets. On sent l’urgence, dans l’écriture et dans la construction, surtout dans les dernières pages. Mais c’est l’Histoire qui est entrain de se construire. C’est aussi l’écriture d’un homme qui livre ses doutes, sur son action, sur le sens de son engagement. De la suite qu’il y donnera...Et le danger d’établir un parallèle aussi systématique, à la première personne, avec un président en exercice, c’est qu’on pourrait penser qu’il se voit déjà en haut de l’affiche, à la place de celui à qui il se compare...

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