24 mars 2014

Impressions de campagne

Je ne sais pas ce qui m'angoisse le plus : que Balkany soit réélu malgré ses costumes à rayures, ses gros cigares et accessoirement la batterie de cuisine qu'il traîne...Que l'abstention soit si forte...Même pas la moitié des électeurs se sont déplacés, chez moi...Qu'un dénommé Steeve représente le parti de la préférence française et soit élu au premier tour ou que finalement, la moitié des gens se fichent de tout ça...

Je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus...cette démocratie qui fout le camp dans l'indifférence...

Depuis hier soir, je suis élue : lourde responsabilité. Je me suis dit qu'il était facile de dire, facile d'écrire mais qu'il fallait aussi se mettre à faire, pour voir comment se passent les choses, comment on prend une décision, comment on fait un choix qui va influencer la vie quotidienne des gens. 

Je pense beaucoup à mon père, bien sûr, qui a toujours été un homme de terrain, engagé, syndicalement, dans les organismes agricoles, élu à la chambre d'agriculture, dans des coopératives d'éleveurs...C'est un guide et un modèle indépassable.

J'ai la chance de faire partie d'une équipe formidable, avec des femmes et des hommes de convictions, qui ont de l'expérience et qui sont, eux aussi, engagés : dans le milieux associatif, dans l'économie solidaire, syndicalement, politiquement...

Durant la campagne, on a eu l'occasion de constater, en faisant du porte à porte, que les gens n'étaient pas hostiles, qu'ils étaient même plutôt satisfaits de la gestion de la ville. C'est une campagne qui s'est bien passée et nous avons été élus largement contre trois autres listes. Mais alors pourquoi ne pas venir voter ? Pourquoi laisser le choix à d'autres, au risque de perdre ce qui nous plait ?

Cela reste un mystère. Nous sommes peut-être les enfants gâtés de la démocratie, la tête pourrie par les médias qui ne montrent que ce qui ne va pas. Mais en même temps, il y a ceux qui votent pour le pire, en toute connaissance de cause. Pourquoi ? Mystère ? Et puis il y a ceux qui ne répondent pas à la question : on leur demande "Qui voulez-vous pour gérer votre commune ?" et ils répondent : "On ne veut pas de ceux-là pour gérer le pays." Étonnant, non ?

Bref, je suis heureuse que ma ville soit toujours dirigée par cette belle équipe dont je fais maintenant partie mais je suis tout de même très inquiète pour la démocratie...
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11 février 2014

Stéréotypes de genre

Tout simplement, parce que ce matin, à 8h, des élèves de troisième pas spécialement plus idiots que les autres ont affirmé que c'était aux femmes de faire le ménage et la vaisselle, parce qu'ils ont explosé de rire quand une de leur camarade disait que son père avait les cheveux longs, parce que, sans broncher, unanimement, ils ont déclaré que tous les hommes exerçant la profession de coiffeur ou faisant de la danse, étaient gays, alors, sincèrement, je pense que l'école ne fait pas assez d'éducation à l'égalité entre les filles et les garçons.

Vraiment. Et que les bigots qui veulent continuer éternellement à faire du bricolage et du foot tandis que leur femme passeront le reste de leur vie dans leur cuisine à se faire les ongles après avoir nettoyé le frigo, fassent ce qu'ils veulent.

CC
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28 janvier 2014

Il était une fois la théorie du lama...

Il était une fois un pays qui ressemblait à tous les pays. Les enfants allaient à l'école et y apprenaient péniblement à lire et à écrire. Dans ce pays, tout allait aussi bien que possible, bien qu'il fasse froid en hiver et chaud en été.

Un jour, une rumeur courut : quelques étranges personnes avaient décidé unilatéralement qu'il fallait absolument qu'on forme les enfants, dès leur plus jeune âge, à aimer les lamas. On dit même que cela était devenu l'objectif numéro un du gouvernement : il fallait que les élèves, dès la maternelle apprennent à désirer des lamas, à penser lamas, à devenir des lamas.

Le complot était terrible : il fallait que les instituteurs suivent des formations sur les lamas, qu'ils se marient eux-même à des lamas, qu'ils fassent des power point sur les lamas aux lycéens et des jeux pédagogiques en peluche pour les plus jeunes, toujours sur le thème du lama...

On parlait de la théorie du lama, partout. On disait "Llama's theory", pour faire genre.

La finalité était évidemment l'anéantissement de la race humaine au profit de l’avènement des lamas.

Heureusement, quelques irréductibles humains veillaient au grain : ils étaient prêts à faire barrage de leur corps pour ne pas qu'on devienne tous des lamas. C'est vrai, ça ! Au nom de dieu, qui nous a créé à son image, on ne pouvait pas se laisser transformer en lama sans rien faire. Il était pourtant évident que si on parlait des lamas aux enfants de trois ans alors ils deviendraient des lamas : c'était inéluctable.

Alors, ces quelques résistants décidèrent d'envoyer des SMS et des mails à tout les parents croyant en un dieu quelconque pour faire valoir des arguments divins : on ne pouvait pas laisser faire ça. Les petits garçons et les petites filles ne pouvaient pas se mettre à cracher !

La preuve que cette rumeur était vraie, bien sûr, c'est que tout le monde disait le contraire : les professeurs niaient, le ministre niait, même le président de la République niait. Et ça, c'était la preuve suprême de la véracité de la chose. Personne ne se demandait vraiment pourquoi on voulait faire ça : c'était peut-être un truc des extra-terrestres, c'était sans doute le diable, c'était juste pour mettre fin à la bonne marche du monde, voilà tout.

Tout dégénéra quand on commença à entendre l'insulte "Sale lama !", quand on vit fleurir les tags "Mort aux lamas !" et, pompon sur le bonnet en alpaga, quand des massacres de lamas furent perpétrés dans les zoos du pays.

Les quelques personnes qui savaient encore lire décidèrent enfin d'aller consulter les programmes de l'éducation nationale : il n'avait jamais été question d'enseigner la "Llama's theory" dans les écoles. Jamais. D'ailleurs, cette théorie n'existait pas.

Mais le mal était fait : guerre civile entre les pro lamas et les anti lamas.

Quand tout explosa, à cause d'un lama ayant trouvé par hasard le bouton rouge de la bombe H, de tous ces idiots, il ne resta rien. Et c'était mieux comme ça.

CC
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14 janvier 2014

Interférence express

Je l'ai trouvé très bien, le président, cette après-midi. C'était une après-midi très agréable, passée en sa compagnie et celle de quelques paquets de copies de 5e. J'ai trouvé l'élocution de François nettement plus fluide que celle de mes élèves de 5e, d'ailleurs.

Tandis que mes élèves faisaient encore plus de fautes d'orthographe que moi, François enchaînait les saillies bien senties. Par exemple, alors que Kevin écrivait "J'arriva devan des ta de dinosor qui voler dans les ères, et j'u tré peur.", le président déclarait : ""Si être de gauche c’est creuser la dette, alors le gouvernement précédent était d’extrême gauche !".

Voilà.

Il a dit aussi des tas de choses sur le pacte de responsabilité pendant que j'annotais ainsi la copie de Jennifera : "Il va falloir prendre ses responsabilités : pas de bonnes notes tant que tu n'apprendras pas tes leçons. C'est donnant donnant !"

Sinon, en parlant de Kevin et Jennifera, ils sortent ensemble, vous savez...Dans un premier temps ça a beaucoup fait souffrir Nabiletta, mais elle s'en est remise, merci pour elle.

Comment ça, vous vous en foutez ?

Vous avez raison : respectons la vie privée des élèves !

CC
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8 janvier 2014

Inverser la courbe du décrochage scolaire

Parfois, mes élèves, je les accrocherais bien au portemanteau. Mais il arrive qu'ils décrochent. Pas leur téléphone en classe, sinon, je leur prends pour le revendre sur le bon coin.

Le décrochage scolaire - un peu de sérieux, tout de même - c'est un vrai problème de notre système scolaire. En fait, moi, personnellement, je pense que c'est parce que l'école n'est pas du tout adaptée à tous les enfants. C'est normal : tout le monde n'est pas fait pour manier l'allitération et l'oxymoron, non !

Vincent Peillon s'est attaqué à ce problème du décrochage. Il pense comme moi : "L’une des causes du décrochage, c’est un système éducatif qui est parfois violent à l’égard d’un certain nombre d’enfants."

Cette année, donc, les chiffres sont favorables : 20 000 élèves ont été "raccrochés", contre 9000 en 2012. C'est bien, on ne peut que s'en réjouir. Il faut que les élèves sortent avec une formation même minimum, surtout professionnelle. Il faut donc que le collège unique ne soit plus une fatalité. Mais c'est un autre débat, sans doute, pas d'actualité.

Mais si on veut dépasser l'objectif des 25 000 l'année prochaine et diviser leur nombre par deux avant la fin du quinquennat, il va falloir du lourd ! Et si vous voyiez comme mes 3e sont heureux d'aller en stage la semaine prochaine...

CC


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1 janvier 2014

Bonne année

On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve et c'est bien pour cela que les moins cyniques d'entre nous respectent la tradition des voeux : autant se souhaiter le meilleur, puisque le pire peut arriver.

Le pire va probablement arriver, mais je souhaite tout de même de beaux moments, de la chaleur, de la douceur avec les vôtres, en toute simplicité.

Merci pour tout ce que vous partagez sur internet, merci pour tout ce que vous donnez dans la vraie vie aussi, continuons à être généreux et cultivons la gentillesse, ça nous changera !

Bisous

CC
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30 décembre 2013

Comme un vague air de déjà vu

« - Maintenant, il nous faut un symbole pour notre nouvelle communauté », déclara Ben. Après un instant de réflexion, il dessina au tableau un vague entourée d'un cercle.
« - Ce sera notre logo. La vague évoque le changement. Elle représente un mouvement, une direction. A partir de maintenant, notre communauté, notre mouvement s'appellera la Vague. » Il marqua une pause et observa ses élèves au garde-à-vous qui buvaient ses paroles. 

« - Et voilà notre salut. » Il courba la main droit en forme de vague et frappa son épaule gauche avant de relever la main.
« - Tout le monde fait le salut. »
La classe obtempéra. Certains se frappèrent l'épaule droite au lieu de l'épaule gauche. D'autres oublièrent complètement de se frapper une épaule.
« - Encore », ordonna-t-il, donnant l'exemple.
Il les fit recommencer jusqu'à ce que tout le monde y arrive.


La Vague, Todd Strasser. (Roman (1981) inspiré d'une expérience menée dans un lycée de Palo Alto en Californie en 1967)


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