18 août 2025

Les plaisanteries du théâtre de l'Unité


Le théâtre de l'Unité est installé à Audincourt depuis l'an 2000. Mais la carrière de cette compagnie de renommée mondiale dans l'univers du théâtre a commencé à la fin des années 60. 

La réputation d'Hervée de Lafond et de Jacques Livchine n'est plus à faire : dans le domaine du spectacle de rue, on peut dire qu'ils ont tout inventé. Ils ont mis le bazar partout, depuis la banlieue parisienne, jusqu'à l'Australie en passant par Avignon, Pékin, l'URSS et les USA...et le Pays de Montbéliard.

Jacques Livchine, quand il écrit, adopte toujours un style vivant et décontracté. Dans Les Mille et une plaisanteries du théâtre de l'Unité, il fait un inventaire. Pas à la Prévert, pas une liste de course. Non, juste la narration des succès et des échecs d'un théâtre qui a toujours cherché et qui cherche encore. 

Comment toucher le plus grand nombre, comment faire venir les gens au théâtre et comment faire venir le théâtre aux gens ? Comment réinventer les plus grands textes, Molière, Shakespeare... ? Comment faire du théâtre même avec de l'opérette, même avec de la poésie ? Comment rendre Rimbaud vivant, lui qui est mort à 37 ans ? 

C'est expérimental et des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas. Mais c'est une aventure, ce sont des souvenirs, des rencontres, de l'humain. De la nourriture, de la musique, de la folie. 

Le théâtre, c'est l'art de l'instant, de l'éphémère. Quand on lit Livchine, pourtant, on découvre un théâtre qui reste dans la tête des gens. Ici, dans le Pays de Montbéliard, tous ceux qui ont eu la chance de les vivre, parlent encore du Réveillon des Boulons. J'ai eu l'occasion de parler avec des spectateurs qui avaient encore les larmes aux yeux en évoquant Terezin et c'était en 1995. 

Le théâtre est pour moi le plus grand catalyseur d'émotions. On parle de catharsis, et ça, depuis l'Antiquité. C'est une émotion pure, indescriptible et souvent incompréhensible, qui vient toucher l'intime et l'inconscient comme rien d'autre. C'est ce qui permet d'exprimer les passions, de faire le tri entre le bon et le mauvais. C'est tellement puissant que j'ai parfois du mal à aller au théâtre. Mais c'est précisément en cela que l'acte théâtral est indispensable, qu'il est politique et qu'il fait partie de la cité. Qu'il doit faire partie de la cité. 

Le théâtre de l'Unité a essaimé, à travers des années de "ruches", à travers des dizaines de résidences d'artistes. Ils ont instillé la folie et la passion, mais aussi la conscience politique, l'importance du fou pour une démocratie saine. 

L'année dernière, on a crié au scandale quand Hervée de Lafond a un peu malmené un 1er ministre 40 ans plus jeune qu'elle. Elle a eu raison de nous rappeler que c'est le rôle de l'artiste dans la société. C'est le rôle de Molière à la Cour de Louis XIV de critiquer les mœurs du temps. C'était le rôle des farces du Moyen-Âge de remettre en cause l'ordre établi, c'était le rôle des pièces antiques d'interroger les apparences, de remettre en cause l'organisation du pouvoir. 

Nous n'avons aucun intérêt de l'oublier. Merci au théâtre de l'Unité : merci pour l'humour, pour la créativité, pour la réflexion, pour le dérangement, pour la provocation, pour les mille et une plaisanteries.

Mais c'est Jacques Livchine qui en parle le mieux, alors achetez son livre ! (Au théâtre de l'Unité (parc de la Filature à Audincourt, ouvert de 10h à 18h du lundi au vendredi) ou aux Papiers Bavards) 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

31 juillet 2025

Commenter sans penser n'est que ruine de l'âme


Un élu local s'est fait agresser hier dans une rue de Montbéliard. Une agression violente qui a conduit l'adjoint au maire de la ville à l'hôpital. C'est choquant, inadmissible, et je lui souhaite un bon rétablissement. 

Si je reviens sur ce moment douloureux, aujourd'hui, sur ce blog, c'est parce que dès que la nouvelle est apparue sur les réseaux sociaux hier soir, les commentaires ont afflué et se sont révélés, sans surprise, haineux et violents. Hier soir, on ne savait rien ou presque sur cette agression. Les médias ont pourtant pris la peine de préciser que l'agresseur était d'origine afghane. 

Dès lors, haro sur l'étranger...Tous dans le même panier...à salade et remettons-le dans l'avion. 

Évidemment, les commentaires sur les réseaux sociaux, il vaut mieux éviter de les lire, surtout à propos de faits divers. Les remarques racistes ont afflué, reprises et amplifiées par certains élus. Et c'est indigne. La violence, malheureusement, n'a pas d'origine raciale et n'en déplaise aux oiseaux de malheur, elle n'est pas pire aujourd'hui qu'autrefois.

Deuxième chose frappante (sans mauvais jeu de mots), les remarques mettant en avant que c'est un élu qu'on avait agressé, ont abondé aussi, or, aujourd'hui, la victime a précisé que ce statut était ignoré de son agresseur. 

Il est toujours extrêmement dangereux de commenter avant de savoir de quoi il retourne exactement, parce que les commentaires à chaud font toujours des généralités. Il s'agit toujours de dire des banalités, de tirer des conclusions toutes faites. 

A force de pratiquer les réseaux sociaux, nous devrions le savoir, collectivement. Cependant, on tombe toujours dans le panneau. Pour ceux qui commentent de manière impulsive, j'entends !

Parce que pour les professionnels de la profession, le but est tout autre : faire du buzz, faire passer des idées, faire gonfler encore et toujours la peur de l'autre, la haine, les idées reçues.

Et cela ne sert personne...enfin, sauf les fachos... 

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

29 juillet 2025

Loi Duplomb : nos députés sont-ils des ânes ?

Gloire à nos maraîchers locaux et bio ! 

La loi Duplomb fait couler tellement d’encre…Difficile d’en parler en disant quelque chose de neuf. Bien que les “pour” et les “contre” s’en remettent au “bon sens” pour défendre leur point de vue, le débat s’enlise. Pourtant, il a le mérite de permettre de parler un peu sérieusement d’agriculture. 

Les “pour” mettent en avant le fait que les autres pays bombardent leurs productions de pesticides, ce qui leur permet d’inonder le marché de produits bon marché, ce qui fait du tort aux agriculteurs français. C’est injuste et il n’y a pas de raison qu’on ne se batte pas avec les mêmes armes que les autres. C'est une évidence : si les autres s'empoisonnent, pas de raison qu'on ne fasse pas pareil ! 

Les “contre” mettent en avant le principe de précaution : même s’il y a querelle chez les scientifiques, dans le fond, même les plus “pour” savent bien que ce qui tuent les petites bêtes a de grandes chances de faire du mal au plus grosses : c’est-à-dire aux agriculteurs qui sèment des pesticides sur leurs cultures et à nous, les consommateurs, qui les mangeons. 

De mon côté, vous vous en doutez, je suis “contre” cette loi, qui est un retour en arrière, tel qu’on le vit déjà pour le bio depuis quelques années. On nivelle par le bas au nom de la rentabilité, mais surtout au nom de la paresse intellectuelle.  

Pourtant, comme tout le monde, dès que j’en ai les moyens, j’ai plutôt tendance à donner des produits bio à mes neveux et nièce, à mes amis et à moi-même. C'est peut-être parce que mon père est mort d'un lymphome au cerveau, maladie dont le lien avec les pesticides est officiel, mais je crois fermement que ce qu'on ne met pas dans la terre et sur les végétaux, toutes les cochonneries que les animaux n'ingèrent pas, ne se retrouve pas dans notre assiette. Il y a déjà assez à faire avec la pollution de l'air, de l'eau et de tout ce qui nous entoure, pour ne pas en rajouter.

Continuons de parler vraiment d’agriculture, plutôt que de nous enfermer dans des polémiques stériles. 

Si je dis que c’est par paresse intellectuelle que les députés ont voté cette loi Duplomb, c’est parce que la tâche pour changer la situation, en matière d’agriculture, est lourde. 

Les agriculteurs sont aujourd’hui 4 fois moins nombreux qu’il y a 40 ans. Ce n’est pas la peine de remonter aux années 30 pour comprendre le problème. Mais on peut aussi se rendre compte grâce à ce chiffre : il y avait 10 millions d’agriculteurs en 1945, il y en a moins d’1 million aujourd’hui. Entre temps la population française est passée d’environ 40 millions à près de 70 millions. 

Vous le voyez, le problème ? 

Si vous ajoutez à cela que certains “gros” agriculteurs (c’est à dire possédant des exploitations de plusieurs centaines d’hectares), s’amusent à planter des maïs qui ne servent à nourrir ni les êtres humains, ni les animaux (mais les voitures, en éthanol, ou les fabricants de “plastique” bio, pour faire des barquettes pour mettre de la junk food dedans), vous ajoutez une donnée implacable : il n’y a pas assez d’agriculteurs pour nourrir les gens. 

Les députés, donc, au lieu de faire une loi permettant de produire plus à l’hectare, feraient mieux de se creuser un peu la tête pour permettre l’installation de plus de vrais agriculteurs : des agriculteurs permettant une vraie politique alimentaire saine et locale. 

Plus d’agriculteurs respectueux de la terre, plus d’agriculteurs produisant de vrais produits consommables et approvisionnant une vraie filière directe du producteur au consommateur. 

Au lieu de cela, on encourage l’agro-industrie, la grande distribution, les installations gigantesques nécessitant des prêts bancaires qui prennent à la gorge les agriculteurs, toujours plus prisonniers de ce système. Je pourrais en faire des romans, évidemment. 

Mais quand je lis les âneries des députés qui ont voté pour, je me dis qu’il est difficile d’instruire des ânes. C’est mon côté paysan, ça. Et puis aussitôt ai-je pensé cela, aussitôt je me trouve très dure envers les ânes…

Rendez-vous sur Hellocoton !

8 mai 2025

Un 8 mai pas comme les autres


 C'est le 80e anniversaire de la fin de la 2e Guerre Mondiale. Ce n'est pas anodin, 80 ans. Tout d'abord, parce que c'est la limite de la mémoire vivante. Très vite, ceux qui avaient 10 ou 15 ans lors des événements vont s'éteindre. Nous entendons, en ce moment, les derniers témoignages des derniers rescapés des camps, des derniers soldats, des derniers résistants. Ils sont précieux. Ils nous disent combien cette guerre fut terrible, combien le nazisme était cruel, combien l'horreur de l'extermination de masse de 6 millions de Juifs, de déportés politiques, d'homosexuels, de roms, de personnes handicapées fut épouvantable...Les témoins disparaissent, l'horreur reste et le souvenir doit se perpétuer. 

Nous passons un moment solennel, chaque année, au monument aux morts, pour cela. Pour que le souvenir se perpétue. 

80 ans, c'est symbolique. C'est le temps d'une vie. Et nous avons eu la chance de vivre ces années en paix, ici, en Europe. Quand les troupes alliées ont débarqué, quand elles ont libéré, ville après ville le pays, quand les jeeps américaines où s'agrippaient soldats et Français en liesse, où les drapeaux français, américains, canadiens ou anglais se mêlaient en une farandole colorée, la France a retrouvé la paix. Nous avons mis les photos de la libération d'Audincourt, le long du Doubs. C'est un mélange de joie et de souffrance qui se lit sur les visages. La souffrance de ces années de guerre, de privation, de mort. La joie d'être enfin libéré du joug de l'ennemi. 


80 ans...C'est long. De si longs moments de paix sont très rares, dans l'Histoire. Un moment suspendu durant lequel, on n'a pas demandé aux jeunes de notre pays d'aller se sacrifier pour leur pays. Mesurons notre chance. 

Aujourd'hui, nous le savons, le monde vacille. Cette paix et ce consensus qui nous ont permis de vivre en paix, sont remis en cause. Nous avons la chance de vivre dans un monde où le nazisme est condamné, où l'antisémitisme, le racisme, l'homophobie, toutes les formes de xénophobies ne sont pas des opinions mais des délits. Nous avons la chance de vivre dans un pays démocratique où les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité sont respectées. Nous avons la chance de vivre dans un pays où la solidarité, héritée du conseil national de la résistance, à l'issue de la guerre, permet à chacun d'accéder à la sécurité sociale, à une protection à chaque moment de la vie. 

80 ans...Nous vivons pourtant des temps troublés. L'ordre du monde hérité de la Seconde Guerre mondiale est remis en cause par l'impérialisme et le protectionnisme des deux pays qui furent pourtant alliés pour combattre le nazisme en 1945. Les USA, Donald Trump, décident de se replier sur eux. De ne plus participer à la défense du monde libre. C'est un choc. C'est une remise en cause fondamentale de l'équilibre que nous connaissions. La Russie de Poutine attaque ses pays voisins, l'Ukraine, bien sûr, mais il menace toute cette région aux frontières de l'Europe. Les prises de parole erratiques et réactionnaires du président des Etats-Unis, s'inscrivent dans un air du temps qui essaime dans le monde entier : Netanyahou se sent pousser des ailes et poursuit le génocide à Gaza. Le peuple palestinien est sous les bombardements incessants de ce criminel de guerre, reconnu comme tel par la Cour Pénale Internationale. Et non content de regarder ailleurs, Trump s'imagine en train de boire des cocktails sur les ruines encore fumantes, dans une Riviera reconstruite sur les cadavres encore chauds des enfants, des hommes et des femmes morts sous les bombes. L'indignité semble n'avoir plus de limite. 

Partout, les nationalismes, les idées d'extrême-droite refont surface. Partout, la bête immonde renaît. On le sait : elle ne meurt pas. Elle dort, seulement, et il ne faut pas grand chose pour la réveiller. Elle se réveille lorsque nous oublions l'amour et la fraternité, quand nous perdons le goût de vivre ensemble, de nous aider, de nous aimer, nous, frères humains. Nous avons le devoir, 80 ans après la fin de ce long hiver, de ces 5 ans de la guerre la plus abjecte qui fut, de nous souvenir et de ne jamais permettre que cela recommence. 

Rendez-vous sur Hellocoton !

25 avril 2025

Le PS, c'est quoi ? Post scriptum ? Et Faure ?


J'ai écouté Bernard Cazeneuve, ce matin, sur France Inter. Et je me suis reconnu dans ce discours de raison. Cet homme à la voix grave et posée a quitté le PS quand celui-ci a rejoint la France Insoumise. 

Il rappelait à raison que lorsque Hollande a quitté le pouvoir, le déficit était peanuts et que les comptes des organismes sociaux étaient presque à l'équilibre. Certes, le COVID est passé par là, mais en 7 ans de macronisme, on voit où on en est. 

Pour revenir à Cazeneuve et à sa fuite du PS, je le comprends. Et je rejoins sur de nombreux points l'analyse de Nicolas sur la question. On doit arrêter de se poser des questions sur l'allégeance ou non à Mélenchon : on sait qu'il est toxique et qu'il fait fuir la plupart des gens de gauche. J'ai fait campagne avec LFI durant les dernières élections législatives, et les militants LFI se faisaient parfois jeter des cailloux dans les villages. J'exagère à peine. 

Et puis surtout, il y a toujours ce hiatus entre la gauche qui gouverne et celle qui n'en prend surtout pas le risque...

On doit aussi se mettre au travail. Parce que comme l'écrit très bien Nicolas : on ne sait pas ce que pense le PS. On ne sait même plus du tout ce que c'est que le PS. (Post Scriptum : Faure, pour la plupart des gens, c'est une marque de machines à laver...) 

Et pendant ce temps, la France insoumise propose un programme, un vrai. On peut être d'accord ou pas, on peut se plaindre de Mélenchon, mais on ne peut pas leur enlever ça : ils bossent, ils proposent des idées, sur des sujets de notre époque, correspondant à notre société. 

Dans son article, Nicolas propose des thèmes de travail : le millefeuille territorial, l'aménagement du territoire (pour les transports en commun...), la gestion des ordures, la santé...Il a raison, ce sont les bons thèmes. Quand on a les pieds dans la politique locale, on le sait. 

De ce que j'en vois, depuis la province, je ne suis pas absolument d'accord avec tout ce que dit Nicolas. Mais ce sont les sujets, les vrais, ceux qui concernent la vie des gens et qui permettent de rappeler pourquoi on paye des impôts : ces infrastructures-là coûtent de l'argent et nous avons le devoir de bien l'utiliser pour que les services soient efficaces. 

C'est ce que j'ai dit, l'autre soir en conseil d'agglomération quand on a dû augmenter un peu les impôts fonciers (c'est toujours trop) : on doit, en contrepartie, proposer des services de qualité. Et par exemple, pour la gestion des poubelles, pour l'instant, soyons honnêtes, c'est pas trop ça !

Pour les transports en commun, autre exemple, je suis d'accord avec Nicolas : l'autre jour, j'ai souris en voyant des militants de gauche prendre le train Belfort Lure Epinal avec guitares, trompettes et banderoles pour défendre cette ligne que la région estime trop coûteuse. Il est question d'argent public. Si j'ai souri, c'est parce que beaucoup de militants sont des copains et que je sais bien qu'ils n'étaient sans doute jamais montés dans ce train avant cette manif. Il y a des tas de bonnes raisons pour garder ce train, oui. Mais est-ce que des bus bien adaptés ne feraient pas aussi bien l'affaire ? Si la région veut l'arrêter, ce n'est sans doute pas sans avoir fait des études : nombre de voyageurs, horaires de pointe, périodes de pointe, coût de l'entretien des voies (le glyphosate sur le ballast...), entretien des michelines et des voitures vieillissantes...

C'est un peu la même question quand on veut fermer un bureau de poste. Tout à coup, on se rend compte que c'est ouvert 7 ou 8 heures par jour pour 5 ou 6 usagers. 

Je ne vais pas reprendre tout l'article de Nicolas, allez le lire et faites-vous votre propre idée. Mais voilà, Cazeneuve, le PS...Et on se retrouve à Lure sans y prendre garde.

Rendez-vous sur Hellocoton !

16 avril 2025

Splendeurs et misères de la vie politique locale


C'est une aventure permanente, la vie d'élue locale. 

Hier, par exemple, je participais à l'inauguration d'un salon dédié aux jeunes et aux moins jeunes, consacré à la prévention : prévention contre les maladies en tout genre, contre les conduites à risque, prévention contre l'inévitable dégénérescences de nos cellules. Un salon dédié à notre chère sécurité sociale, en quelque sorte, vantant les vertus du sport et de la modération pour les apéros. De salut public. 

Hier soir, j'enchaînais avec la remise d'un label pour les petits joueurs de foot de ma ville. Là encore, bel esprit, tolérance, respect, plaisir, convivialité, vivre-ensemble. Les gamins étaient fiers, dans leur survêtement plein de logos des sponsors locaux, les dirigeants de la ville pointaient du doigt la bonne volonté de ville, mais le manque d'investissement du gouvernement pour le sport local. Tellement vrai...Mais tellement beau, aussi, de voir les parents, les bénévoles, les entraîneurs, tous mobilisés pour l'éducation par le sport, éducation populaire s'il en est. 

C'est la noblesse d'un engagement local. Mardi dernier, on avait aussi une réunion publique, je vous en avais parlé...ou encore, jeudi, une inauguration de centre social. 

Et aujourd'hui...Misère...j'ai reçu un mail de Bruno Retailleau. 

Voilà des vicissitudes dont je me passerais bien. 

En tant qu'élue locale, je suis ciblée par sa campagne pour se faire élire président des Républicains. Je ne suis clairement pas la cible, pourtant...

La prose est surprenante : elle parvient, sans que cela ait l'air d'un oxymore, à mettre côte à côte "autorité" et "liberté". Autorité avant liberté, quand même. La lettre pourrait bien sûr être co-signée par un membre du RN. Tout y passe : la pensée unique de la gauche, son politiquement correct et les reniements de la droite pour plaire à ces mous du genou. On parle de fierté d'être Français, de renouer avec le peuple de droite, d'offrir une maison commune à toute la droite. 

Et c'est quand même, et surtout, du blabla sans but et sans idée. 

Je ne sais pas à qui cela s'adresse, mais je me serai bien passée de trouver cela dans ma boîte mail d'élue de gauche dans une ville de gauche...



Rendez-vous sur Hellocoton !

10 avril 2025

Saint-Exupéry




Les hasards de la vie politique locale, ce sont des petits moments d’émotion volée. 


Ce matin, il y avait un préfet, un ruban à couper, il y avait les habitants du quartier et les travailleurs du centre social. Il y avait des petits fours et un coup à boire. C’était l’inauguration du Centre Social. 

Les enfants, des maternels, tout petits, tout mignons, ont touché notre coeur, en chantant, en interprétant Le Petit Prince, délicatement, tendrement. C’était un moment de grâce. 

Ce conte, de Saint-Exupéry, est un condensé de fables, de petites leçons métaphoriques et délicates. Qui sont ces personnages étranges, le géomètre, le roi sans sujet, l’allumeur de réverbère ? Je sais qu’en maternelle, on est loin d’accéder au contenu philosophique de ce livre. 

J’ai pensé à Elisabeth Borne qui voulait, l’autre jour, que les maternels pensent déjà à leur orientation professionnelle. Et je me suis dit qu’à cet âge là, il n’y a que la poésie qui devrait avoir le droit de cité dans ces petites têtes. 

Souvent, je le lis avec mes 6e au collège. J’ai parfois la surprise d’entendre des sanglots étouffés quand le Petit Prince demande au serpent de le ramener chez lui. Je les vois s’interroger. 

Quand je relis ce livre aujourd’hui, je lis encore une autre histoire. 

La symbolique est forte, pour un Centre Social dans un quartier prioritaire, de se nommer Saint-Exupéry. À travers l’histoire du Petit prince, on donne aux enfants qui viendront ici, le droit au rêve, à l’imagination et à l’art, à l’épanouissement, à l’amitié. Le droit à la différence, au voyage, à l’altruisme. A l’engagement, aussi. 

C’était un moment de grâce, cette inauguration, au milieu de ce monde tellement éloigné des valeurs portées par ce grand navigateur, ce résistant, cet artiste, cet aventurier de Saint-Ex. Dans un monde où l’on érige les frontières en barrières douanières infranchissables, où l’on veut exclure, ostraciser, où l’on rejette l’autre, qu’on veut exiler l’OQTF à l’autre bout du monde, un peu de paix, un regard naïf posé sur les choses par un enfant venu d’une autre planète, c’est salutaire.

Et puis un centre social, "c'est véritablement utile, puisque c'est joli". Surtout celui là, surtout après cette belle restauration. 
Rendez-vous sur Hellocoton !